Koch, Voyage dans Visthme du Caucase , t. I, p. 370 sq
4. Le Seigneur dit à la race d'Aaron : t Tu n*hériteras pas , et il n'y aura pas de part pour toi au milieu de mon peuple ; c'est moi qui suis ta part et ton héritage au milieu des enfants d'Israël.» (^Tombres , ch. xvin, v. 20.)
de Tannée jubilaire ^ la rendaient incomplète, insuffisante, et furent cause de la constante misère de la race juive, et de son infériorité dans les arts et Tindustrie*. Il paraît que le communisme a été pratiqué de toute antiquité dans l'Inde et eji Egypte par la caste sacerdotale, et plus tard par les esséniens et les thérapeutes. Ces derniers Font transmis directement aux divers ordres religieux qui se sont formés dans le sein du christianisme dès sa naissance, et qui, pour la plupart, font vœu de pauvreté et vivent d'aumônes, ou du produit d'un travail manuel, ou d'un fonds commun administré par les supérieurs, sans aucune appropriation individuelle. La pauvreté, dans les ordres religieux, n'implique nullement la négation du principe de la propriété. C'est un dépouillement volontaire que les moines s'imposent par esprit de pénitence, et pour éviter les tentations '. Le christia-
1. A l'époque du jubilé, qui revenait tous les cinquante ans, les ventes d'immeubles cessaient d'avoir leur effet. Cette disposition , qui réduisait les propriétaires à ne vendre qu'un usufruit plus ou moins long , avait pour but et pour effet de concentrer la possession de la rente dans un certain nombre de familles.
2. Voyez un excellent article de M. Franck , le Communisme jvgé par l'histoire , dans la Liberté de penser , t. H, p. 307.
3. Il en était déjà de môme chez les thérapeutes. Voyez Philon , De la vie contemplative , init. c Le désir d'une vie immortelle et bienheureuse a tant de pouvoir sur eux , que, se regardant comme morts à ce monde , ils abandonnent leurs biens à leurs enfants ou à leurs autres parents , ou s'ils n'ont point dé parents à leurs amis. Ils croient que pour posséder les richesses qui éclairent l'àme , il faut quitter celles qui l'aveuglent , et les abandonner à ceux qui demeurent encore dans les ténèbres. » Du reste les thérapeutes ne ressemblaient guère à nos communistes modernes , qui doivent vivre dans les délices quand leur utopie sera réalisée, c Dans leurs ban-
nisme enseigne à la fois le respect scrupuleux de la propriété dans autrui^ et le plus absolu détachement des richesses terrestres. Il fait de l'aumône un devoir strict; mais la pauvreté volontaire est une vertu de surérogation pratiquée seulement par ces âmes d'élite qui n'ont d'autre préoccupation que de gagner le ciel, et de mener, selon l'expression d'un philosophe, la vie d'un ange dans le corps d'un homme. Saint François d'Assise, pour citer un exemple illustre et décisif, a fondé, comme on sait, un ordre de mendiants ; et il a interdit à ces mendiants de recevoir des aumônes en argent , afin que chacun d'eux et Tordre lui-même fussent toujours pauvres. « Que la pauvreté soit votre partage et votre viatique sur la terre des vivants, disait-il à ses frères; et pour le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, ne désirez jamais de posséder autre chose sous le ciel. » Le même saint, fondant une confrérie qu'il appelle le tiers ordre, et qui n'est qu'une association laïque de bonnes œuvres, veille à la conservation de la fortune des afiQliés, et
quels , on ne présente point de vin , mais seulement de l'eau très* claire, fraîche pour le commun, et chaude pour ceux des vieillards à qui leur caducité permet cette délicatesse ; jamais de viande : c'est le pain qui en fait î'ofQce , et le sel l'assaisonnement : à quoi, pour les friands , o(i ajoute quelquefois de Thysope. > Ce régime même n'est pas celui des saints. < Ceux qui sont les plus pénétrés d'amour pour cette sainte doctrine , demeurent jusqu'à trois jours sans manger. 11 s'en trouve même qui sont si remplis, ou pour mieux dire, si rassasiés de la vraie sagesse , qu'ils passent fort aisément jusqu'à six jours sans prendre aucune nourriture , accoutumés à subsister du chant seul des hymnes , à peu près comme on dit que les cigales vivent de rosée. »
leur fait, dans le chapitre ix de ses Constitutions, une obligation stricte de faire leur testament et de disposer de leurs biens, trois mois après être entrés dans la confrérie ^ Dans plusieurs sectes protestantes, telles que les moraves ou hernutes et les baptistes, la vie en commun a un autre caractère, et paraît fondée sur la négation de la propriété. Telle est évidemment la tendance du mormonisme, Tnn des plus singuliers.phénomènes du xix' siècle et peut-être de Thistoire. Si la république de rUtah se soutient, et si le principe de la communauté des biens y est rigoureusement appliqué, il y aura là pour les moralistes une démonstration toute faite, et qui certainement confirmera leurs doctrines par une douloureuse et sinistre expérience.
La communauté des biens n'existe pas en Turquie et en Egypte; mais le sultan y est maître absolu de la propriété de ses sujets, comme de leur vie. La propriété n'y est donc pour le propriétaire qu'un accident heureux, qui peut cesser à chaque instant. En fait, la propriété existe chez ces peuples, quoique précaire; en droit, ils sont soumis au communisme. Il en résulte que chacun se hâte de jouir, épuise la terre. Cette loi antihumaine condamne à la stérilité les deux pays les plus fertiles de la terre. Voilà la part, la faible part du communisme pratique.
