III. (:iirn(.>i'K. — I'Essimismk kt nbo-bouihhii-^.mk 'iV.i
temporelle, la seule qui j)uisse rendre possible laccomplisseineiitdu devoir, aussi sera-t-il Iogi(iue i)Our Schopenhauei' de nier le devoir, ou pour Hartmann de l'entendre de manière à supprimer la chose, tout en gardant le mot.
< D'après ce qui précède, dit Schopenhauer, on ne s'attend pas à trouver dans mon traité d'Etliique soit des préceptes, soit une théorie des devoirs, soit un précepte universel de morale, qui serait comme le réceptacle général d'où sortent toutes les vertus. Nous ne parlerons non plus ni de devoir inconditionnel, ni d'une loi delà liberté, car l'un et l'autre renferment une contradiction. Nous ne parlerons en aucune façon du devoir : cela est bon pour les enfants et pour les peuples dans leur enfance, mais non pour ceux qui se sont approprié la culture qu'on possède à l'âge de la majorité (1). »
La morale de Hartmann est un peu moins mépri- Moraiede santé pour 1 idée du devoir. Ayant trouve incomplet et insuffisant le principe de Schopenhauer, — Volonté pure et aveugle, in intelligente à la fois et inintelligible, — il lui avait adjoint une Raison inconsciente, mais capable de diriger cette Volonté, et de faire succéder à l'opposition primitive entre la volonté et l'idée qui avait produit la folie du « vouloir-vivre », un processus contraire ayant « pour but d'amener l'idée, d'abord inconsciente, de la folie inhérente au vouloirvivre, à une pleine conscience de cette folie, de manière à déterminer la volonté à ne plus vouloir ».
En conséquence, cette loi de réaction est appelée par L«(ieToir Hartmann un devoir, mais comme son exécution se produit sans liberté et fatalement, c'est bien moins un devoir, dans le sens moral de ce mot, qu'une finalité
(1) ScliopAnliauer, Ihid., t. I, p. r)H,
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ou une fatalité qui nous attire nécessairement. C'est cette inclination qui produit dans nos consciences le sentiment du devoir moral, mais ce sentiment est beaucoup plus illusoire que réel,et la morale, d'ailleurs, n'a point à s'en occuper. « La question de savoir si à cette idée : tu dois, revient une importance plus que subjective et plus qu'illusoire, reste en dehors de nos présentes recherches (1). »
Du reste, le devoir, si devoir il y a, consiste uniquement à amener un état de choses, où tout devoir aura disparu, la folie du vouloir-vivre ayant cessé, et l'individu étant rentré dans le sein de l'être universel.
L'Idéal Telle est, en effet, la fin dernière de l'homme : la destruction et l'anéantissement de son être individuel, et son absorption dans le nirvana de l'être universel. D'où les pessimistes se flattent de tirer l'idéal le plus pur et le plus désintéressé de morale. Examinons si leurs prétentions sont justifiées.
Il n'y a, disent-ils, au fond, qu'un seul Etre véritable, l'Etre universel, dont la folie du vouloir-vivre a fait sortir, comme des ombres et des fantômes, toute la multiplicité et la diversité actuelle des individus. Or, le retour des individus à l'unité, par le renoncement au vouloir-vivre individuel, ne peut être que la négation même de l'égoïsme, principe de tout mal, et la pratique du désintéressement le plus élevé.
« L'affirmation du vouloir-vivre, dit Schopenhauer, est la raison du monde phénoménal, de la diversité des êtres, de l'individualité, de l'égoïsme, de la haine. L'égoïste, dupe d'une illusion d'optique, prend sa personne pour une réalité durable, et le monde des phénomènes pour une existence solide: il sacrifie donc
(1) Hartmann, l'/irénoménologie, p. 307.
