‹ La liberté et le devoirChapitre 76 sur 205 · I. LA LIIILKTK. — LA LIUKUIK KT Lli.S SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I. LA LIIILKTK. — LA LIUKUIK KT Lli.S SCIENCES MODERNES

d'une logique irréfutable, et c'est l'échec définitif de la fameuse hypothèse du pouvoir décrochant nul, sous sa forme la plus raffinée et la plus subtile, qu'elle nous a démontré.

C'est en même tem[)s l'échec de tous les essais de Noiresosolution parle calcul infinitésimal et les autres procédés de la mécanique : ce qui nous invite à chercher ailleurs le vrai principe de solution. La mécanique^ en efFet, bien loin d'é[)uiser dans ses formules la totalité des réalités de ce monde, n'en considère qu'une infime partie, et surtout la partie la plus superficielle, savoir la quantité matérielle, le mouvement local et sa transmission par le choc. Or aucun de ces trois éléments ne se retrouvant dans le monde des âmes et de la liberté, comment la science mécanique auraitelle la prétention de régler le mouvement des âmes par les principes de la mécanique ?

Un couiraence à saisir le sophisme qui s'était caché sous l'objection mécanique, et que nous allons essayer de dévoiler en son entier. Pour cela analysons chacune des deux propositions scientifiques qui résument la difficulté.

La première proposition était relative à la cons- on tance de la quantité d'énergie physico-chimique : la "7^'^'= somme totale de cette énergie, considérée sous ses p^p/. deux formes, actuelle et potentielle, est invariable dans l'univers, en sorte qu'elle ne peut ni croître ni diminuer.

Nous accorderons volontiers ce premier principe, sans vouloir faire aucune réserve sur son caractère provisoire et approximatif, comme nous en aurions le droit, à l'exemple de l'abbé Moigno, du P. Garbonelle, de MM. Philippe Breton, Secrétan, Renouvier, Boutroux, de M. Poincarré lui-même et de bien d'autres.

Quoiqu'il D'après le P. Carbonelle et M. Secrétan, Tuniverdisciité. salité de cette loi est loin d'être démontrée ; impossible de savoir si elle s'étend à tous les phénomènes, même matériels (1).

Pour M. Renouvier, cette loi n'a qu'une exactitude approximative et une portée encore plus large. Son vice capital consiste à ne tenir compte que des faits actuels, et non des faits passés ou futurs. Rien ne prouve que l'énergie, qui est finie, ne soit pas susceptible d'accroissement ou de diminution imperceptible à nos observations du moment. Ce n'est là qu'une conception a priori.

La critique de M. Boutroux contre cette loi est encore plus agressive. « Ce n'est là, dit-il, qu'une loi toute expérimentale qu'on n'a pas le droit de promener à travers le monde de la métaphysique et de la morale, au risque d'y tout renverser. De plus, réduite aux limites de l'expérience, la conservation de la force n'est pas à l'abri de tout doute... Le passage du plus au moins ou du moins au plus est le trait dominant de la vie psychologique, et il en est de même du monde matériel. Les astronomes ne nous apprennent-ils pas que le ciel est une sorte de théâtre sans bornes, où tout s'élève du chaos à l'ordre, pour redescendre de l'ordre au chaos? Dès lors, la liberté n'a pas le sort du poète que Platon couronnait de fleurs, mais qu'il bannissait de la République (2). »

Enfin M. Poincarré faisait récemment des aveux analogues : « Le principe de la conservation de l'énergie, disait-il, ne peut être ni vérifié ni infirmé par

(1) p. Carbonelle, Les confins de la science: Revue des questions scientifiques, 1878 à 1880. — Secrétan, La civilisation et la croyance, II» p., c. 1, 3 ; Principes de la morale, infer. phj's. V. — Naville, Physique moderne — P. Hahn, Revue des questions scientifiques, }3i.n\ieT

(2) Cf. Boutroux, Delà contingence des lois de la nature,^. 170.

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