‹ La liberté et le devoirChapitre 67 sur 205 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE

aux dispositions de l'animal, satisfont pleinement son appétit et l'attirent nécessairement, tandis qu'ils sont incapables de s'imposer nécessairement à une volonté raisonnal)le dont la capacité est indéfinie.

En d'autres termes, l'animal n'a pas dHdée générale; or sans idée, pas de jugement proprement dit ; sans jugement, pas de choix ; sans choix, pas de liberté possible. Tant il est vrai que la liberté a sa racine dans la raison, mère de l'idée ; suivant l'énergique expression de S. Tliomas, elle n'est qu'un appétit éclairé par la raison, appetilus rationalis (1).

Il est donc de l'essence même d'un appétit rationnel d'être libre à l'égard de tous les biens imparfaits. Un être raisonnable tendant vers l'idéal, comme vers son objet propre, ne peut être nécessité que par l'idéal. Le contraire serait inintelligible et contradictoire.

Telle est la belle preuve métaphysique par laquelle Force de S. Thomas éclaire toute la théorie du libre arbitre. Il preuve, suffit d'avoir compris cette théorie, pour voir avecquelle force cette preuve s'impose à notre esprit. Si nous préférons les deux autres preuves par le témoignage de la conscience morale et psychologique, c'est seulement au point de vue pratique de la controverse avec les déterministes contemporains. Les faits de la conscience morale et psychologique s'imposent comme des faits, avec toutes leurs conséquences logiques, à tout esprit sincère, mais ils nous forcent à croire à la liberté sans la comprendre. Seule la preuve métaphysique nous donne à la fois l'explication et la nécessité du fait de la liberté. En même temps qu'elle

(1) « Objectum voluntatis est liais et bonum in universali : unde non potest esse voluntas in bis qiia; curent rations et intellectu, quum non possinl apprebeuJere universale ; sed est in eis appetitns naturalis vei sensitivus deterniiiiatus ad aliquod bonuni particulare. s S. Thomas, la 2;c q. 1, a. 2, ad 3.

prouve, elle éclaire la question par les plus hauts

sommets.

Ignorée Aussi regrettons-Hous que cette preuve soit passée contem- inaperçuc aux yeux des plus clairvoyants défenseurs

porains. ^. ^ j r J

contemporains du libre arbitre. M. Renouvier se contente d'affirmer qu'aucune preuve a priori de la liberté n'est possible : « Démontrer par syllogisme que la liberté est 7iécessaire, ce serait, dil-il, la nier du même coup !»,et M.Fonsegrive trouve l'objection « très juste (1) ». — Mais l'objection ne repose que sur un jeu de mots, et n'est même pas sérieuse, car démontrer, comme nous venons de le faire, qu'il est nécessaire qu'un être raisonnable soit libre, n'équivaut nullement à démontrer que liberté égale nécessité.

Tout ce que l'on peut objecter à cette preuve, c'est qu'elle ne peut être employée utilement contre tout adversaire, parce qu'elle demande non seulement une certaine culture philosophique, mais encore l'intelligence de la théorie thomiste. C'est seulement lorsque cette théorie est bien comprise, que tout s'illumine et que la lumière s'impose.

(1) Fonsegrive, Essai sur le libre arbitre, 1" édit., p. 454, '289.

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