‹ La liberté et le devoirChapitre 25 sur 205 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBEHTK ET LA MORALE · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBEHTK ET LA MORALE

et (le sa justice, en de simples instruments de la force brutale. C'est assez peut-être pour fonder sur la terre le règne de la force, ce n'est plus assez pour établir celui de la justice.

Le remords, la pitié, la ioie de la bonne conscience ^

' ^ ' ** remordi,

seront-ils des sentiments plus faciles à expliquer, pour i"P'Wles déterministes ? Loin de là. Puisque les choses ne peuvent être autrement qu'elles ne sont, pourquoi regretter qu'elles soient telles, ou désirer qu'elles soient autrement ; pourquoi nous les reprocher si elles sont mauvaises, ou nous féliciter lorsqu'elles sont bonnes, comme si elles auraient pu être mauvaises? Tout arrive selon l'ordre de la nature, et bien insensé qui ose penser, vouloir, désirer autrement.

Bien plus, Spinoza nous paraît très logique en condamnant non seulement comme inutile, mais comme pervers tout sentiment de remords ou de pitié. Se repentir, dit-il, ou avoir pitié des malheureux, c'est vouloir supprimer le passé, supprimer l'univers et l'œuvre de Dieu elle-même. C'est se rendre coupable d'uneespèce de suicide et de déicide. Mais si sa conclusion est logique, elle est aussi inhumaine et contraire au sens moral du genre humain. Aussi nos nouveaux déterministes n'ont point voulu s'en contenter et lui ont préféré un système de défense diamétralement opposé.

Déjà Hume essayait de prouver que c'est seulement l. dans le système fataliste que le repentir acquiert toute sa valeur morale. En ellet, disait-il, si nos actions sont nécessairement liées à nos états habituels de conscience bons ou mauvais, nos repentirs seront la manifestation nécessaire mais sûre de notre vertu, comme nos fautes auront été la manifestation de nos vices. Si au contraire ces manifestations extérieures

repentir.

sont libres, elles ne prouvent plus rien sur l'état habituel de notre âme.

Le sophisme est habile ; bien loin de l'atténuer, nous croyons lui avoir donné un relief qu'il n'a pas dans le texte vague et obscur du philosophe anglais. Mais, si subtile qu'elle soit, l'argumentation n'en est pas moins sophistique. Un repentir /brc^, produit d'une vertu nécessaire, n'a pas plusde valeur morale qu'une faute nécessaire produit d'un vice nécessaire. En outre, ce repentir devient impossible ou déraisonnable, soit parce qu'il est impossible ou déraisonnable de se repentir d'une action dont on n'est pas coupable ; soit parce que ce repentir venant après une faute, briserait la série continue et fatale des effets et des causes ; le dernier terme de la série contredirait les premiers termes par lesquels il aurait été produit. D'autre part, il est faux que, pour être méritoire, le repentir doive être la manifestation d'un état habituel de notre âme. Il suffît qu'il soit sincère, alors même qu'il soit peu affermi dans l'âme du nouveau converti.

Les Aujourd'hui cependant, l'argument de Hume est

Illusions ,, . „ ii-i ••. • i.-

utiles I bien moins en faveur ; les déterministes aiment mieux se contenter de dire avec M. Fouillée que ces sentiments de pitié, de remords, de bon propos, ne sont pas à dédaigner dans la théorie, parce qu'ils créent des motifs de bien agir, et que ces motifs peuvent finir par exercer une influence prédominante ou déterminante. Mais cette théorie est gravement incomplète. Si elle met en lumière Yutilité de ces sentiments, elle est incapable de nous expliquer leur légiiiinité, c'est-àdire leur caractère raisonnable et leur valeur morale. Cène sont plus que des i7/2^sîon5 de conscience, utiles sans doute, mais mensongères. Gela suffit pour empêcher l'éclosion de ces sentiments dans l'âme humaine, car qui voudra avoir la naïveté de se repentir, lorsqu'il

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