I. LA LIBERTÉ, — LA LIBERTÉ ET LA PSYCOOLOGIE C
gne ; elle est contraire au principe de raison suflisante, ùcelui de contradiction, etc. Ne serait-elle pas contradictoire, elle est pour le moins obscure et inintelligijjle, et selon la méthode cartésienne : « on ne doit admettre en son esprit que des idées claires >. En conséquence, l'idée de lijjerté étant pour le moins obscure, le fait de conscience, qu'on appelle liberté, ne peut être constaté, ou doit être une illusion. Illusions de conscience ! c'est bien là en effet la ré- Les
. • . illusions
plique habituelle des déterministes, qui, pour la ren- deconsdre moins invraisemblable, ont accumulé les observations patientes de la psychologie elle-même, ou les hypothèses les plus ingénieuses.
Ce sont ces hypothèses et ces observations psychologiques, que nous allons examiner, en réservant pour le chapitre suivant la tâche délicate d'expliquer la notion et la possibilité du libre arbitre. Là seulement, nous étudierons si les principes de métaphysique le condamnent ou le déclarent possible, s'ils peuvent en prouver non seulement la possibilité mais encore l'existence. Ici, nous avons à défendre seulement la liberté, comme fait de conscience, comme fait réel, et non illusoire. Car les faits constatés s'imposent tout d'abord ; leur explication, si elle est possible, ne vient qu'en second lieu. (Contrairement à la méthode cartésienne, nous suivons la méthode scientifique, qui consiste à constater les faits avant de les expliquer ; parce que l'expérience est primitive ; le reste est dérivé et n'a qu'une valeur secondaire.
Nos adversaires ont donc cherché à mettre en sus- L-iHusion picion la valeur du témoignage de la conscience. Quelle noVùet confiance lui accorder, en eiïet, si parfois elle nous trompe et nous jette dans l'illusion? Déjà Spinosa
avait allégué les illusions de conscience du fou, de riiomme ivre, de l'enfant au berceau, et, sans aller si loin, il aurait pu tout aussi bien alléguer les illusions du rêve, chez l'homme adulte et sain d'esprit, qui peut rêver et croire dans un songe qu'il est libre, alors qu'il ne l'est pas.
MM. Ribot, Beaunis et Richet (1) ont rajeuni la vieille objection, en s'appuyant sur les phénomènes si nouveaux et si curieux de l'hypnotisme, c'est-à-dire d'un état pathologique encore bien mal connu, qui semble toucher de si près au rêve et à la folie. On peut. donner l'ordre à l'un de ces pauvres malades de la Salpêtrière d'exécuter après son réveil telle ou telle action, un vol par exemple, à tel jour et telle heure fixée. Il est bien constaté que, dans la plupart des cas, le malade obsédé par l'image de l'ordre qu'il a reçu, devient plus ou moins incapable de résistance, — car sa maladie consiste précisément dans un déséquilibre mental, qui pourrait être comparé à un rouage complexe dont un ressort est brisé. Il finira donc par céder, et par exécuter automatiquement l'ordre reçu. L'objec- « Au jour fixé, écrit le D"" Beaunis, à l'heure dite, l'acte s'accomplit et le sujet exécute mot pour mot tout ce qu'on lui avait suggéré ; > — et le même docteur ajoute cette remarque essentielle : « il l'exécute convaincu qu'il est libre, qu'il agit ainsi parce qu'il l'a bien voulu et qu'il aurait pu agir autrement... Nous pouvons donc nous croire libres et ne pas l'être. Quel fond pouvons-nous donc faire sur le témoignage de notre conscience, et ce témoignage, n'est-on pas en droit de le récuser, puisqu'il peut ainsi nous tromper? Et que devient l'argument tiré en faveur du libre ar-
(1) Ribot, Les maladies de ta volonté, c. V. fin. — Rev. />At7.,mar3 1883. p. 34U ; août 1885 (Beaunis).
lion.