‹ La liberté et le devoirChapitre 17 sur 205 · I. LA LlUKini';. - LA LIHF.UTÉ KT LA MORALE · texte numérisé non relu

I. LA LlUKini';. - LA LIHF.UTÉ KT LA MORALE

verTexislence. L'homme a-t-il, oui ou non, cette puissance et ce privilège insigne ?

C'est d'abord la science morale qui va nous répon- App.i dre, en réclamant le fait de la liberté humaine comme «""'•• la condition première et fondamentale de toute vie morale. Ecoutons-la. Son témoignage, quoique indirect, préparera à merveille nos esprits et nos cœurs aux révélations immédiates de la conscience.

La noiion

du

Devoir.

Pour guider nos pas dans le monde physique, la nature a suspendu sur nos tètes l'astre du jour, dont les reflets nous guident encore pendant la nuit. De môme, pour guider nos pas dans le monde moral, elle a suspendu dans les profondeurs de nos consciences le flambeau du devoir. Il suftità l'àme droite et honnête de réfléchir un instant sur elle-même, pour voir cette lumière intérieure, pour entendre cette grande voix du devoir, nous commander avec une autorité qui s'impose. Elle nous ordonne de faire le bien, d'éviter le mal. Elle nous enseignepar exemple que le mensonge, la trahison, la haine, la fraude, l'homicide sont un mal; que la droiture, la probité, la charité, la piété filiale sont un bien ; qu'il vaut mieux être pauvre et malheureux, en restant honnête, que d'acquérir honneurs et richesses au prix d'une lâcheté, ou d'une infamie. Voilà des leçons, voilà des ordres positifs, qui s'imposent à la fois à la raison et à la conscience humaine, sous toutes les latitudes, sous tous les climats, dans tous les siècles et à tons les degrés de la civilisation; des vérités éternelles, immuables, qui revêtent une force impérative si indiscutable, qu'on a pu leur donner le nom d'impératif catégorique, absolu.

Devant cet appel au devoir qui surgit des profon- ^"'/u*™ deurs lumineuses de la conscience humaine, avec ^*.{!i''

l'ISlUC.

une évidence irrésistible et une autorité souveraine, tout scepticisme honnête vient se briser. Les esprits les plus troublés par les disputes et les contradictions des philosophes, s'arrêtent devant cette barrière infranchissable. On a beau avoir mis en doute, avec Kant, la valeur objective de nos sensations et de nos idées, critiqué et rais en suspicion toutes les thèses de la métaphysique sur l'existence et la nature du temps et de l'espace, des corps et des esprits, du monde et de Dieu, on est bien forcé de redescendre parfois du ciel nuageux de la métaphysique, sur la terre des vivants, de vivre non seulement avec des idées, mais avec les autres hommes, de faire partie d'une société, d'agir comme citoyens, fils, pères, époux, en un mot d'agir en hommes. Refuserions-nous de vivre dans le monde des spéculations de la pensée, nous voilà bien contraints de vivre dans le monde pratique de l'action. Or la première condition pour que cette vie morale et sociale soit possible c'est qu'il y ait des devoirs et des drpits de père, de fils, d'époux, de concitoyens, en un mot que la grande loi du devoir qui surgit des profondeurs de la conscience humaine ne soit pas une illusion vaine, mais une réalité. Le devoir ou le néant ! Tel est le dilemme invincible qui se pose à nos consciences, dès le premier pas tenté dans le monde de l'action, dans le monde de la vie positive et pratique.

Liberié Kant et ses disciples ont vivement senti la toute

postulat ^

devoir P^iissance pratique de la grande voix du devoir, pour arrêter et endiguer les flots débordants du scepticisme universel. Barrière autrement puissante que le fragile axiome de Descartes : je pense donc je suis. « Mettre le devoir en doute, s'écriait Kant, c'est déjà trahir le devoir... Croire au devoir est un devoir... Nous sommes obligés de croire au devoir et à tout ce qui le rend

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