LUI
CSomment les Évèqaes espagnols ont admirablement
résomé la doctrine catholique
sur la thèse et l'hypothèse, en fait de liberté.
A l'occasion de la révolution qui vient de bouleverser leur pays, et de la proclamation qu on y a osé faire des fameuses libertés modernes, les Évèques de la province de Santiago ont publié collectivement une énergique protestation où ils exposent d'une manière lumineuse la doctrine catholique sur la liberté et la mesure dans laquelle TÉglise peut s'accommoder aux exigences du prétendu droit nouveau. Nous sommes heureux de trouver dans l'autorité de ces vénérables confesseurs de la foi, et la confirmation et le résumé pratique de ce présent travail.
« Nous professons , disent-ils , la maxime que, par le droit évangélique, TÉglise est distincte de rÉfat. C'est un article important de la constitution divine de l'Église et le fondement de la liberté des peuples chrétiens : le pouvoir politique et le pouvoir religieux sont distincts ; ainsi l'a établi le droit évangélique, droit méconnu par les protestants et les schis-
matiques, qui ont fait leurs chefs empereurs et Souverains-Pontifes, comme dans le paganisme.. Que si, depuis la chute de TEmpire romain, le Pape exerce les deux pouvoirs dans ses petits États, la Providence Ta précisément voulu ainsi afin que les deux pouvoirs demeurassent distincts dans les nations chrétiennes, et que le Vicaire de Jésus-Christ exerçât librement le pouvoir spirituel sans exciter les craintes d'ancun peuple.
De la liberté en génà*aL
I Le mot liberté appartient au dictionnaire de la langue chrétienne. On trouve ce mot plus de trois cent soixante fois dans la Bible avec les deux mots dont il dérive, et Notre- Seigneur Jésus-Christ a entre autres noms celui de Libérateur du genre humain, Rédempteur et Sauveur du genre humain. Nous ne dirons rien de cette liberté spirituelle, la plus importante de toutes, parce qu'elle regarde l'éternité, notre délivrance de la servitude du péché, de la tyrannie du démon et de la condamnation éternelle. Mais, chose étrange, la religion chrétienne, qui semble ne s'occuper que du ciel et de cette liberté surnaturelle de l'homme, a aussi apporté la liberté à la terre ; elle a fait disparaître, bien que lentement, la lèpre de
^.jQ LA LIBERTÉ.
l'esclavage païen, qui était incompatible avec la dignité du chrétien, devenu fils de Dibu et racheté par un sang précieux ; elle a rendu la femme libre en la déclarant la compagne de l'homme, au lieu de son esclave qu elle était-, elle a fait de l'enfant un être sacré, de l'enfant que le paganisme traitait et traite encore avec une incroyable inhumanité.
« L'Église a eu à défendre contre les hérésies la liberté naturelle ou le libre arbitre que DiED nous a donné, et qui nous élève au-dessus des bêtes, puisqu'il a sa racine dans l'intelligence et dans la raison ; et aujourd'hui elle la défend contre les matérialistes, qui nient au moins implicitement la liberté ou la faculté de choisir , puisque la matière suit aveuglément des lois inévitables qui lui ont été imposées par le Créateur.
K Dieu a donné à l'homme la liberté de penser, la liberté de parler, la liberté d'enseigner, la liberté d'écrire et de publier ses idées par le moyen de la presse. Qui en doute? Mais toutes ces libertés ont la limite nécessaire que leur imposent la vérité et l'éternelle justice. En sortant de cette limite, ce n'est plus la liberté donnée par Dibu, c'est l'abus de ce don précieux, c'est le désordre, c'est la servitude. En effet, quelle servitude plus misérable que celle de l'erreur et des passions désordon-
nées? Di£u n*a pas donné la liberté à rhomme pour en abuser, parce que cet abus trouble l'ordre de son empire; et ses créatures ne peuvent sortir de Tordre sans souffrir la peine de leur péché. La liberté est le mouvement sans entrave dans la sphère de la vérité et du bien, et Tabus est un défaut de la liberté, car elle n*est pas aussi parfaite que celle de Dieu. Voilà notre doctrine sur la liberté en général.
Des différentes libertés en particulier.
a Liberté religieuse. Nous professons comme une vérité catholique que la tolérance dogmatique n'est pas licite, c'est-à-dire qu'il n'est pas licite de regarder avec indifférence toutes les religions, ou de les croire toutes agréables à Dieu, parce que la profession seule de la vraie religion, de ses dogmes révélés, de son culte, qui est la manifestation de ses dogmes, de sa discipline ou des règles pour la société qui la professe, peut lui être agréable.
