I. LA LIHERTÉ. — J.A LIBERTÉ ET LA l'SYCUOLOGlK
saisissons sur le vif l'opération même et le déploiement de notre liberté.
M. Fouillée Ta très bien remarqué (1); avant de constater en nous la décision dernière et irrévocable, nous constatonssouventdesvolitions incomplètes, des hésitations, des luttes, des tendances à agir, des représentations de mouvements à moitié acceptées, et auxquelles correspondent déjàdans l'organisme divers stades d'innervation et de mouvements commencés ; en un mot, nous constatons la ])0ssibilité de décisions contraires et une indétermination positive. Ces premiers actes auxquels nianquent une orientation définitive et un achèvement, constituent un intermédiaire entre la puissance pure qui échappe à la conscience, et son acte complètement déterminé. Ils sont l'exprès- son évo-
. 7. . .111 lulion est
sion et la manitestation sensible de la puissance invi- poa%sible dont ils découlent, et nous permettent de constater directement, non pas l'essence de cette puissance, que le raisonnement seul peut découvrir, mais son existence, puisqu'elle opère et se déploie manifestement sous le regard de la conscience.
Notre liberté est donc directement saisie et perçue dans son évolution de la puissance à l'acte, comme la conscience en témoigne clairement. Nul raisonnement n'est nécessaire pour constater ce fait de l'exercice de notre liberté. Nous ne faisons appel au raisonnement, que pour remonter de la nature de ce fait à la nature de la cause profonde d'où il découle, et pour soulever le voile qui couvre au regard de la conscience la nature de notre âme et de ses facultés. Mais quel que soit le résultat de cette délicate recherche, le fait de notre liberté demeure, car un fait ne se nie pas, alors même que ses causes seraient inexpliquées et mystérieuses.
(1) Fouillée, Liberté et Déterminisme, p. 75 et suiv.
Le moiif Mais nos adversaires ne se contentent pas de ces
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foii. deux arguments négatifs ; après avoir mis en suspicion le témoignage de la conscience, — soit parce qa'.il serait illusoire chez les hypnotiques, soit parce que le sentiment de notre liberté pourrait provenir de l'ignorance où nous sommes des motifs secrets qui nous font agir, — voici qu'ils invoquent ce même témoignage, et soutiennent qu'une analyse plus complète des mêmes faits de conscience doit nous conduire à la négation de la liberté.
Etudiez bien votre conscience, nous disent-ils, et vous n'aurez pas de peine à découvrir que votre âme est une balance qui penche toujours du côté du désir le plus fort. On ne veut que ce que l'on désire, et si plusieurs désirs sont en conflit, il y a hésitation, latte, c'est toujours le désir le plus fort qui l'emporte. Or c'est le désir le plus fort et le dernier, que l'on appelle volonté. Mais le désir est nécessaire. Il est la résultante nécessaire, denos inclinations héréditaires ou acquises, de nos dispositions naturelles ou accidentelles, de nos passions, en un mot de notre tempérament ou de notre caractère. Ainsi ont raisonné, Hobbes, Locke, Spinosa, Helvétius, La Mettrie, tous les déterministes empiristes ou sensualistes des âges passés. Ainsi raisonnent encore, avec des formes un peu plus savantes, nos psycho-physiologistes contemporains, ohjeciion Voici, par exemple, ce qu'écrit M.Ribot comme con- M.iîoot. clusion générale à sa théorie de la volonté : « La volition est un état de conscience final, qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d'un gi'oupe d'états , conscients, subconscients ou inconscients (purement physiologiques), qui tous réunis se tradui-