‹ La liberté et le devoirChapitre 81 sur 205 · I. I.A LIBKHTÉ.— LA I.IBKRTÉ F.T LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I. I.A LIBKHTÉ.— LA I.IBKRTÉ F.T LES SCIENCES MODERNES

et si elle est matérielle comment l'esprit peut-il agir sur elle sans augmenter l'énergie totale ? Le problème est déplacé seulement, loin d'être résolu.

Pour le résoudre, un des disciples les plus distin- ^^^j^"" gués de Mgr Mercier, s'appuyant, dit-il, sur l'enseignement de ce maître éminent, M. Léon Noël, semble donner à la volonté le rôle de cause finale. Il pense que les forces physico-chimiques de l'organisme sont mues et dirigées par la causalité finale de la pensée, et qu'ainsi il est inutile de lui supposer la caiisalité mof7'ice qui seule soulùve les difficultés de la science.

Sans doute, répondrons-nous, la cause finale est indispensable pour orienter la cause efficiente, mais elle ne saurait pourtant la remplacer (1). La théorie péripatéticienne des quatre causes, aussi bien que le principe de causalité, exigent que tout ce qui commence ait non seulement un but, mais un principe qui le faitcommencer,c'est-à-dire une cause efficiente. Bien plus, c'est à la cause efficiente qu'est attribuée l'action et sa responsabilité, et non à la cause finale. Il faut donc restituer à la volonté son rôle indiscutable de cause efficiente ou motrice, et montrer comment elle peut être cause < décrochante » ou « prohibante > ou < dirigeante > des énergies totales, actuelle et potentielle, sans faire varier leur quantité.

Mgr Mercier, au moins dans ses premiers essais (2), wgrMer-

" ^ ^ ' cier.

au lieu de ramener la volonté au rôle de cause finale,

avait cru pouvoir la réduire au rôle de cause formelle.

Il est clair qu'il ne s'agit pas ici de forme substan-

(1) La causalité motrice n'est attribuée à la cause finale que par métaphore, motio quxdam melajihorica. Arislole, De Gêner, et corriip., 1. 1, c. 6, trac. 55. — « C'est la préférence de la volonté qui meut, et non pas le but qu'on poursuit. » Arist., Eth, Nie, 1. VI. c. 2, § 4 (Didot).

(2) Revue catholique, 1884, p. 108 et suiv. — La volonté n'est pas « cause efficiente, mais cause formelle de l'ébranlement du système »». Ibid., p. 121.

tielle, — comme un interprète récent a pu le croire, — mais de forme accidentelle. Le commandement de la volonté sur une autre faculté, même organique, n'étant pas un élément substantiel, mais un accident qui donne à la faculté mise en acte, une manière d'être accidentelle et une action passagère.

Ce rôle de cause formelle attribué au commandement de la volonté sur l'acte impéré, est assurément très exact, et S. Thomas l'a explicitement reconnu en maint endroit. L'acte du commandement et l'acte commandé s'unissent, dit-il, comme la forme à la matière, pour ne faire qu'un seul tout. En sorte que la volonté devient la forme du mouvement, ou, si l'on veut, le mouvement matériel du membre devient volontaire, — bien loin que la volonté devienne matérielle, comme l'a faussement compris le même auteur contemporain (1).

Maiscitonslesparolesmêmesdu saint Docteur: «Le commandement de la volonté et l'acte commandé par elle, ne sont pas deux actes, mais un seul et même acte, comme un tout est un, bien qu'il soit composé de parties... Or comme tous les composés naturels sont composés de matière et de forme, tel que l'homme qui a un corps et une âme,... ainsi dans les actes humains, l'acte de la puissance inférieure sert de matière à l'acte de la puissance supérieure qui l'informe, puisque la puissance inférieure n'agit qu'en la vertu de la puissance supérieure qui la meut. L'acte du moteur premier sert de forme à l'acte du mobile (2). »

(1) « Si la volition est cause formelle de rébranlement... du système nerveux, il s'ensuit que la volition n'est formellement qu'un mouvement nerveux. » Bévue thomiste, mai 1897, p. 171.

(2) « Imperium et actus impcratus sunt unus et idem actua humanus, sicut qnoddam totum, niulti auteni secunduu) partes... Sicut in génère reruiu naturaiium aliquod totum componilur ex maleria et forma, ut honio ex anima et corpore, qui est unum ens naturale, licet

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