Pascal , II, p
imaginaires ; quelquefois aussi, dans des âmes puissamment douées, Tamour monte jusqu'à l idéal sans s'arrêter aux vaines images. C'est l'amour de sainte Thérèse. Il y a des vierges sacrées, qui ont gardé la virginité par excès d'amour, parce qu'elles n'ont pas voulu ou n'ont pas pu descendre. Dans l'état normal, l'amour dispose en quelque sorte de son objet, il le crée, il l'approprie à ses besoins. Il ne voit pas les défauts de l'objet aimé, parce qu'au fond il ne voit pas cet objet, mais la beauté en lui. Platon a raison, nos illusions en sont la preuve : nous ne rêvons, nous ne voyons que l'idéal dans l'amour. Plus une âme est puissante,^ plus grandes sont ses illusions quand elle aime. Une âme forte, et qui pense grandement, puise dans son amour les caractères de la perfection, en revêt l'objet aimé. Elle le pare de toutes le^ grâces, de celles qu'il ne saurait avoir, et de celles aussi qu'elle n'aurait pas imaginées avant d*être amoureuse.
Nam hoc faciunt homines plenimque cupidine cœci , Et tribunt ea , qus non sunt bis commoda vere.... Nigra , (uX^xpooc est '.
Enfin Tâme amoureuse est comme fécondée par le
1. Ce sont les vers 1147 sqq. du quatrième cbant de Lucrèce, que Molière a introduits dans le Misanthrope ( acte II , scène vi. }
....On voit les amants vanter toujours leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable.... La pâle est au jasmin en blancheur comparable; La noire à faire peur, une brune adorable , etc.
sentiment qui l*anime^ Ses yeux ne voient plus le monjie sous le même aspect; son esprit se découvre une vigueur inconnue ; son cœur a des sentiments nouveaux, qui débordent en sympathie universelle ; it porte une fête au dedans de lui et il la répand au dehors. Il ne veut pas seulement aimer, il veut être aimé. C'est une âme que son âme demande ; une âme qui réponde à la sienne, qui la comprenne, qui sympathise avec elle, qui lui rende amour pour amour, confiance pour confiance, dévouement pour dévouement ; qui s'attache à elle avec tant de force et qui souffre avec tant de bonheur son étreinte, que rien ne puisse plus les séparer. Le sentiment de l'indissolubilité, et par conséquent le sentiment de l'immortalité, est dans Tamour. Quiconque a aimé, sait qu'on n'aime pas pour une heure. Les amours faciles sont pour les âmes sans vigueur. Qu'elles se vantent de de leur débilité! Une âme forte, et qui se sent ellemême, se sent immortelle, et met l'immortalité dans ses sentiments. Voilà la grandeur de Tamour, de tenir plus que toute chose, à la spiritualité et à Timmortar lité; de faire partie de notre destinée immortelle, non pas seulement de notre voyage à travers le monde ! Un sentiment qui touche à l'amour, qui contribue à le faire naître, et que l'amour exalte, c'est la pudeur : autre preuve de la prédominance de Fâme dans l'amour. La pudeur n'est pas un sentiment factice :