‹ La libertéChapitre 61 sur 85 · Juvénal , Satire i, v · texte numérisé non relu

Juvénal , Satire i, v

et le protecteur de ceux qui pensent et qui travaillent, à force de les avoir volés. Â présent qu'il est arrivé^ et qu*il a esquivé adroitement la maison de réclusion et les galères, il se donne le luxe d'être honnête homme et bienfaisant. Il défend la propriété dans des brochures; il envoie cinquante mille francs aux hospices chaque année. A défaut d'un poëte (il n'y a d'alexandrins que pour les princes), il trouve au moins un journaliste pour le prôner, jusqu'à ce qu'on le porte triomphalement au cimetière, au milieu des bénédictions. Sa fortune mal acquise devient inviolable et sacrée après vingt ans ou trente ans de possession, selon les cas^ Il le faut bien, une fois la propriété admise, pour asseoir la société et ne pas éterniser les procès et les inquiétudes. Il n'y a pas de société sans prescription, parce qu'il n'y a pas de propriété sans sécurité. Mais si l'honnête homme à bout de force, et voyant son enfant dépérir, descend dans la rue et demande un sou en pleurant, on le jette en prison pour délit de mendicité : il pourrira au dépôt ou à la maison pour dettes. Le xvi* siècle condamna Galilée à faire amende honorable; le xix* condamne Sauvage à mourir insolvable sous les verrous : autre temps, autre inquisition !

Quelquefois ce n'^st plus à l'origine des grandes fortunes qu'on s'en prend, c'est au luxe scandaleux. Un hôtel somptueux s'élève dans un quartier pauvre

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