I. LA MBRRTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
l'activité) rationnelle est mw/h'/a^^ra/g (1) ». — Nous ne saurions traduire mieux que M. Ribot les expressions de l'Ecole : determinatur ad unum, determinaturadplura,m inieuxexpliquer la raison delà liberté. Si ce sont là les idées de M. Ribot, ce sont aussi les nôtres, et celles de tous les disciples de S. Thomas. Sur ce terrain commun, les psycho-physiologistes et les néo-scolastiques sont assurés de s'entendre. Quoi qu'il en soit, de ces apparentes contradictions, nous avons trouvé dans les ouvrages deM. Ribot assez d'assertions favorables à la liberté, pour croire qu'il n'a pas en l'intention de la combattre, comme il nous en avertit lui môme dans son introduction, et pour nous fier à ses protestations réitérées et publiques que « sa psychologie strictement scientifique (expérimentale) peut s'adapter à toute doctrine, fût-elle catholique (2)». Et nous serions heureux d'avoir pu démontrer par ce travail, combien cette adaptation est naturelle et facile.
Aux objections des mathématiciens, des physiciens, ^jj^*'^ des biologistes et des physiologistes, il nous resterait «"^«^.Jj à ajouter, pour être complet, celles des historiens, des statisticiens et des criminologistes. Comme elles sont moins importantes, nous nous contenterons d'en donner une idée sommaire.
S'il faut en croire certains historiens déterministes, l'histoire des peuples ne serait qu'un recommencement perpétuel, qu'une perpétuelle réédition du même drame, où les mêmes passions produisent les mêmes séries d'événements: rivalités et guerres, crimes et châtiments, tyrannie des princes et révoltes des sujets,
(1) Ribot, Ibid., p. 121.
(2) Lettre à M. Foii<egrive, 19 mars 18S5. Cf. Fonsegrive, Essai sur le libre arbitre, p. HOl .
liistorieDs.
révolution S et progrès, grandeur et décadence fi nale(l). L'histoire des sociétés aurait donc ses lois, aussi bien que l'histoire naturelle ou la physique ; et ces lois des peuples, quoique plus souples que les lois des corps, n'en seraient pas moins nécessaires.
Mais où sont donc ces lois de l'histoire? Nous voyons bien les historiens s'accorder pour fixer les dates ou pour constater et décrire des séries de faits. Mais leur désaccord commence dès qu'il s'agit de remonter aux causes de ces faits et d'en déterminer les vrais antécédents. Les événements les plus rapprochés de nous et les plus importants de l'histoire, tels que la Réforme et laRévolution française, sont encore pleins d'incertitudes quant à leurs véritables causes. On peut même soutenir d'une manière générale que les antécédents historiques ne nous sontjamaisentièrement connus, et que la part d'influence qui revient à chacun dans la production des faits subséquents, demeurera toujours le problème le plus mystérieux de la philosophie de l'histoire.
L'impré- Ce qu'il v a peut-être de plus manifeste aux yeux
vu dans x ^ i. i. ^
l'hisioire cle l'historien, ce n'est pas l'enchaînement rigoureusement logique des faits qui se succèdent, c'est plutôt l'imprévu qui vient à chaque instant rompre la trame serrée des événements. Ce sont ces faits imprévus qui ont produit les plus grandes révolutions de l'histoire
(1) « Les mêmes motifs produisent toujours les mêmes actions : les mêmes événements résultent des mêmes causes. L'ambition, l'avai-ice,
l'amour de soi ont été dès l'origine du monde et sont encore les
sources de toutes nos entreprises, les ressorts de toutes nos actions. Voulez-vous connaître les sentiments, les inclinations et la vie des Grecs et des Romains? Etudiez le tempérament et la conduite des Français et des Anglais d'aujourd'hui. L'eau, la terre et les autres éléments examinés par Aristote et par Hippocrate ne ressemblent pas davantage à ceux de nos jours, que les hommes décrits par Polybe et par Tacite ressemblent aux habitants du monde que nous vojons aujourd'hui. » H ume,£ssa( /'/«/., VllI, p. 477 (Edit. Renouvier, 1878).