‹ La liberté et le devoirChapitre 71 sur 205 · I. LA LiBKHTÉ. — LA LIIIEHTK ET LKS SCIENCE^ MOUhh.NK · texte numérisé non relu

I. LA LiBKHTÉ. — LA LIIIEHTK ET LKS SCIENCE^ MOUhh.NK

« Rien ne se crée, rien ne se perd >. Cet axiome a priori des pliilosophes et des savants de Tantiriaité, a été Térifié et précisé de nos jours parles balances de Lavoisier, qui a constaté la conservation des poids ou de la ({iiantité de matière, dans tontes les métamorphoses chimiques. Mais si la quantité pondérable de la matière demeure identique dans la nature, pour([Uoi pas aussi la quantité impondérable de force ou d'énergie? La réponse des savants a été formulée de i)lusieurs manières, et justifiée par les preuves les plus diverses.

Pour Descartes, c'est le mourement en acteàowi la ses deux

, , rurmule».

quantité doit demeurer constante dans le cosmos, et la raison un peu surprenante qu'il en donne, c'est l'immutabilité des perfections et des volontés divines. C'est un axiome aux yeux de Descartes que « Dieu est la première cause du mouvement et qu'il en conserve toujours une égale quantité dans l'univers (1) ».

Leibnitz modifia profondément la formule cartésienne. Ce n'est plus le mouvement en acte, ou l'acte de l'énergie, qui demeure constant dans le cosmos, c'est cette énergie elle-même sous Tune ou l'autre de ses deux formes : le mouvement et la tension ; c'est-àdire dans le langage plus précis de l'école, Vacte ef la puissance, dont la somme est toujours identique, l'un gagnant toujours ce que l'autre perd.

Entre les deux formules, de Descartes ou de Leibnitz, les savants contemporains ont longuement hé- ''"" site, mais ils ont tous placé le débat sur le terrain expérimental, abandonnant la discussion a priori de leurs devanciers, où il n'y avait plus d'espoir delà faire aboutir à une solution qui s'impose.

D'illustres physiciens, Joule, Hirn,Mayer,Regnault,

(i) Descartes, Principes, II» p., n'SG.

Hislori-

Une

Grove, Ampère, Fresnel et bien d'autres, se sont mis à la recherche des faits, et ont tenté la vérification expérimentale du principe de la conservation de l'énergie.

On savait depuis longtemps, par l'expérience vulgaire, que la chaleur produit le mouvement, et que réciproquement le mouvement produit la chaleur ; c'était là pour les savants comme une indication qui leur donna l'idée d'en rechercher l'équivalence. A la suite des ingénieuses expériences de Mayer à C- Heilbronn en 1842, de Joule à Manchester en 1848, et verte, (jg U'un en France quelques années plus tard, le résultat fut atteint, et l'on put déterminer quel est Véquivalent mécanique de la chaleur II fut démontré que pour élever de 1 degré la chaleur del kilogramme d'eau, il faut dépenser une foi-ce de 425 kilogrammètres, c'est-à-dire une force capable d'élever 425 kilogrammes à la hauteur de 1 mètre, en 1 seconde de temps ; — et que réciproquenient un poids de 425 kilogrammes tombant d'une hauteur de 1 mètre, élève de 1 degré la température de 1 kilogramme d'eau.

Dans le premier cas, le mouvement ne disparait que pour faire place à une quantité de chaleur équivalente; dans le second, c'est la chaleur qui disparaît pour faire place à un mouvement mécanique équivalent.

Ces curieux résultats furent bientôt généralisés, et Grove enseignait aussitôt à Londres que « la chaleur peut immédiatement ou médiatement produire l'électricité, l'électricité la chaleur, et ainsi des autres phénomènes, chacun disparaissant dans la même mesure où la nouvelle force produite se développe >. En d'autres termes, qu'il y a toujours dans le cosmos la même somme de travail mécanique ou de mouvement en acte, conformément à la pensée de Descartes.

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