‹ La liberté et le devoirChapitre 182 sur 205 · III. CHITIOUE. — KANTISME ET NÈO-KANTISME · texte numérisé non relu

III. CHITIOUE. — KANTISME ET NÈO-KANTISME

phénomènes de chaque instant qui auraient hesoin ' de la lib(3rté pour pratiquer le devoir. D'autre part^ elle attriliue la liberté à rhoinme-nouniêne, à l'homm»} en soi, qui n'en a nul besoin, — car il est supposé dans un monde transcendant, où le bien idéal et le bien réel ne font qu'un, et où le devoir n'a plus de sens. K\\ sorte que Kant, après avoir admis la liberté pour rendre la morale possible, se voit obligé, par esprit de système, à la placer à contre-sens dans le monde des noumônes, où elle est inutile, et non dans le monde des phénomènes, où elle serait indispensable pour rendre la morale possible. Son but n'est donc pas atteint. Pour s'être posé en champion et en sauveur de la liberté, Kant n'en demeure pas moins un de ses agents destructeurs les plus subtils et les plus dangereux.

Bon nombre de néo-criticistes ont dû en faireleloyal Aveux de aveu : aussi est-ce sur cette conception de la liberté, cibles. qu'ont porté leurs plus graves retouches. M. Renouvier, ayant supprimé radicalement le moi-noumène, dont le rôle lui paraissait inutile, a introduit résolument la liberté au sein même des phénomènes, peutêtre même avec excès, car la contingence universelle n'est nullement nécessaire à la thèse de la liberté, comme nous Tavons montré.

Le Kantisme, dit-il, « n'a pas le droit de placer le fondement de l'éthique dans la région nouménale,la morale étant comme le reste de l'ordre des phénomènes, et devant se formuler sur le terrain de l'expérience. Uen soi de la morale est une hypothèse métaphysique transcendante, et certainement la plus obscure qu'il y ait dans une philosophie qui ne ramène pas le devoir à Dieu >. — < Parla, remarque M. Fouillée, M. Renouvier se trouve amené à reconnaître avec Schopenhauer que, pour Kant, Yen soi de la morale.

l'absolu qui commande, la voix inconnue qui ordonne dans le fond de la conscience, c'était au fond, Dieu (1) ».

Cette importante correction fait honneur à M. Renouvier.Il a bien fait de replacer la liberté au sein des phénomènes, comme tous les-hommes l'ont toujours pensé, sansen excepter Kantlui-même,lorsqu'il s'abstrait de son système (2). Mais si la liberté est un phénomène de conscience, pourquoi M. Renouvier persiste-t-il à soutenir qu'il nous est impossible d'en avoir conscience ? L'impossibilité d'avoir conscience de notre liberté était motivée pour Kant par son caractère nouménal. Elle n'a plus de raison d'être pour M. Re nouvier qui en fait un phénomène de conscience. Un peu plus de logique, ce nous semble, aurait suffi à corriger cette faute .

3- L'i- Mais il ne suffit pas à la théorie de l'action morale

deal ^

moral de d avoïr rétabli le devoir avec ses sanctions éternelles et la liberté, il faut encore connaître Vidéal moral que doivent réaliser nos actions. Chaque système démo raie a pu prendre pour point d'orientation un idéal différent; aucun n'a pu s'en passer. Il faudra donc que Kant, après s'être interdit de spéculer, se remette à spéculer de plus belle, à la poursuite d'un idéal du souverain bien.

Quel est donc le souverain bien pour Kant ? Y a-t-il mèmeun bien objectif et absolu à réaliser ? Nous avons déjà vu que, pour lui, il n'y a ni chose bonne, ni chose mauvaise avant la loi. C'est la loi qui, par son ordre ou sa défense, rend chaque chose bonne ou mauvaise- On ne peut donc déterminer le concept de bien ou de

(1) FouiUée, Criliq. des systèmes, p. 101.

(2) Voy. l'exemple de Kant cité plus haut, p. 419.

Page 1