I. LA LIBEKTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE
loir imposer un idéal moral à celui qui est idiot ou fou, en proie au délire oti au rêve, en un mot, à celui qui n'est pas maître de ses actions. Donc M. Fouillée et nos fatalistes ont beau construire des règles de morale idéale ou de politique idéale, ces lois n'étant plus imposéesetne pouvant plusêtre imposéesàla volonté» si elle n'est pas libre, ne sont plus des lois réelles, mais fictives. Il n'y a de lois réelles, que les lois physiques et nécessitantes, si tout obéit à la nécessité. Le fait et le droit se confondent. Tout est comme il doit être ; tout est légal; tout est juste, et rien d'illégal ou d'injuste n'est possible qu'en apparence ; ne dites plus ([ue la force souvent prime le droit : la force etle droit se confondent nécessairement. Votre idéal n'est donc qu'une invention de votre esprit et une chimère, il n'est nullement le Devoir qui s'impose, ni un équivalent du devoir.
Aussi sommes-nous surpris de voir certains spiri- Fâcheutualisles faire sur ce point important de dangereuses cLions. concessions. « La notion du devoir, écrit l'un d'eux, est également explicable du point de vue déterministe et du point de vue du libre arbitre. Cette notion se prête même aux deux interprétations sans un notable changement de sens (1). »
Le même auteur va jusqu'à dire : « le pouvoir de la loi morale, telle que la connaît la conscience, est même encore plus grand dans la théorie déterministe que dans sa rivale ».
Nous croyons au contraire qu'on ne peut légitimement appliquer le mot devoir à un être nécessité dans son action, et que affirmer qu'une pierre a le devoir de tomber,qu'un arbre a le devoir de porter des fruits, ou l'animal, le devoir d'obéir, est un contre-sens et
(l) Fonsegrive, Essai sur le libve arbitre, !''• édit., p. 517.
un abus de langage, contre lequel nous devons d'autant plus protester, que nos déterministes y tiennent davantage.
La Gardez-vous bien de supprimer l'idée du devoir,
puissance g'^^^j.jg g,^ gffgt y[ Foulilée ; retenez pareillement l'i- '"^^^' dée de liberté, et fondez le système définitif du déterminisme sur la puissance de ces idées. Ainsi vous aurez « élargi » et rectifié la théorie déterministe.
Toute idée est une force, ajoute-t-il, elle tend fatalement à sa réalisation. Il faut donc se servir de ces idées au lieu de les supprimer ou de les traiter comme des choses vaines. L'idée du devoir qui commande à la conscience : < Fais, agis », l'idée de liberté qui lui dit : « Tu peux agir, tu peux faire », pèsent de tout leur poids dans la balance de la volonté. « Supposons que je sois dominé par une violente colère. Si je suis persuadé que je n'ai aucun pouvoir sur ma passion, ou si je ne songe pas à ce pouvoir, il est clair que ma colère suivra fatalement son cours. Mais voici qu'une idée, amenée par les lois de l'association ou de l'habitude, prend une puissance nouvelle dans mon esprit et, de confuse qu'elle était, devient distincte ; c'est l'idée (subjective ou non) d'une résistance possible à ma colère, d'un empire que je crois pouvoir exercer, et que, de plus, ma raisonjuge rationnel et bon d'exercer. Aussitôt cette idée interrompt la fatalité de la passion; c'est une force nouvellequi peut, en s'accroissanl, faire équilibre à ma colère..., et, comme l'épée de Brennus, faire pencher le plateau du côté qui semblait d'abord le plus faible en \enant s'y ajouter. » Plus on développe ces idées, plus elles deviennent puissantes dans la conduite de la vie. « Dès que je songe à mon pouvoirj'idée croit, la tendance delà réflexion s'y applique davantage ; nouvel accroissement de la réflexion ; et, en définitive, multiplication des