« Nous professons encore que Dieu, en révélant la religion chrétienne, a voulu que tous les hommes s'y soumissent dès qu'elle leur était suffisamment exposée, et que nul n'a un vrai droit de se révolter contre la volonté de Dusu,
m LÀ LIBERTÉ.
en choisissant à son grë des croyances et un culte différent de celui que Dieu exige.
« C'est aussi la doctrine catholique, que ceux qui repoussent sciemment la religion qae Dieu a révélée, ne seront pas sauvés; et nous disons sciemment, parce que ceux qui vivent dans une religion fausse sans le savoir, ne seront pas punis : l'ignorance invincible les excuse; ils ne seront responsables devant Dieu que de l'infraction aux préceptes de la loi naturelle gravés dans notre cœur.
« L Église doit garder le dépôt de la vèrilé et sacrifier tout à cette fidélité à Dieu; nous sommes intolérants pour Terreur, et très-lolérants et charitables pour ceux qui sont dans Terreur. '
« Tolérance civile. Ici commence un autre ordre d'idées. La tolérance dogmatique serait une offense à Dieu, qui est la vérité suprême. La tolérance civile se rapporte à la conduite du Souverain d'un État à Tégard de la vraie religion et des religions fausses. On voit dès lors que, s'il est catholique, ce Souverain ne peut dans sa conscience approuver ces dernières ; mais nous confessons aussi que ce Souverain, dans une certaine situation de la société dont le gouvernement temporel lui est confié, peut tolérer licitement les religions fausses, et même la liberté égale des cultes, comme cela pour-
rait être si une hérésie ayant divisé la nation en deui parties égales ou presque égales en nombre, une guerre fratricide venait à s'allumer, et qu'il n*y eût pas d'autre moyen d'y mettre fin qu'en octroyant la tolérance ou la liberté des cultes; la tolérance, en permettante la fausse religion de se manifester publiquement, mais sans autre protection que ce qu'il en faut pour le maintien, de Tordre public, tandis que la vraie religion continue d'être la religion de TEtat : la liberté des cultes, en les traitant tous avec égalité.
« Une nécessité impérieuse^ voilà la cause qui justifierait devant Dieu la conduite du Souverain catholique qui tolérerait civilement, tout en les détestant dans sa conscience, la fausseté et Terreur. »
Ici les Ëvéques espagnols passent de la thèse à Thypothèse, des principes aux faits. Bien que ce qui va suivre soit tout à fait spécial à TEspar gne, nous croyons très-utile de le rapporter, parce que ce qui se passe aujourd'hui en Espagne, c'est ce qui s'est passé chez nous en 89, lorsque les idéologues de la Révolution ont inoculé de force le venin de la fausse liberté à notre France catholique; c'est le même système d'iniquité et d'arbitraire qui perd l'Église en Italie depuis dix ans ; qui est en train de perdre la pauvre Église d'Autriche, dominée par la franc-
maçonnerie et par les Juifs ; c'est, en un mot, le même tour de passe-passe par lequel Satan escamote, depuis un sièclcj-la vérité, la justice et la foi des peuples, pour rétablir dans le monde son vieil empire, remplacé durant les siècles chrétiens par la grande et universelle constitution de l'Europe chrétienne, connue sous le nom de « saint-empire romain. »
Les vénérables Ëvéques espagnols ajoutent donc :
« Les Gortès constituantes, à moins que le suffrage populaire ne le fasse directement, paraissent appelées, dans la situation présente de TEspagne, à juger et à résoudre s'il y a ou non véritable nécessité, nécessité impérieuse d'admettre la tolérance, ou, plus encore, la liberté des cultes; ou bien si l'on doit laisser en vigueur la constitution séculaire de notre Espagne sur notre unité religieuse. C'est la question la plus grave et la plus transcendante qui va se résoudre : il s'agit de savoir si l'on arrachera le cœur à notre peuple pour lui en donner un nouveau. 11 est évident que l'opération serait trés-dangereuse.
« S'il nous était permis, à nous, qui connaissons la situation religieuse de l'Espagne, de manifester notre opinion, nous dirions que le vœu des juntes et d'une partie de la presse périodique n'est pas le vœu de l'immense ma-
jorité du peuple espagnol, éminemment catholique, et que nous croyons fermement qu'il n'y a pas, heureusement pour nous, une vraie nécessité d'établir comme loi la tolérance civile, et beaucoup moins la liberté des cultes. Nous sommes persuadés qu'il n'y aurait pas six Espagnols qui, par conviction, voudraient embrasser une autre religion positive et se faire protestants, juifs, ou mahométans, croyant que ces religions sont plus vraies , plus agréables à Dieu et plus saintes. Nous savons ce que veut un petit nombre d'Espagnols : c'est malheureusement de n'avoir aucune religion, et de regarder la religion catholique avec le même mépris que les autres. Voilà la vérité.
