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thèse et Ihypothèse, «n ce qui touche le pouvoir

coercitif de l'É^Use.

Le pouvoir coercitif de l'Église, c'est le droit *it le devoir que le Pape et les Évéques ont leçus de Noire-Seigneur de prévenir ou réprimer par la force les abus et les scandalçs que ne pourraient prévenir ou réprimer les voies de la persuasion.

Ce n'est pas du tout, comme le croient beaucoup d'ignorants, l'usage de la force pour obliger les gens à croire et à se sanctifier. Outre qu'il est impossible d'obtenir par la force matérielle ces résultats purement spirituels, jamais l'Église n'a songé à des moyens pareils. Le pouvoir coercitif est l'usage légitime de la force matérielle pour empêcher ou pour réprimer les scandales extérieurs et publics qui menaceraient la foi des faibles et qui seraient une insulte extérieure et publique à Thonnear de Jésus-Christ, de la Sainte -Vierge, des Saints

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et de la Relijçion. [Répression extérieure de scandales extérieurs ; répression , par la force, d'acte» coupables dont l'impunité serait un encouragement au mal : telle est la véritable notion du pouvoir coercitif de l'Église. Rien de plus simple. La force matérielle n'est-elle pas donnée aux hommes pour être mise au service delà vérité et du bien?

Toute société parfaite a nécessairement son pouvoir coercitif: l'État a sa police, son armée, ses gendarmes, ses tribunaux, ses prisons, ses échafauds; le père de famille a le fouet et lesautres corrections paternelles,.dont les disciplesde

Jean-Jacques Rousseau voudraient aujourd'hui

Nfc^ disputer le droit incontestable ; l'ÉgUseJa

gr^JhM||ffieusey doit avoir aussi et elle a, en

^P« f ^^^^■•llfcfioercitif : ^n tribunal de ettet, son pouvoiFlMl^^ , , .-^

i»r«J •*• • . V!^tefi.chose que la police

1 Inquisition, qui n est autrl^îL . 'J *^ ,

de la foi et de la doctrine, et^lH^^^^ *^"^ *^^

siècles, a existé sous une forme ooLf ^'^^ ""^

autre ; ses tribunaux ecclésiastiques^^ ^^^^^

armée, ses prisons^ ses amendes, soff ^^^^

pénal, ses redoutables excommunicationsl^^^^^

toutes leurs conséquences temporelles.

On le lui conteste, par suite d'une ei

dogmatique fort répandue de nos jours, à

voir que l'Église est une société purement s

rituelle et que son règne, tout spirituel aus

n'est pas de ce monde.

C'est là une erreur Irès-sérieuse. L'Eglise est composée, d'hommes; ses Pasteurs sont des hommes ; ses enfants sont des hommes ; ses ennemis sont des hommes ; elle vit, elle agit, die combat, sur la terre^ au milieu des hommes. Comme Thomme lui-même, elle est à la fois spirituelle et corporelle ; comme le Christ, son Chef et son type, elle est à la fois divine et humaine, céleste et terrestre.

Notons-le soigneusement : il n'y a pas seuleîiient distinction entre le spirituel etle temporel, entre le surnaturel et le naturel : il y a en .î4re, par un effet de la volonté de Dieu, union, •nion indissoluble^ union et subordination; nous l'avons exposé plus haut.

Sans doute, l'Église est avant tout une société spirituelle, et comme telle, elle tient de Notre- Seigneur la puissance de régler directement les choses spirituelles, les choses qui concernent le salut. Mais elle ne saurait accomplir son ministère spirituel et surnaturel qu'en employant des moyens sensibles, extérieurs, matériels, et sans étendre son autorité sur les personnes et les choses de ce monde.

