I. L\ LIBERTÉ. — LA LIBEKTÉ ET LA MORALE 'Mj
mais encore par des habitudes librement consenties et graduellement développées par la répétition des actes. C'est là ce({ui [iermet aux plus liuniblesetaux plus disgraciés par la naissance et lalbitune, de s'élever par la vertu à la perfection morale, et de dépasser infiniment dans notre respect et notre estime les princes de la science et les puissants du jour. Je sais bien (ju'on donne quelquefois, par abus, le nom de vice et de vertu à certaines dispositions innées ou héréditaires. Loin de nous de contester les effets, parfois merveilleux de Thérédilé. Une si elle dépose dans l'âme des germes de vertu ou de vice, elle ne rend pourtant personne vertueux ou vicieux dès sa naissance. Il faut y ajouter des habitudes librement consenties.
Nier la liberté, ce serait donc nier les qualités morales qui tiennent au bon ou mauvais usage de notre liberté ; partant, ce serait réduire toutes les différences entre les hommes à celle de l'esprit, du tempérament et des aptitudes naturelles ; ce serait nier la qualité par excellence, la vertu, mille fois plus précieuse que tous les talents et tous les dons de la nature.
Le remords et la^'oî^ de la conscience témoignent Le encore de l'existence de la liberté. Qui n'a connu ces "eua* heures d'angoisse où la tentation livre à l'àme ses con"plus rudes assauts? Hésitante entre le plaisir coupable et le devoir austère, elle se sent ballottée à droite et à gauche, comme un navire désemparé par la tempête. Mais enfin voici qu'elle se décide pour le devoir; elle triomphe par un effort généreux, héroïque peut-être. Aussitôt, sans attendre la récompense promise aux vainqueurs dans la vie bienheureuse, cette âme se sent envahie par une félicité intérieure, qui la pénètre tout entière d'une paix délicieuse et forti-
cience.
fiante, et la dédommage amplement d'avoir ensanglanté son cœur aux rudes épines du devoir. C'est la joie delà bonne conscience quitémoigne du bon usage de sa liberté.
Que si, au contraire, elle a eu la faiblesse de céder à la tenlation et d'être vaincue dans la lutte, la jouissance coupable est bien vite empoisonnée par la tristesse et par le remords cuisant qui la poursuit en lui reprochant sa honte et sa lâcheté ! Ce cri de la conscience honnête, c'est le cri de la nature ; or il serait un contre sens dans l'hypothèse de la nécessité. Autant vaudrait-il dire que je puis avoir des remords de conscience parce que je suis petit ou laid, infirme ou maladroit, ou qu'un succès immérité, un triomphe injuste, une filouterie habile, peuvent me procurer la joie d'une bonne conscience.
Il est donc bien vrai que le sentiment moral du remords ou de la bonne conscience appelle la réalité du devoir et de la liberté.
Leçon- Le devoir catégorique n'est pas la seule forme que L'Mhor- puisse revêtir le bien proposé par la conscience. Quoi qu'en ait pu dire Kant, tous les biens ne sont pas commandés ; il est des conseils de perfection au-dessus de la portée communedu vulgaire etqui nes'adressent qu'aux âmes les plus délicates et les plus nobles. Du reste, la conscience n'est pas la seule source des bons conseils. Ils nous viennent souvent de nos supérieurs, de nos parents, de nos meilleurs amis, qui ajoutent souvent aux conseils leurs exhortations et leurs prières. Qui ne se souvient des conseils d'une pieuse et sainte mère, ou de ceux qu'accompagne la bénédiction suprême d'un père ou d'un grand-père mourants? Mais que signifieraient ces exhortations et ces conseils, si nous étions fatalement destinés à ne pas les suivre ? S'ils ont un sens, ils supposent