« Quelle nécessité donc d'octroyer plusieurs cultes à qui n'en veut aucun ? S'agit-ii d'accorder en cela une faveur aux étrangers ? Nous doutons qu'aucun étranger soit arrêté aujourd'hui de venir en Espagne pour ses affaires, dans la orainte de notre unité religieuse. Ils savent que personne ne les inquiète pour la religion qu'ils professent.
« Ainsi, la nécessité n'existe pas. Si donc on autorise la tolérance ou la liberté des cultes, nous aurons la discorde dans les familles, l'indifférence religieuse et d'autres maux. N'avons-nous pas assez de divisions entre nous, qu'il faille en introduire une
autre, plus profonde et grosse de plus fiinestes conséquences? A quoi bon chercher un ferment qui gâterait toute la masse?
Cela nous paraîtrait peu sage ; sans compter l'obligation qu un gouvernement catholique a devant Dieu de protéger la vraie religion, la seule qui puisse rendre les peuples heureux.
L'erreur est toujours un mal, et le mal ne peut pas être la vraie cause de la félicité d'une nation. Un État qui professe Tunité de la vérité est indubitablement plus parfait que celui qui a à souffrir les variations incessantes de l'erreur. . .
« Liberté de penser et liberté de conscience. Si l'on n'entend pas hypocritement par ces mots autre chose que ce qu'ils signifient, nous avouons que ni l'Église, ni l'État n'ont d'action sur ces libertés et qu'elles ne sont justiciables que de Dieu. Mais si l'on entend insidieusement par là la liberté de manifester les plus intimes pensées, alors comme elles affectent les deux sociétés, nous reconnaissons qu'on peut porter des lois sur ces deux libertés, pour conserver le bon ordre dans la société civile et religieuse.
« Liberté de la presse, liberté de, renseignement. Nous dirons aussi franchement notre pensée sur ces deux très-importants sujets.
Nous ne pouvons pas admettre ces deux libertés
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comme absolues et sans conditions, parce qu'elles rencontrent immédiatement pour limite la loi naturelle, qui ne permet pas d'enseigner Terreur ni d'offenser le prochain, et ensuite les bornes que la société leur impose pour qu'elles ne troublent pas Tordre. L'erreur et le mal ne peuvent pas avoir de droit ; et de même que la société défend de frapper et de mettre en circulation de la fausse monnaie, de même elle peut défendre de propager Terreur. Nous avouons également qu'une société peut arriver à une situation si malheureuse, qu'il soit licite de tolérer la liberté de Terreur, pour pouvoir accorder la liberté de la vérité ; en si triste occurrence, nous choisirions le moindre mal, en réclamant Tgalité pour tous.
« Liberté d'association. Nous avons peu à dire sur ce sujet ; nous admettons toutes les associations qui se font pour le bien, et en vertu de ce principe, nous réclamons la liberté d'association pour les institutions catholiques.
« Quelques juntes formées dans les premiers moments de notre mouvement politique, et qui ne devaient servir qu'à maintenir Tordre public, ont montré une rage inqualifiable contre les pacifiques associations religieuses et contre les temples du Seigneur; nous disons pacifiques, parce que tout homme impartial les tiendra pour telles jusqu'à preuves con-
traires; preuves qu'on n'apportera jamais, nous en avons la plus intime conviction. Oui, nous défions qu'on prouve devant les tribunaux que ces associations religieuses n'étaient point pacifiques.
« On proclame la liberté absolue dans toutes ses manifestations, et on restreint celle de quelques femmes inoffensives, qui veulent vivre dans la retraite du cloître, où elles trouvent le bonheur ; et des hommes sans pitié les ont, dans quelques localités, Jetées dans la rue, leur fermant ces pauvres asiles vers les- ^ quels elles tournaient leurs yeux pleins de larmes. Cette inhumanité crie au ciel.
« Nous avons exposé nos doctrines par rapport à la situation créée par notre récent mouvement politique, doctrines compatibles avec la vraie liberté des peuples, qui est fille du christianisme. Compatibles, disons-nous! La vérité et la justice, que l'Évangile nous enseigne, peuvent seules rendre les nations libres et heureuses, et celte parole de la Sagesse incréée : La vérité vous fera libres, nous révèle avec une admirable concision le mystère de la vraie liberté, dont l'idée vague séduit tant d'hommes et leur fait croire qu'ils sont autorisés à tout faire. Non ; hors de l'ordre il n'y a pas de liberté, il y a tyrannie.