Ainsi, quoi de plus éminemment spirituel que les différents actes du ministère pastoral et sacerdotal ? Et pourtant, il faut au prêtre une chaire, un autel, le pain et le vin du sacrifice, 'l'eau, l'huile et les autres éléments matériels

des sacrements et du culte divin ; il lui faut un asile convenable, et une église pour réunir ses ouailles. 11 faut à l'Évêque une cathédrale pour siège de son gouvernement, des Séminaires pour recevoir et former son clergé, des moyens matériels d'existence honorable. Enfin, il faut au Chef suprême de l'Église, au Vicaire du Christ, une ville pour y ériger la Chaire Apostolique, et la propriété d'un Etat pour garantir son indépendance et rehausser sa suprême dignité.

De même, quoi de plus évidemment temporel que les personnes et les choses de ce monde? Et cependant, à cause de lunion et de la subordination du temporel et du spirituel, il est certain que Tusage de ces choses et la conduite de ces personnes, quelles qu'elles soient, intéressent directement Tordre moral et dès lors sont du domaine spirituel de rÉghse. Le simple particulier, pour les actes divers qui remplissent sa vie, le prince lui-même, pour l'exercice de la puissance civile, qui n'est, au fond, qu'une série d'actions morales, sont l'un et l'autre soumis au pouvoir des Clefs de saint Pierre. Le temporel dépend du spirituel, parce qu'il a essentiellement un côté spirituel.

Et qu'on ne croie pas qu'en assujettissant ainsi tout à l'Eglise, « tout, rois et peuples, pasteurs et troupeaux, » comme dit Bossuet, on porte

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atteinte à l'indépendance du citoyen ou à Tinciependance politique du prince. Nous avons 'lêjà écarté cette objection, et montré que si le pnnce chrétien, le magistrat, le citoyen, le père de famille sont dépendants de Tautorité de FÉglise, c'est uniquement par le côté qui intéresse la conscience et le salut. Certes, personne ne le niera , ce côté-là appartient essentiellemerit à l'ordre spirituel et surnatu- ^^1. El comme il est supérieur à l'autre, au côté purement humain, naturel et terrestre, ïl est tout simple qu'il le règle et qu'il le domine.

L'ÉgHse est donc une société spirituelle, ^ais qui emploie nécessairement les moyens ttiatériels et étend sa juridiction surtout l'ordre temporel. Sa force doit être semblablement spirituelle et temporelle tout ensemble : spirituelle par son principe ; temporelle par ses moyens. Elle la possède de droit divin, et personne ne peut légitimement la lui contester.

L'emploi de cette double force est aussi légitinie, aussi nécessaire dans l'Église que son existence même.

Dans l'état normal de la société, TÉglise exerce sa force coercitive de deux manières : par les princes chrétiens et par toutes les puissances de ce monde qui doivent la servir, ou plutôt servir Jésus-Curist avec elle ; et en-

suile^ par elïe-même, par ses tribunaux et par ses institutions.

La lui refuser, la lui enlever, c*^est anéantir de fait sa constitution, c'est la priver de Fexercice bienfaisant et régulier de sa puissance, c'est laisser le champ libre aux scandales, aux hérétiques, auxblasphémateurs, aux ennemisde Dieu et des hommes; c'est perdre les âmes et les sociétés. Le démon a été bien habile en faisant dévotement prêcher par Luther, Calvin et les rationalistes, leurs successeurs, ce caractère purement spirituel de l'Eglise. Du coup, ils la reléguaient, comme disait ironiquement Mirabeau, (( dans les espaces intelligibles du néant métaphysique. » Là, elle ne gêne plus personne.

Dès lors, le ciel est d'un côté, et la terre de l'autre; etilya,noriplus seulement distinction, mais séparation radicale entre TEglise et le monde, entre la grâce et la nature, entre Tordre spirituel et Tordre temporel. L'impiété ne demande que cela. Dès lors, la vérité ne doit régner et se défendre que par elle-même, sans aucun secours extérieur; l'Eglise, invisible et tout intérieure, n'existe que par l'adhésion individuelle et intérieure des fidèles qui se rencontrent dans sa communion ; le culte public, la hiérarchie, le sacrifice extérieur sont des anomaHes ; les personnes et les choses, sauf le respect du for intérieur, (dont les en-

nemis de TÉglise s'inquiètent fort peu), sont du ressort exclusif de TÉtat.