111. cinnyL'i-: — pkssimisme ou NÉo-DOLDDiiisMh; 41.") toutâson moi. Le sajîe.au contraire, reconnaît que «■''•••erni-
^ ^ té onl-
son moi n'est rien, que le [>rincipe (rindividuation «r^ue. n'a (ju'une valeur trompeuse, que la diversité des êtres a sa racine dans un mùme être, que, s'il y a diversité dans le vouloir, il n'y a au fond qu'une seule volonté (1). > — Un peu plus loin, il ajoute que celui quia compris cette identité des êtres, ne distingoeplus entre lui et les autres : « il jouit de leurs joies, comm^ de ses joies ; il soull're de leur.s douleurs, comme de ses douleurs, tout au contraire de l'égoïste, qui, faisant entre lui-môme et les autres la plus grande différence, nie pratiquement la réalité des autres. »
Hartmann soutient la même thèse : « L'idée du moi, répète-t-il, n'a pas plus de vérité que l'idée de l'honneur et du droit, par exemple. La seule réalité... est celle de l'Etre qui n'est pas un individu, del'Un- Tout inconscient... Persuadez-vous fermement et intimement de cette vérité qu'un seul et même être (l'Inconscient) sent ma douleur et la vôtre, mon plaisir et le vôtre, qui n'est associé qu'accidentellement à tel ou tel cerveau : alors seulement l'égoïsme exclusif sera extirpé en vous jusqu'à la racine (2). »
Or le grand moyen pour extirper l'égoïsme et ame- Par la ner le règne de la fraternité universelle, c'est la pitié, '*"**' «ce grand mystère de la morale ». Toutes les vertus viennent de la pitié, comme de leur source; la justice, la bienfaisance, l'héroïsme lui-même sont de la pitié. <( Celui qui va à la mort pour sa patrie est délivré de l'illusion, ne borne plus son être aux limites de sa personne : il l'étend, cet être, il y embrasse tous ceux de son pays en qui il va continuer de vivre, et même les générations futures, pour qui il fait ce qu'il fait. Ainsi la mort, pour lui. n'est que comme le
(1) Schopenhauer, Die Well, t. II, xLvii. (•<*) Hartmann, l'hyéno)nénolof/!e, Ibid.
44ti KUNDKMENTS DE LA MORALE
clignement des yeux, qui n'interrompt pas la vision (1). »
Parle Mais la fraternité universelle parla «pitié» n'est
«uicidede '■
la . encore qu'une première étape pour arriver au nirvana,
volonté. '■■ *■ ^ '■
OU abolition complète du vouloir-vivre. Ce suicide de la volonté, n'est pourtant pas le suicide véritable que le maître interdit (2) : « Le suicide nie seulement la vie et non la volonté de la vie. L'homme qui se tue, en effet, veut en réalité la vie et l'accepterait volontiers; la seule chose qu'il ne veuille pas, c'est la douleur. Ensuite, le suicide ne met fin qu'à la vie individuelle, et n'empêche pas la renaissance de l'âme, la palingénésie. Le sage devra donc ne pas recourir au suicide. Les degrés qu'il franchira successivement pour atteindre son but, sont d'abord la chasteté absolue, qui empêche la souffrance de se perpétuer sur la terre, puis Vascétisme, qui, prenant conscience du mal inhérent à l'existence, éteint en nous l'attachement à la vie ; enfin le nirvana proprement dit, acte suprême de liberté, par lequel la volonté se dégage entièrement des formes et des nécessités de la vie sensible. »
Parle Cc suicldc dc la volonté individuelle ne semble cogmique pourtaut pas à Hartmann une mesure assez radicale ni assez efficace pour supprimer le vouloir-vivre. Il préconise un procédé collectif, beaucoup plus expéditif et absolu : le suicide cosmique. Lorsque le génie de
(1) Schopenliauer, Fondement de la morale, p. 192.
(2) Tous ses disciples n'ont pas eu la même modération. Bon nombre de jeunes gens instruits et lettrés préconisent les meurtres collectifs : « Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peutêtre en repoussera-t-il un de meilleur. » (Zola, dans Germinal.) — Ils préconisent surtout la stérilité volontaire des foyers, vantée par un de leurs poètes :
« Demeure dans l'empire innommé du possible, « O fils le plus aimé, qui ne naitra jamais ! ^)
(Sully-Prudliomme.)