LA LIBERTÉ. m
« La liberté est fille de la vérité et de la justice, et comme nous sommes les envoyés du fils de DiED pour enseigner les dogmes de la foi et de la morale, avec sa promesse d'être avec nous jusqu'à la consommation des siècles, il s'ensuit que nous sommes naturellement les défenseurs de la vraie liberté, quoi qu'en puissent penser autrement ceux qui ne connaissent pas le christianisme.
a L'Église est le meilleur auxiliaire de tout gouvernement d'ordre et de liberté ; et la concorde entre le sacerdoce et l'empire est la force d'une nation et la source féconde de son bonheur et de sa prospérité.
« Santiago, 16 novembre 1S68. »
€e beau manifeste de l'Ëpiscopat espagnol montre jusqu'à l'évidence ce gue nous avons dît et répété, à savoir que l'Égalise sait unir dans une sagesse, une force et une sainteté admirables les droits de la vérité et les exigences des temps et des pays, la thèse absolue et l'hypothèse relative. Faisons comme elle, et ne séparons jamais ce que Dieu a uni.
Qm la liberté de l'Éff Uae est oe qia'U y a de plus sacré
anr la terre.
La sainte liberté que l'Église réclame pour tous ses enfants et toutes ses institutions, elle la réclame avant tout pour elle-même; et le EilsdeDiEu, qui l'envoie, veut queôette liberté soit pleine et entière.
Le but du mystère de la Rédemption est la délivrance et le salut du monde ; la mission de rÉglise étant exclusivement de réaliser ce but bienfaisant, il est tout simple que Satan et le monde fassent tous leurs efforts pour l'en empêcher. On peut dire que c'est là leur idée fixe : diminuer autant que possible la liberté de l'Église ; autant que possible paralyser son influence ; la détruire complètement, quand cela est possible.
^Pour y arriver, tous les moyens sont bons :
les bourreaux et la persécution sanglante, l'hypocrisie des fausses doctrines, les divisions intestines et les schismes, l'abus de la force brutale, les mauvaises lois et les institutions antichrétiennes, l'orgueil de la fausse science,
le déchainement de toutes les passions. Aujourd'hui, c'est surtout au nom de la politique et du prétendu progrès social que l'ennemi de Dieu et des hommes cherche à entraver l'action de rËglise.
Cette lutte du tyran vaincu contre la céleste Libératrice est de tous les temps, et durera, sous une forme ou sous une autre, jusqu'à la fin du monde. Notre-Seigneur nous en a prévenus. « Dana lemonde^ dit-il, vom subirez Voj^i pression, pressuram habebitis ; mais ayez confiance; fai vaincu le monde^. » Pressurant^ voilà bien l'oppression à laquelle est incessamment exposée l'Église de la part de celui qu'a vaincu le divin Chef de l'Église.
Jésus-Christ, vainqueur de Satan et du monde, vit dans son Eglise, afin de consommer par elle le triomphe commencé en sa Passion et en sa Résurrection. Quoique combattue au dehors, TÉglise est libre au dedans; et nous autres « tous, nous sommes les enfants de r Épouse libre et non point les enfants de l'esclave : dans son sein nous jouissons de la liberté même que le Christ nous a conquise *. » Nous y avons droit ; l'Eglige a un droit strict à la liberté, à la liberté la plusr entière, la plus paisible, la» plus illimitée. .
* Ev. Joan., xvi, 33.
« Ad Gai.. V, 31
£t pourquoi la lui refuserai t-oa? Que ^euteUe? Qu'apporte-t-elle aux hommes et aux peuples ? Rien autre chose que la vérité, avec toutes ses spl^ideurs et tout son rayonnement ; rien que la paix, le bon ordre et le bonheur; c'est-à-dire ce à quoi aspirent uniquement tous les hommes, quels qu'ils soient. SiTËglise attaque et détruit, c'est toujours pour éliminer le mal et rétablir le règne du bien. Elle ne fait la guerre que pour constituer solidement la paix, et elle ne fait la guerre qu'au mal ; or, la délivrance du mal est la condition essentielle du bonheur.
Il n'y a que le mal ou l'ignorance qui puissent s'opposer à la liberté du ministère de l'Église, Du moment qu'on connaît l'Église et qu'on a le cœur droit, tous les préjugés tombent; et, loin de lui faire de l'opposition, on l'appelle, on la bénit, on la sert avec amour. Tous les bonsprinces sontamis dePÉglise ; toutes les bonnes lois favorisent son action : elle n'a contre elle que rorgueil, l'aveuglement et le péché.