De cette fausse notion de l'Église découle encore, comme conséquences logiques, la ruine de- la puissance temporelle du Saint-Siège, la négation de la propriété ecclésiastique et des immunités, le renversement des lois religieuses sur le mariage et sur l'éducation, l'abolition de toutes les conséquences extérieures des vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, l'inutilité et l'abolition du jeûne, de l'abstinence, de Faurnône et de toute pénitence extérieure ; enfin et par-dessus tout, la négation du pouvoir coercitif.

Nos libres-penseurs disent : a Tout cela était bon autrefois, lorsque les peuples étaient mineurs ; maintenant qu'ils sont majeurs, émancipés, ils ne doivent plus être traités comme des enfants. » — Pauvres gens ! ils ne savent pas que sur la terre les hommes, les peuples sont et seront toujours mineurs. Ce qui fait la minorité, c'est-à-dire l'amoindrissement, c'est le péché, ce sont les passions, les vices ; plus un peuple est catholique et fidèle à Dieu, moins il est mineur; plus il se laisse élever par l'Église, plus il se rapproche de la majorité^ c'est-à-dire de l'état plus grand, de la perfection. Le monde moderne est affreusement mineur; il est de l'Ordre des minimes ; il a fait sa profession en

1789, ses preuves en 93, en 1830 et en 1848 ; et il ne sortira de cet abaissement que par le retour officiel, par le retour complet à la soumission et à la foi. Jusque-là sa décadence, vainement palliée par le luxe et les progrès éblouissants des industries matérielles, ne fera que croître et embellir, sous le souffle alternatif du despotisme et de Tanarchie.

Quant à exercer son pouvoir coercilif, TEglise ne le peut plus que dans une très-faible mesure. Elle le déplore, parce que la gloire de Dieu et le bien des âmes en souffrent cruellement. Elle attend, elle demande des jours meilleurs ; et nous les demandons, nous les attendons avec elle.

Saint François da Salas, an présanoa de la thèse et de rhjrpothèsa.

Le bon, le doux saint François de Sales vivait dans des temps presque aussi difficiles que les nôtres. La thèse et Thypothése se dressaient là, en face l'une de l'autre ; le droit invariable et les exigences des faits accomplis contre l'Église, élevaient tous deux des prétentions inconciliables en apparence. Le saint Évoque,

qui ne plaisantait pas avec les principes, prît la thèse comme un glaive de feu et dès qu'il le put, il résolut Thypothèse en la ramenant à la thèse. Sa foi courageuse fut couronnée d'un plein succès.

Avec le plein assentiment de son pieux Souverain, le due Charles-Emmanuel de Savoie, il évangélisa pendant cinq ans les provinces du Chablais, où l'hérésie dominait au moins autant que le mahométisme domine aujourd'hui en Algérie. Depuis cinq ans, « il troublait les consciences, » en prêchant la vraie foi, en démasquant, sans aucune « modération, » les ruses de l'hérésie, en convertissant des milliers de Calvinistes. Vingt fois on tenta de l'assassiner, mais DiEo préservait toujours son grand serviteur.

Lorsque, dans sa prudence de Saint, toute différente de la prudence humaine, il crut le moment venu de faire triompher enfin publiquement la cause de Dieu, il alla trouver son Souverain, lui exposa l'état du Chablais, et, lui rappelant la grande mission des princes chrétiens, il le décida à remplir énergiquement son devoir.

A l'exemple de Constantin, de Théodose, de Charlemagne, de saint Louis, de saint Ferdinand de Castille et de tant d'autres princes chrétiens, Charles-Emmanuel suivit les conseils

du Saint et résolut d'achever par la force du glaive ce que la prédication de la parole divine avait si heureusement commencé. Il s'en vint à Thonon et fit comparaître devant lui tout ce qui restait encore d*hérétiqu^s dans le Ctiabiais.

