I. LA LIBEKTÉ. — t,.\ I.IHKKTK HT LA l'SYCUOLOGlK fi
temps d'y porter remède : sero medicina parât uv. Dans cette dernière période des passions, de la colère par exemple, lliomme n'est plus qu'un fou furieux, comparable à une brute ; et, s'il est responsable indirectementet dans leur cause, in causa, comme disent les théologiens, des ellels insensés de la passion, il n'en est plus responsable actuellement au moment où ils se produisent. L'exemple de l'homme qui s'est enivré volontairement est un exemple classique encore plus clair.
Certaines maladies nerveuses, qui confinent plus ou moins à la folie, peuvent produire des effets semblables. M. Ribot cite le fait de ce mélancolique, tourmenté de la pensée du suicide, qui sentant approcher le moment de la crise, se lève la nuit, va frapper à la porte de son père et lui crie : « venez vite, le suicide me poursuit, bientôt je ne résisterai plus (1). > Ce pauvre malade a pleine conscience de sa situation, et s'il demeure encore maître de lui-même, il sent que bientôt il ne le sera plus, et que la volonté raisonnable aura bientôt lâché la bride à la partie inférieure ou animale, et momentanément abdiqué son empire, pendant l'accès de fièvre et de délire.
Le témoignage de la conscience ne saurait être plus lumineux, s'il atteste que parfois n(^s ne sommes plus libres, ni maîtres de nous-mêmes, il n'en reconnaît que mieux les cas où cette liberté et cette maîtrise sont incontestables.
Aussi n'hésiterons-nous pas à conclure par cette Beiie belle parole de M. l'abbé de Broglie, dans sa magis- s"on traie étude sur le positivisme et la science eocperi- Brogue. mentale que M. Sécrétan lui-même (2) s'est vu forcé d'estimer forte et éloquente : < Bien faible et bien
(1) Ribot, Les maladies de la volonté, p. 76-77.
(2) Revxie phil., 188'^, analyse et comptes rendus.
superficiel observateur est celui qui u'a pas reconnu en lui-même cette variété de motifs et de mobiles, qui n'a point éprouvé ces luttes de la raison et de la passion, qui n'a point senti se raidir la chaîne de la conscience quand l'oi-age devenait plus fort, et qui n'a point reconnu non plus qu'il pouvait, s'il le voulait, se tourner vers le devoir pour l'embrasser, ou s'abandonner lâchement à l'attrait prédominant. Nous disons de cet homme qu'il est un bien faible et bien superficiel observateur. C'est ce que nous pouvons dire de plus favorable de lui ; car, s'il avait observé que réellement il avait, dans sa vie, toujours suivi sans résistance l'attrait prédominant,s'il s'était toujours laissé emporter par le mobile le plus fort, alors, quelle que fut sa conduite, quelque nobles et bienveillants que fussent ses instincts, c'est à peine s'il mériterait le nom d'homme, et il ne serait pas digne d'une estime plus grande que celle que nous accordons à un chien dévoué à son maître, qui suit l'attrait prédominant de sa nature affectueuse (1)».
Pourquoi Commcut donc a-t-on pu discuter et mettre en est-il mis doute uu fait de conscience si clair et si universellement reconnu? C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner avec soin.
Nous croyons avoir remarqué que touslesnégateurs de la liberté, comme fait de conscience, sont partis non de l'analyse minutieuse et impartiale du fait psychologique, mais d'idées a priori. La notion de liberté, disent-ils, est contradictoire et impossible; elle est contraire au principe de causalité : ce serait un effet sans cause, un commencement absolu, ce qui répu-
(1) Abbé de Broglic, Le Positivisme et la Science expérimentale, t. II, p. 2^1.
en doute