Ainsi, la liberté de l'Église est ce qu'il y a de pltis grand, de plus noble, de plus précieux, de plus excellent devant Dieu et devant les hommes. La toucher, c'est un sacrilège; c'est un attentat de lèse-divinité et de lèse-humanité. Entourer de toutes sortes d'égards cette liberté
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lutôlaire, la demander, la procurer dans toute sa plénitude, c*est non-seulement remplir un devoir sacré, mais c'est travailler directement à son propre salut, à la gloire de Dieu, au salut et au bonheur de tous.
Aussi, le plus émînent et le plus courageux de nos écrivains catholiques proposait-il dernièrement ce beau programme : « L'Église catholique d'abord; et ensuite, ce qui existe. L'Église catholique pour améliorer, corriger transformer toutes choses. L'Église catholique avant les dynasties et avant les constitutions. L'Église catholique avant tout, parce que seule, pouvant tout convertir, elle peut tout sauver. »
Seigneur Jésus-Christ, mon Dieu et mon Sauveur, que j'aime votre Église ! que j'aime çt que je souhaite ardemment sa liberté! Sa liberté, c'est la libre effusion de votre amour et des mille bienfaits qu'il apporte au monde!
Sa liberté, c'est votre honneur, c'est votre joie. C'est aussi ma liberté à moi-même et la puissance que vous m'avez rapportée des cieux d'atteindre ma fin, c'est-à-dire de vous connaître, de vous servir, de vous aimer, de vous posséder sur la terre et dans le ciel. C'est l'honneur et le bonheur du monde entier, dont vous êtes le Rédempteur et dont el(p est la Mère.
Qae la liberté de l'Église repose sur la liberté du Saint-Siège et sur le maintien do pouvoir temporel.
La liberté de l'Église se résume, se condense, pour ainsi parler, dans la liberté de son Chef, le Pontife Romain. Le Saint-Siège est, ea effet, pour toute l'Eglise, la source de Tunité et de ia vérité. « Dieu, dit saint Augustin, a placé la doctrine de la vérité dans la Chaire de Tunité^ Et de même que de celte source découle toute la juridiction, toute l'autorité spirituelle que TEsprit du Christ répand dans l'ÉgHse, de même aussi la liberté de toute l'Eglise est comme un écoulement de la liberté suprême du Saint-Siège. »
C'est comme dans le corps humain : si un membre particulier vient à être lésé, c'est sans doute un désordre et un malheur; mais enfin ce n'est pas la mort ; si, au contraire, c'est la tête qui est frappée, le coup est mortel, lors môme que tous les membres seraient sains.
« Frappez le pasteur, et le troupeau sera dispersé^; » frappez le Pape, enlevez au Pape
* De Uni taie Ec« lesiae.
* Malth., xxvn, 51.
la liberté de son ministère, et toute TÊglise est ébranlée.
C'est bien là ce qu'ils veulent aujourd'hui ; ils visent l'Eglise à la tète, afin de la tuer d un seul coup. Ils parlent de pouvoir temporel ; ils allèguent je ne sais quelles raisons d'État et de prétendues nécessités politiques : au fond, le sachant ou l'ignorant, ils sont les instruments du Prince de ce monde et combattent contre la liberté,, contre la paix et le repos public, contre les âmes, contre Jésus-Christ, contre le bon Dieu. Quelle horrible mission ils se donnent ! .
Qu'on ne vienne pas nous dire : « Vous confondez le spirituel et le temporel. Le pouvoir spirituel est indispensable au Pape et à l'Eglise : d'accord ; mais en est-il de même du pouvoir temporel? L'Église n'a pas eu d'abord ce pouvoir temporel, ni cette souveraineté de' Rome que vous prétendez nécessaires; et pourtant elle a vécu pendant des siècles, maintenant parfaitement son indépendance. » — Oui; mais quels siècles? des siècles de persécutions, où les trente-deux premiers Papes ont tous été martyrisés, achetant au prix de leur sang la liberté et l'indépendance de l'Église. En outre, depuis ces temps de persécutions proprement' dites, la position des Papes n'a pas été ce qu'on veut bien dire ; à chaque instant ils étaient
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obligés de fuir devant Tennemi du dedans ou devant l'ennemi du dehors; et si TÉglise entière n'était pas ébranlée de ces secousses aussi profondément qu'elle Test aujourd'hui, c'est que le monde chrétien n'était pas encore constitué et organisé régulièrement ; et c'est aussi parce que, depuis la chute de l'enipire Romain, le césarisme, qui est le grand ennemi de la Papauté et de la liberté de l'Église, n'avait heureusement pas encore pu se relever de ses ruines. La puissance morale de l'Église, seule estée debout, assurait alors à son Chef une indépendance que nul pouvoir humain n'avait la force de lui disputer sérieusement.
Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi ; tous les Étals de l'Europe et même du monde sont constitués puissamment, de telle sorte que si le Pape n'était pas Souverain chez lui, il serait nécessairement le sujet d'un prince, d'un État particulier ; à ce titre, il deviendrait suspect aux autres et il pourrait facilement être soupç(»nné, sinon accusé : Italien, àe faire les affaires de l'Italie aux dépens de la France ou de l'Allemagne ; Français, de prendre les intérêts de la France contre l'Angleterre ou la Prusse; Européen, de préférer l'Europe à l'Amérique; Américain, de demeurer sous Finiluence démocratique des États-Unis contre l'élément monarchique de l'Espagne, par exemple, ou
de l'Autriche ou de la France. « La femme de César ne doit pas même être soupçonnée, »
disait jadis le conquérant des Gaules. Avec dix fois plus de raison, nous en dirons autant du Pape : « Le Chef de TÉglise universelle doit être à l'abri même du soupçon. » Or, sa souveraineté temporelle est précisément la sauvegarde de cette impartialité^ parce qu elle est le rempart de son indépendance.
Le pouvoir temporel du Pape est à son pouvoir spirituel ce que le vêtement est au corps : nos vêtements sont distincts de notre corps ; ils n'en font point partie; en un sens, ils ne lui sont pas essentiels ; et néanmoins, qui osera nier qu'ils lui soient indispensables, au double point de vue et de la santé et de la convenance ? De même que nous ne saurions vivre ni nous présenter nulle part sans un vêtement suffisant et convenable, de même le Pape ne peut vivre, comme Pape, et ne peut tenir sa place au milieu des nations, que sauvegardé, préservé, vêtu et décoré du vêtement royal de sa souveraineté temporelle.
« Soit, dira-t-on peut-être ; il n'en est pas moins vrai qu'aujourd'hui, les choses étant devenues ce qu'elles sont, ce malheureux pou.
voir temporel est la grande pierre d'achoppement; qu'il compromet gravement l'autorité
spirituelle, dont il absorbe les pensées, et qu'il détourne de sa sublime mission. Ne serait-il pas plus sage, plus chrétien de Tabandonner? » — Bons apôtres ! ils veulent nous voler et nous tuer ; ils voient que nous avons en main des armes pour nous défendre; sur le corps, une armure qui amortit la violence de leurs coups ; et ils nous engagent suavement , pieusement, pour l'amour de Dieu et, de la paix, à déposer cette armure, qui est trop lourde, trop gênante ; à leur livrer ces armes, qui leur font peur, à eux, nos bons, nos tendres amis!
Malheureusement pour eux, nous y voyons aussi clair qu'eux, et nous savons parfaitement que celte question du pouvoir temporel n'est temporelle qu'en apparence; en réalité, c'est une question spirituelle au premier chef, une question catholique, une question religieuse. Ce n'est ni plus ni moins que la question de l'indépendance de l'Église universelle vis-à-vis de la Révolution cosmopolite. C'est le côté extérieur de la cause de Dieu ; et aucun de nos ennemis ne s'y trompe.
Il serait plus chrétien de l'abandonner!
Avez-vous donc la candeur de l'agneau qui cède naïvement aux bons conseils de son cher ami le loup? Chose déplorable ! même parnii leâ bonnes âmes, on en rencontre qui en sont arrivées là, grâce à la lecture quotidienne de ie\
OU tel journal modérantiste, soi-disant chrétien, douceâtre, dont l'unique soin est de concilier le bon Dieu et le yieux Serpent. Dans des temps comme les nôtres, ces journaux-là sont des pestes publiques, plus dangereuses que la haine ouverte et les attaques violentes.
C'est au contraire aujourd'hui que la question du pouvoir temporel s'élève plus que jamais à sa véritable hauteur ; et notre premier soin à tous doit être de dire partout et de faire bien comprendre que c'est une question exclusivement religieuse. Le Pape ne veut être roi, et nous autres, nous ne voulons le maintenir sur son trône de Rome, qu'au point de vue tout spirituel de l'indépendance de son ministère pontifical, centre et vie de l'Église.