Saint François de Sales était à ses côtés. Le duc adressa aux huguenots les paroles suivantes : <( En embrassant l'hérésie de Calvin, vous vous êtes déclarés rebelles à Dieu et k votre prince légitime. Je pouvais employer la force pour vous ramener au sein de TÉghse. Je ne l'ai pas fait. Au lieu de me servir de cette épée que Dieu a mise en ma main, je me suis servi d'une autre épée, plus opportune et plus douce, i'épée de la parole divine, que vous avez entendue depuis bientôt cinq ans. A ma grande consolation, cette épée spirituelle a déjà arraché la plupart d'entre vous aux égarements du protestantisme. Mais si elle ne suffisait pas à vous ramener tous à la croyance de vos aïeux, sachez que j'ai le pouvoir d'y suppléer par l'épée inexorable de la justice. » Puis il ajouta, d'un ton sévère : « Que ceux d'entre vous qui veulent être mes sujets professent ma religion, la seule vraie, et qu'ils passent à ma droite. Que «eux, au contraire, qui veulent persister dans l'erreur et dans la rébellion, s^ placent à ma gauche. »

Quelques-uns, en petit nombre, demeurèrent à gauche. Il leur dit alors avec indignation : « Vous avez donc la témérité de vous déclarer en ma présence les ennemis de Diue et par conséquent mes ennemis? Allez, retirez-vous hors de mes États. J'aimerais mieux n'avoir point de sujets que d*en avoir qui vous ressemblent. »

Et saint François de Sales, remerciant Dieu et son prince, surveilla avec zèle Texécution du décret. Tous les hérétiques furent bannis, et la vraie liberté de la conscience, la vraie liberté religieuse fut rendue à tout un peuple.

« Qu'est-ce à dire? objectera-t-on peut-être. Voulez-vous qu'on en fasse autant aujourd'hui en France aux protestants, aux libres-penseurs? » DiED m'en garde! Ce que je veux dire, c'est qu'une foi vive et une ferme volonté peuvent triompher de bien des obstacles en apparance invincibles, et qu'il ne faut qu'un homme, vraiment rempli de l'esprit de Dieu, pour modifier de fond en comble l'hypothèse la plus désespérée ; c'est qu'il ne faut pas autant de temps que l'on pense pour faire triompher la cause du droit, de Tordre et de la vérité ; c'est que, mis au service de Dieu, l'usage de la force est tout-puissant sur les masses, à qui la crainte n'est pas moins salutaire que la bonté et que l'amour. ^

SeO LA LIBERTÉ.

Ce que je veux dire, c'est qu'il n*est permis à un pouvoir chrétien de tolérer le mal et de pactiser avec Thypothèse, qu'avec la pensée arrêtée de la rapprocher le plus possible et le plus tôt possible de la vérité des principes, c'està-dire de la thèse. Or on fait tout le contraire aujourd'hui ; et, sous prétexte de modération, on fait de l'hypothèse une thèse, au nom de laquelle on favorise les hérétiques, les francsmaçons, les impies, les Turcs eux-mêmes. On bâtit des temples, on bâtit des mosquées; on fait dix fois, cent fois plus que ne le demande l'hypothèse entendue sainement. Les Saints et les* princes qui ont vraiment de la foi ne traitent pas ainsi Thonneur de Dieu et de sa cause.

Que les abus qoi ont pu se g^lisser dans Texercice da ponvcir coercitif n'enlèvent rien à sa léfl^iUmité.

-Outre qu'ils ont été ridiculement, odieusement exagérés par les protestants et par les libres-penseurs, ces abus accidentels étaient, sont et seront toujours plus ou moins inévitables, du moment que les lois sont exécutées par des hommes. Les quelques erreurs de la

justice humaine font-elles que la justice, que les tribunaux sont nuisibles ? S'il fallait supprimer tout ce dont on abuse, il faudrait tout supprimer ici-bas, absolument tout. Dans TÉg]ise, surtout dans les régions supérieures de Tautorité ecclésiastique, il y amoins d'abus que partout ailleurs ; il y en a aussi peu que possibles. Les hypocrites le savent bien; mais ils crient, ils calomnient, et il en reste toujours quelque chose.

