‹ La liberté et le devoirChapitre 20 sur 205 · I. LA Lllil.HTK. — LA LIBi:HrÈ I:;T LA MOHALE · texte numérisé non relu

I. LA Lllil.HTK. — LA LIBi:HrÈ I:;T LA MOHALE

force brutale régnera en maîtresse souveraine sans scrupule et sans frein.

Voltaire, dans un éclair de vigoureux bon sens, résumait ainsi cette preuve dans une réplique courtoise au grand Frédéric : « Daignez, au nom de l'humanité, penser que nous avons quelque liberté, car si vous croyez que nous sommes de pures machines, que deviendra l'amitié dont vous faites vos délices ? De quel prix seront les grandes actions que vous ferez ? Quelle reconnaissance vous devra-t-on des soins que votre altesse royale prendra de rendre les hommes plus heureux et meilleurs? Comment, enfin, regarderezvous l'attachement qu'on a pour vous, les services qu'on vous rendra, le sangcju'on versera pour vous ? Quoi ! le plus généreux, le plus tendre, le plus sage des hommes verrait tout ce qu'on fait pour lui plaire du même œil dont on voit des roues de moulin tourner sur le courant de l'eau, et se briser à force de servir ! (1). »

Ainsi l'analyse la plus élémentaire des notions du u re«droit et du devoir, nous fait conclure à la liberté, ^Tî?"' comme à une condition indispensable. Que serait-ce, si nous approfondissions cette analyse sommaire, par l'étude détaillée de toutes les notions morales dérivées ou connexes, telles que la responsabilité, le mérite et le démérite, la vertu et le vice, le remords et la bonne conscience, le conseil et l'exhortation, la discipline de la volonté et l'éducation morale, l'héroïsme et la beauté morale, la valeur et la dignité humaine ?

Et d'abord, avant d'accomplir l'acte bon ou mauvais, nous sentons que nous aurons à répondre du bien ou du mal que produira cette action. Après

(1) Voltaire, Correspondance avec Frédéric, lett. 39.

morale.

l'action, nous percevons, peut-être encore plus clairement, notre responsabilité. Non seulement nous comprenons que la justice humaine aura droit de nous demander compte du préjudice causé au prochain ou à la société et d'en exiger réparation, mais nous sentons que déjà devant le tribunal de notre conscience comparaît notre volonté coupable, alors même qu'aucun effet extérieur ne se serait produit. Non seulement le meurtre est coupable, mais la tentative et le seul désir du meurtre engage notre responsabilité. Mais comment serait-elle engagée, si ces actions ou ces désirs étaient involontaires ou fatals ; le fou n'est-il pas irresponsable aux yeux de Dieu et des hommes?

Leraérite Pouvcz-vous dc même concevoir le mérite ou le dé-

et le

démérite, mérite sans liberté ? Non assurément. Aucune personne ne mérite ou ne déméi'ite parce qu'elle estjolie ou laide, grande ou petite, malade ou bien portante, jeune ou veille. Ce sont là des avantages ou des inconvénients, très appréciables sans doute, mais indépendants de notre bonne volonté.

Le mal moral ou le bien moral eux-mêmes lorsqu'ils sont involontaires sont sans mérite ni démérite. On n'est pas coupable d'un homicide involontaire, pas plus qu'on n'est estimable pour un acte bon, mais accompli par nécessité ou sous l'empire de la violence.

Est seul méritoire ou déméritoire l'acte moral qu'on exécute librement, alors qu'on pourrait s'en abstenir ou agir autrement.

La vertu Même ralsonnemeut pour la vertu et le vice. Il est

et le .

vice, incontestable que les hommes diffèrent entre eux non seulement par des qualités physiques, mais par des qualités morales, non seulement par des qualités innées de l'esprit et du cœur ou du tempérament,

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