I. LA LIHF.RTK. — LA LIBRRTK ET LA PSYCDOLOGIE
sent par une action ou un arrùt. La coordination a pour facteur principal le caractère qui n'est que l'expression psychique d'un organisme individuel. C'est le caractère qui donne à la coordination son unité, non l'unité aljstraite d'un point mathématique, mais l'unité concrète d'un consensus (?). L'acte par lequel cette coordination se fait et s'affirme est le choix, fondé sur une affinité de nature.
a La volition que les psychologues intérieurs ont si souvent observée, analysée, commentée, n'est donc pour nous qu'un simple état de conscience. Elle n'est qu'un elfet de ce travail psycho-physiologique, tant de fois décrit, dont une partie seulement entre dans la conscience sous forme de délibération. De plus, elle n'est cause de rien. Les actes et les mouvements qui la suivent résultent directement des tendances, sentiments, images et idées qui ont abouti à se coordonner sous la forme d'un choix. C'est de ce groupe que vient toute l'efficacité. En d'autres termes, — et pour ne laisser aucune équivoque, — le travail psycho-physiologique de la délibération aboutit d'une part à un état de conscience, la volition, d'autre part à un ensemble de mouvements ou d'arrêts. Le < je veux > constate une situation^ mais ne la constitueras. C'est dans la tendance naturelle des images à se traduire en mouvements, que le secret des actes produits doit être recherché (1). >
Nous sommes d'accord avec M. Ribot, lorsqu'il dit Réponse que la volonté, le «je veux », ne produit pas directe- robjecment le mouvement musculaire. C'est là une des plus vieilles thèses delà théorie scolastiquequi, au grand scandale des cartésiens, distinugait la volonté de la faculté locomotrice, et faisait de cette dernière une
(1) Ribot, Les maladies de la volonté, p. 178-180 (Alcan, 1895, 8» édition).
faculté organique, seule cause immédiate du mouvement des membres. Les nombreux cas pathologiques, étudiés par M. Ribot, où le malade peut vouloir et est impuissant à agir, sans être paralytique, parce que les tendances motrices sont trop faibles pour se traduire en actes, ou bien les cas contraires, où c'est l'impulsion motrice qui s'exagère et qui échappe à la direction du vouloir, sont une confirmation éclatante de la théorie scolastique.
Mais là n'est pas le point qui doit nous occuper. Il s'agit de savoir si la volonté n'est qu'un état de conscience résultant nécessairement d'états de conscience antérieurs ; si la volonté ne fait que constater une situation, sans y rien produire, et sans être ellemême un facteur important de cette situation.
Qu'il en soit ainsi dans un grand nombre de cas, nous l'accordons encore à M. Ribot, c'est là le cas habituel de la vie purement sensible et animale, régie par le désir ou l'appétit et privée de volonté raisonna ble ; c'est aussi le cas de bien des hommes dont la volonté ne s'est presque jamais exercée, développée, disciplinée, et qui se laissent aller à la vie animale, aux fatalités des désirs et des instincts, ou bien dont la volonté a été atrophiée, éteinte peut-être, par quelque accident pathologique plus ou moins voisin de la folie. Or il est à craindre que M. Ribot se soit borné à n'étudier que ces cas anormaux ; il semble même en faire l'aveu dans sa préface lorsqu'il déclare : « Qu'il se propose dans ce travail... d'étudier les anomalies et tirer de cette étude des conclusions sur l'état normal (1) >. Vice de Voilà ce nous semble un vice de méthode, qui inméufode. firme singulièrement la valeur et la portée des conclusions. Ces conclusions ne sont pas fausses, mais
(1) Ribot, Les maladies de la volonté, p,l. Inlrod.