A les entendre, on dirait que l'usage séculaire de la force publique dans l'Église n'a été qu'un enchaînement d'abus, pour ne pas dire de crimes ; on dirait que le Pape et les Évêques, pères de la civilisation chrétienne, n'ont été que des tyrans et des bourreaux, occupés à faire bi ûler les gens, à faire exterminer les peuples dans des guerres fratricides, à enlever arbitrairement la couronne de la tête des bons princes pour la transporter sur la tête de leurs créatures; que l'Église ne se présente au monde qu'une torche d'une main et un glaive de l'autre, et que si la société redevenait officiellement catholique, il faudrait commencer par exterminer en masse tous les protestants et tous les incrédules. Dans tout le cours de l'histoire, on ramasse et on groupe quelques faits isolés, déplorables, et que l'Église a été la première à déplorer ; et on nous les jette inces-

samment au visage, en nouscriant: «Voilà ceqae vous êtes ; voilà ce que vous avez fait; voiiàce que vous feriez encore si vous étiez les maîtres ! »

C*est absolument comme si, dansune grande campagne militaire,oubliant ou taisant mille glorieuses victoires, on ne mettait en avant que trois ou quatre faits d'armes malheureux ; ou bien si, taisant les noms de quantité de braves, on avait la mauvaise foi de ne citer que quelques traîtres, quelques déserteurs. Serait-ce juste?

Et voilà pourtant ce que font chaque jour les ennemis de la foi, les historiens, les publicistes de Técole moderne. Ils répètent, en les brodant encore, les vieilles calomnies des gallicans, des parlementaires, des jansénistes-, échos eux-mêmes des calomnies luthériennes et calvinistes.

Il serait impossible ici d'examiner en détail la valeur historique, souvent très-contesfable, de ces quelques accusations adressées aux Pontifes Romains, au tribunal de Tlur quisition, à certains princes catholiques, à tel ou tel de nos Saints ou de nos grands hommes, sur leur prétendue cruauté, sur leur intolérance. Je renvoie pour cela le lecteur de bonne foi aux excellents travaux historiques*, parfois

* En particulier, voir le beau livre de l'abbé Gorini, intitulé : Défense de rÉglise.

issus de plumes rationalistes, qui vengent pleinement rhonneur de FEglise. Ce dont il peut être assuré, c'est que, s'il y a eu, dans l'emploi de la force, quelques excès, quelques abus véritables, ces abus et ces excès ont été, sont et seront toujours condamnés par l'Église, qu'il ne faut Jamais confondre avec ceux-là même qui lui sont le plus dévoués. Tel a été par exemple, le massacre de la Saint-Barthéîemi, fait politique plutôt que religieux, cruelle et coupable représaille des atrocités commises par les huguenots dans les guerres de religion; telles ont été encore, sous Louis XIV, les fameuses dragonnades des Cévennes, elles aussi représailles sanglantes des crimes, des supplices dont les mains des calvinistes se souillaient depuis plus de quarante ans; et encore y avait-il là, de la part du roi de France, répression de sujets rebelles bien plus que punition d'hérétiques récalcitrants ; tels enfin ont été les excès réels, quoique infiniment exagérés, de l'Inquisition d'Espagne, blâmés hautement par le Saint-Siège, et dans lesquels la politique, non l'Eglise, sévissait outre mesure.

L'Église est absolument sainte en elle-même ; ses principes et, en particulier, celui qui concerne la légitimité de son pouvoir coercitif, sont absolument vrais et salutaires ; mais les hommes restent des hommes, et toujours ils

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appliquent imparfaitement les principes, même les plus parfaits.