(( Mais encore : le Pape va donc être obligé de se faire général d'armée? Quelle inconvenance ! » — Hélas ! oui ; il est inconvenant, et plus qu'inconvenant d'obliger le pauvre Pape k défendre ainsi par la force la liberté sacrée du Siège Apostolique. Il est souverainement inconvenant que des chrétiens (car ils se disent chrétiens, et ils sont, en effet, baptisés) poussent l'audace jusqu'à vouloir ravir à celui qu'ils appellent encore « le Saint-Père, » l'asile où sa paternité trouve un refuge et un abri. Imitateurs de Cham, le mauvais fils maudit de Duu,
ils raillent rinfirmilè de leur Père, au feu de l'assister respectueusemeïit. Oui, il est inconvenant, il estinconceTable que tous les princes catholiques ne se soient pas levés, comme un seul homme, à la première nouvelle des attentats qui se sont passés et qui se passent encore sous nos yeux en Italie, et que le Vicaire du Christ ait eu besoin de se défendre lui-même contre des conspirations scélérates qui auraient reculé devant une manifestation sérieuse. Voilà où est l'inconvenance.
Quant à se trouver au milieu d'une armée, lui, le doux Pontife, le Vicaire de FÂgneau, c'est iui-même qui va nous en dire le pourquoi.
Pix IX venait de présider à une fête militaire, où le brave commandant de Charette lui offrait, au nom de la Bretagne et de la Vendée catholiques, une belle batterie complète de canons rayés. « En ma qualité de ministre d'un Dieu de paix, dit le bon Pie IX, ma place pourrait bien n'être pas précisément au milieu des revues d'armées et des altirails de l'artillerie ; mais je suis le Vicaire de Dieu, et il faut se rappeler que ce Dieu, qui se nomme le Dieu de paix, est aussi, par un effet de sa suprême sagesse, le Difiu des armées, et que nous sommes forcés de toujours batailler contre le mal.
« Oui, moi le Vicaire de Jésus-Chbist, je défends partout et dans le monde enUer la vérité.
la justice et les droits de chacun; et yojlà pourquoi il faut que partout et dans le monde entier on soutienne et Ton défende aussi mes droits...
« Je vous remercie, vous tous ici présents, et tous ces jeunes gens d'élite, et tous les absents que vous représentez, ainsi que ceux qui, étant plus directement mes sujets, défendent à Fenvi avee vous la même cause. Voilà comment,parvos bras, par vos armes et surtout parla protection di| Seigneur Tout-Puissant, nous verrons nos eimesiis s'arrêter devant les murailles impérissables du Vatican. Oui, cela arrivera si notre vie est, pour la sainteté, conforme à notre mission:, si nous sommes conformes à Dieu en sa justice, et s'il habite. en nous par sa grâce. AlorS' Dieu sera pleinement et vraiment avec nous. Et si Deus pro nohiSy quis contra nos f »
li'usag^que le Pape fait actuellement et, disons-le bien haut, à son corps défendant, de la foirce armée, pour maintenir, avec son trône temporel, son indépendance spirituelle, n'est autre chose que l'emploi archilégitimc du pouvoir coercitif de l'Église, et raffirmatroii solennelle, l'affirmation vivante et splendide, dés grands princ/ipes qui furent dans le passé, qui seront dans l'avenir la base de la constitution de l'Église et de l'organisation normale du monde catholique. Le trône pontifical défendu
à main armée contre la Révolution, c'est la négation en action de toutes les doctrines libérales. Voilà pourquoi le libéralisme nnodeme sV charne avec tant de colères contre le pouvoir temporel du Saint-Siège et contre ses défenseurs.
a Mais enfin, il n'est pas de foi que la puissance temporelle du Pape soit une nécessité. » — Sans doute, ce n*est pas de foi.
Dans la doctrine catholique, il n'y a de fin que les vérités révélées de Dieu et déclarées telles par l'Église. Mais est-ce que vous croyez par hasard que, pour être catholique, il suffise de croire ce qui est de foi ? Est-ce que renseignement de l'Église se borne au dogme proprement dit? Est-ce que vous n*êles pas obligé en conscience, sous peine de péché grave, de vous soumettre à toutes les décisions disciplinaires, canoniques, liturgiques?
Est-il de foi, je vous le demande, que vous êtes baptisé? que le Pape régnant est vraiment Pape? que l'Évêque de votre diocèse est votre Évêque? Est-il de foi que vous devez assister tous les dimanches à la messe, faire maigre les jours maigres, jeûner les jours déjeune?
