‹ La liberté et le devoirChapitre 73 sur 205 · I. LA I.IUliRlÉ. — LA LIHEHTÉ ET LES SCIENCES MuDEH.NES · texte numérisé non relu

I. LA I.IUliRlÉ. — LA LIHEHTÉ ET LES SCIENCES MuDEH.NES

C'est donc la fonnule de Leibnitz qui triomphe définitivemeiitdans la penséedes savants contemporains. Reste à savoir si elle est si opposée au libre arbitre qu'on vent bien le prétendre.

Si le libre arbitre de l'homme existe, nous dit-on, ObjecUoo

' contre

il doit produire pour mouvoir son corps, — soit pour j.J*^ commencer, soit ^o\ix diriger, soit ^qmï arrêter le mouvement, — force « décrochante >, «i directrice > ou « proJiibante », — un sur})lus d'énergie et de mouvement, contraire au principe de la conservation de l'énergie. Le libre arbitre est donc incompatible avec la science, «c II est insoutenable, écrivait Leibnitz, que l'àme donne de la force au corps, car alors tout l'univers recevrait une nouvelle force (1). >

Descartes connaissait déjà l'objection, et il y répon- soiuuon dait en supposant que le libre arbitre, sans avoir la i>e*c«riea puissance de créer du mouvement, avait la puissance de le diriger où il lui plaît. Il n'y avait donc pas d'augmentation de mouvement. «La détermination vers un côté ou vers un autre, dit-il lui-même, peut être changée, sans qu'il y ait rien de changé au mouvement (2). »

Mais cette position était vraiment difficile à tenir. D'abord, Descartes omet le pouvoir décrochant, par lequel la liberté prend l'initiative des mouvements, ainsi que le pouvoir prohibaîit qui les arrête ; quant au pouvoir directeur, il l'affirme bien plus qu'il ne l'explique. Pour modifier mécaniquement la direction d'un mouvement, par exemple la résultante d'un parallélogramme de forces, il faut en effet supprimer • un des mouvements composants, ou introduire un mouvement nouveau, et dans les deux cas la somme

(1) Leibnitz, h^ Ecrit contre Clarke (Janet, t. II, p. 673).

(2) Descartes, Principes , 2* part., n° 24. — M. Freycinet fait la même réponse : Essai sur la philosophie des sciences, p. 327.

totale des énergies a varié. C'est ce que soutenait Leibnitz, et les savants modernes n'ont pu trou^^er à ce principe général qu'une exception : le cas où la force dirigeante n'agirait que normalement à la trajectoire du mobile. Dans ce cas, elle ne communique aucune force vive nouvelle. Mais cette exception ne saurait s'appliquer à la volonté agissant sur les molécules du sj'stème nerveux. L'assimilation de la volonté à une force cinétique, orientée dans un sens de l'espace, et s'emparant des mouvements cérébraux pour agir sur eux perpendiculairement à leur direction, n'est plus intelligible et n'a plus aucun sens. L'objection de Leibnitz demeure donc, ce nous semble, dans toute sa force.

Solution n fallait donc chercher d'autres solutions à la difconrnot. ficulté proposéc. Mais la question parut languir, fort longtemps, les cartésiens et les éclectiques se contentant de répéter, faute de mieux, la réponse de Descartes. Ce n'est que vers le milieu du XIX*' siècle, qu'un penseur distingué, M. Cournot, eut l'idée de résoudre le problème par le procédé infinitésimal.

Remarquant que l'homme, en perfectionnant de plus en plus les rouages d'une machine, peut arriver à rendre de plus en plus petite la force nécessaire à l'ouvrier qui la dirige, il concluait que dans une machine infiniment parfaite, cette force pourrait être infiniment petite et rigoureusement nulle. Tel serait le cas du libre arbitre, qui dirigerait la machine humaine sans aucune dépense de force, desaint- C'est à oeu près la même idée Que M. de Saint-Venant

Venant

exposait, le 15 mars 1877, devant ses collègues de l'Académie des Sciences dans une note intitulée : L'accord de la liberté morale avec les lois de la mécaniq^œ. Ce savant comparait l'effort de la liberté à « celui d'un homme qui presse la détente d'une arm.e chargée »,

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