‹ La liberté et le devoirChapitre 98 sur 205 · I. LA LIHIiHTK. — LA LIBliKTK KT LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I. LA LIHIiHTK. — LA LIBliKTK KT LES SCIENCES MODERNES

et imprimé aux sociétés une direction nouvelle que rien ne faisait prévoir.

Sans remonter jusqu'à l'apparition des Alexandre et des César, ou à cette apparition non moins surprenante de Jésus de Nazareth et de ses douze apôtres. il noussuflirait, pour prouver cette assertion, de remonter le cours de ce siècle, et de voir la somme prodigieuse des surprises les plus variées que renfermèrent certaines dates : 1870, 1848, 1830, 1815, et toute cette période de la }^a*ande Révolution Française, éclairée par cette étoile éblouissante du grand Bonaparte, dont rien au monde n'aurait pu faire prévoir le lever, tixer la marche capricieuse, ni marquer le déclin.

Que si les antécédents historiques ne sont pas complètement connaissables, on peut conclure que les prétendues lois de l'histoire sont bien loin d'être trouvées, et que la thèse du déterminisme historique attendra sa preuve longtemps encore. Aucune n'est encore établie et solidement démontrée.

Mais alors même que les historiens finiraient par puce découvrir certaines lois générales, alors même que ubeVic. l'on pourrait dans des circonstances données, prédire, par exemple, une révolution populaire, ces lois n'auront jamais la rigueur des lois astronomiques produisant une éclipse ou une conjonction; l'heure, lejour, la minute de cette révolution future, ne seront jamais prédits, ni les acteurs de ces événements désignés nominativement, ni le mode, ni les circonstances dans lesquelles ils doivent se produire ; la prédiction ellemême n'aura jamais qu'une plus ou moins grande probabilité, en sorte qu'il restera toujours une place très large à l'action de la liberté individuelle.

Ici la statistique est venue au secours de l'histoire.

slalisti que.

Première

objec- Appuyés sur les statistiques officielles, Quételet et deTa ses émules ont démontré que le nombre de crimes de toute espèce : vols, assassinats, suicides, adultères, attentats à la pudeur, était sensiblement le même dans un même pays, dans un temps déterminé. De même le nombre de certaines autres actions publiques, telles que mariages, naissances et décès, lettres jetées à la poste sans adresse, etc.. De l'invariabilité ou de la constance de toutes ces actions humaines, à leur nécessité, ou à la non-existence du libre arbitre, il n'y avait qu'un pas, et ce pas on a cru logique de le franchir. « L'expérience démontre, — écrivait Quételet, dans son livre sur l'Homme, — que c'est la société qui prépare le crime et que le coupable n'est que l'instrument qui l'exécute. »

Cette conclusion nous paraît pour le moins trop hâréponse. j.^^^ Supposous eu effet que les statistiques officielles soient complètes et infaillibles ; — et elles sont loin de l'être : que de crimes échappent à la justice humaine ! que d'ei-reurs judiciaires prennent des innocents pour des coupables ! — Supposons que ces statistiques de la criminalité donnent des moyennes annuelles sensiblement identiques, — et elles sont loin de conduire à ce résultat ; on sait par exemple dans quelles proportions effrayantes a augmenté, ces dernières années, le nombredes suicides, et surtout des suicides d'enfants, ou des autres crimes d'enfants, le nombredes ménages sans naissances, etc. —Supposons donc cette uniformité constante des statistiques pleinement démontrée, pour nous éviter une discussion de chiffres fastidieuse et encombrante, — la conclusion déterministe sera encore bien loin de s'imposer.

Le statisticien pourra conclure que le nombre des crimes est déterminé, en ce sens qu'il y a par exemple un criminel sur cent habitants. Mais si le nombre est

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