Ëst-il de foi que votre maison vous appartient, et que [celui qui vous vole est un voleur? Vous êtes [bien sûr de tout cela, n*cst-il pas vrai?
aussi sûr que si c'étaient là des vérités de foi? Et ¥ous avez cent fois raison. Eh bien, c'est à ce titre que nous professons la vérité des enseignements de rÉglise sur la nécessité du pouvoir temporel du Pape; et c'est parce que nous sommes sârs, absolument sûrs de la vérité de cet enseignement, que nous défendons avec tant d'énergie la cause sacrée de Rome. Est-ce que nos zouaves iraient se faire tuer pour la cause du Pape-Roi, s'ils ne savaient avec une certitude absolue que cette cause est la cause même, de relise catholique, la cause du Christ et de
DUBU?
N'oublions pas que la nécessité du pouvoir temporel a été proclamée, comme une vérité indubitable, par tom les Évoques du monde catholique, en 1862 ; et depuis, qu'il n'est plus permis à un enfant de l'Église de dire ni de penser le contraire, et que, si le refus de se soumettre à cet enseignement ne constitue pas un péché contre la foi, il constitue certainement un péché, un péché grave en soi, contre l'obéissance due à TEglise enseignante. Là où la foi n'est pas enjeu, il est bien évident qu'il ne peut pas y avoir de péché contre la foi. Mais il y a d'autres vertus que la foi dans l'Église.
« Mais si, malgré tout» Rome venait à être prise, et le pouvoir temporel enlevé au Saint |
Père? » — Si la Providence de Dieu permettait que ce crime vint à se consoimner, il arriverait de trois choses Tune : ou bien, après aTOir élé diassée de Rome pour la trenîe^inquième foi», la Papauté y rentrerait triomphante , comme Pie VU en 1814, comme Pie IX en 1849; et le pouvoir temporel se reconstituerait; — ou bien, la sagesse de la sainte Église découvrirait tm moyen , absolument inconnu jusqu'à ce jour, et, en apparence dn m^ins, tout à fait imposa sible, d assurer l'indépendance spirituelle de son Chef, indépendance sans laquelle ni lui ni elle ne peuvent vivre ; — ou bien, et ce seraat peut-être le plus probable, ce découromiement définitif de Jésus Christ, en la personne de son Vicaire, serait Tannonce des derniers temps, précéderait de peu la grande, la suprême per^ sécutioii prédite par TÉvangile, et enfanterait « le fils du péché, » le Vicaire de Satan, le terrible Antéchrist, prédit, lui aussi, par les Prophètes, par Noire-Seigneur, par les Apôtres et par les Pères de T Église.
Voilà ce qui arriverait si le Pape perdait son pouvoir temporel, et l'Église sa liberté.
De tout cela concluons la gravité vraiment effrayante du crime de ceux qui attaquent aujourd'hui le pouvoir temporel du Saint*Siège. Un grand Évéque disait, en 1861 , à un très-haut
personnage : « Le prince qui détruira ce dernier Teslîge de la royauté visible de Jésu&^hiust sur la terre, sera ou l'Antéchrist ou Tun de ses prédécesseurs immédiats. » *
Tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, par la violence des armes, ou par les roueries de la politique et de ta diplomatie, ou par la connivence de l'argent, ou par« les moyens moraux, » ou par la presse, ou par la parole, con-» tribuent à la ruine du temporel du Saint-Siège, sont, qu'ils le sachent ou qu'ils l'ignorent, les instruments du plus grand des fort'aiis, et les esclaves de celui qui veut à tout prix supprimer l'Église, pour établir sa tyrannie universelle sur les ruines de la grande libératrice du monde.
Le Pape est le Chef, l'Époux de l'Église; Rome et l'État pontifical sont la demeure de ce royal Époux : la liberté de Rome, le maintien de la souveraineté pontificale, c'est, répétonsle bien haut, l'indépendance du Chef de lÉglise, c'est la liberté du Saint-Siège et par suite la liberté de tous les Évêques, de tous les prêtres, de tous les chrétiens , de tous les peuples.
Et nous, fidèles défenseurs du Saint-Siège et de ses saintes libertés, nous sommes les amis et les défenseurs de la liberté, au nom de laquelle les révolutionnaires nous attaquent;
jamais nous ne pourrons faire un plus noble usage de notre ardeur, de nos biens, de notre sang, de toutes les forces que Ble€ nous a données, que de les* dépenser pour la cause trois fois sainte de la liberté de Rome, et parlant de la liberté de FÉglise entière, et partant de la liberté du monde entier.
. Qu'aucune épreuve ne nous décourage : Je' sos-Ghrist est dans nos cœurs, et l'avenir est à nous ; Taveiiir, et le ciel.