Quant aux théoriciens, ils n'ont rien inventé de-
1. Consultez un admirable petit livre de M. Fréd. Horin, intitulé: Saint François d'Assise et les franciscains.
puis la République de Platon' qui soit plus rigoureusement conforme à la donnée du communisme. Les femmes communes, les enfants communs ', les repas communs', les femmes traitées en tout comme les hommes pour les droits et pour les devoirs \ les charges tirées au sort, voilà un idéal complet. Rousseau reproche à Platon de n'avoir su que. faire des femmes après leur avoir ôté tous les caractères de leur sexe, et d'avoir entrepris d'en faire des hommes. C'est en effet la plus grossière des absurdités où Ta
1. Platon avait été lui-même devancé par Phaléas de Chalcédoine.
2. « Les femmes des guerriers seront communes toutes à lous ; aucune d'elles n'habitera en particulier avec aucun d'eux : de même les enfants seront communs ; et les parents ne connaîtront pas leurs enfants , ni ceux-ci leurs parents. » (Platon , Républ,, liy. V. Trad. de M. Cousin, t. IX, p. 263. )
3. a Je veux qu'ils vivent ensemble comme des guerriers au camp, assis à des tables communes. » (Platon, la République, liv. HI, ad cale, Trad. fr., t. IX, p. 191.)
^. « Croyons-nous que les femelles des chiens doivent veiller comme eux à la garde des troupeaux , aller à la chasse avec eux, et faire tout en commun , ou bien qu'elles doivent se tenir au logis comme si la nécessité de faire des petits et de les nourrir les rendait incapables d'autre chose? > (/6., liv. Y, t. IX, p. 255.) — c Les hommes chauves et les hommes chevelus ont-ils la même nature, ou une nature différente? Et si les chauves font le mélier de cordonniers, l'interdirons^nous aux chevelus? » (/6., p. 261.) — c II faudra donc appliquer les femmes à la musique et à la gymnastique , les former au métier de la guerre, et les traiter en tout de même que les hommes. » (76., p. 256.) — < Ainsi les femmes de nos guerriers devront quitter leurs vêtements , puisque la vertu leur en tiendra lieu; elles devront partager avec leurs époux les travaux de la guerre et tous les soins qui se rapportent à la garde de l'État, sans s'occuper d'autre chose : seulement la faiblesse de leur sexe devra leur faire attribuer de préférence la part la plus légère dans le même service. » (76., p. 268.)
conduit la prétention de refaire l'humanité en partant d*un principe unique sans tenir aucun compte de la nature humaine; mais il s'en faut que ce soit la seule. 11 ne peut être question de la liberté dans un pareil système, où Ton n'a pas même la liberté de s'attacher à une femme, d'aimer un enfant ou de vivre dans sa maison. On s'attendrait au moins à l'égalité, puisque l'auteur va jusqu'à livrer au sort la désignation des magistrats, et à incorporer les femmes dans la milice; cependant il n'en est rien, car au-dessous de ces guerriers, égaux entre eux, il y a le peuple des artisans et des laboureurs qui est esclave ^ Il faut dire, à la défense de Platon, que sa pensée pratique est surtout dans les LoiSj et qu'il n'a jamais considéré sa République que comme une utopie; de même que, dans sa théologie, il s'arrêtait au Démiourgos, au Dieu père et providence, et reculait effrayé devant l'unité absolue, l'unité supérieure à l'être. Dieu immobile et impuissant de la dialectique.
VUtopie de Thomas Morus', n'est qu'une imitation assez faible de la République de Platon. « C'est une débauche d'esprit qui lui échappa dans sa jeunesse,
1. Le mot d'esclave est bien dur; Platon, en plusieurs endroits de son livre X , défend de réduire les Grecs en esclavage. Il parle des artisans , au commencement du second livre et ailleurs, comme s'ils étaient des citoyens. Cependant il est certain qu'il ne fait sa constitution que pour ses guerriers ; qu'eux seuls ont des droits et du pouvoir dans l'État , et que les artisans sont toujours gouvernés. (Voyez la République , passim^ et notamment, liv. V. Tr. fr.,p. 288}.
2. De opiimo reipublicsi statu , deque nova insulâ Utopià. (Louvain, 1516etBàle, 1518).
dit dom Tabaraud*. On y trouve de bonnes vues et un grand zèle pour le bonheur public ; mais il y propose des opinions assez bizarres sur le suicide, le partage égal des biens, la tolérance des religions et plusieurs autres chimères. » A vrai dire, les communistes de Morus ne sont pas des stoïciens comme ceux de Platon, et leurs esclaves, car ils en ont, leur servent tous les jours, dans leur île bienheureuse, des repas dignes de LucuUus.
Campanella, Tauteur de la Cité du soleil, n'admet pas d'esclaves dans sa république. Aussi le communisme n'y est-il pas absolu. Les biens sont communs, mais la jouissance en est inégalement répartie suivant les mérites. Cette concession à l'inégalité rend le communisme inutile, mais elle ne le rend ni juste, ni agréable , ni raisonnable. Le chef du peuple solarien est à la fois roi et pontife. Il règne sur les pensées et les sentiments comme sur les corps; il a trois ministres aux départements de la sagesse, de la puissance et de l'amour. Ces puérilités ne sont pas plus étranges que les inventions du fouriérisme, que nous avons vues de nos jours^ et ce sont les bons logiciens qui arrivent à des conséquences de cet ordre, en partant de la négation de la propriété.
Nous mettons tous les jours Télémaque entre les mains de nos enfants : il ne s'en faut guère que ce soit un livre communiste , et d'autant plus dangereux