Disons-le en passant : il y a bien des catholiques, il Y a même des ecclésiastiques qui n'ont pas des idées très-exactes et Irès-saines au sujet de la tolérance religieuse. Cela vient, comme nous l'avons dit, de la faiblesse ou même de l'absence de l'étude du droit canonique. Non-seulement l'Église est dogmatiquement intolérante; non-seulement elle est T ennemie née de toute erreur, mais en outre sa législation prescrit, en principe et d'une manière générale, l'intolérance civile à l'égard de tous les dissidents; et cela, au nom des droits imprescriptibles de la vérité, au nom de la liberté des âmes, dans l'intérêt spirituel des fidèles. Au lieu d'être un défaut, cette intolérance est le signe distinctif et nécessaire de la vérité.

Toutefois, comme l'Église est animée de Tesprit de sagesse et de prudence; comme elle n'a en vue que le bien des âmes, elle sait se relâcher de ses lois et de ses peines disciplinaires pour s'accommoder au temps et au lieu; et parce qu'elle est mère avant tout, elle incline plus volontiers à la patience qu'à la justice rigoureuse.

S'il y avait abus dans l'Église, en matière de coercition, ne serait-ce pas plutôt dans le

sens opposé? Et s'il y avait quelque excès, ne serait-ce pas comme quelques-uns ont cru pouvoir le reprocher à certains Papes, à certains Évêques, excès de patience, excès de douceur, excès de condescendence, excès de concessions, toujours dans Tespérance de gagner et de ramener les esprits égarés?

En général, les gens qui crient le plus fort contre le pouvoir coercitif de l'Église sont précisément ceux qui n*ont pas la conscience nette. Il n'y a guère que les voleurs qui crient après les gendarmes ; comme il n'y a guère que les coquins qui réclament l'abolition de la peine de mort.

Le plus souvent, les prétendus abus de la force coercilive de l'Église n'ejx sont que l'usage légitime et salutaire. Le libre exercice du pouvoir coercitif est une des libertés les plus essentielles à l'autonomie et à la vie de l'Eglise. Nos ennemis ne le savent que trop.

LU

I.a thèse et l'hypothèse, touchant rEnoycUqae et le Syllabi».

Le fond des débats religieux qui agitent si profondément de nos jours le monde politique

de la société moderne, roule autour du grand acte doctrinal de Pie IX : l'Encyclique et le Syllabus de 1864!. Le Souverain-Pontife y a réuni, en effet, comme en un faisceau, pour les condamner et les anathématiser en bloc, toutes les erreurs philosophiques, politiques et sociales du monde moderne.

Il eu est qui adhèrent à cet acte, et de tout cœur, comme ils le disent; mais ils ne le croient pas, à notre époque, susceptible d'application pratique; et, pour ce motif, ils le laissent à peu près de côté, comme s'il n'existait pas. Ces catholiques font toute espèce d'efforts pour louvoyer entre TEncyclique et certaines théories libérales qui leur sont particulièrement chères.

D'autres, au contraire, et nous nous faisons gloire d'être de ce nombre, se croient tenus (comme ils le sont en effet) d'envisager l'Encyclique et le Syllabus, non pas comme une lettre morte, mais comme une loi vivante. Si la doctrine renfermée dans ces documents ne peut être sur l'heure et complètement réalisée, tout ce que renferment l'Encyclique et le Syllalms nous oblige néanmoins actuellement, et grâce à notre bon vouloir et à notre coopération, bien des choses peuvent déjà passer de la théorie à la pratique. De plus, même ce qui €st actuellement irréalisable ne doit pas, potir

LA LIBERTÉ. iffl

ce motif, être relégué dans Toubli. Tout au contraire, il faut le proclamer, l'enseigner, Texpliquer, le défendre, afin d'éclairer les intelligences sur ces graves questions et de les amener à connaître et à embrasser la véritô.

Des écrivains catholiques ne doivent prendre la plume que dans le seul but de répandre la vérité et de la défendre, autant qu'il est en leur pouvoir. Et parmi les vérités que notre époque a précisément besoin de voir se répandre, il faut ranger au premier rang, ainsi que Pie IX le déclare lui-même, les grandes vérités sociales et politiques, résumées dans TEncyclique et le Syllabus,

Si cette doctrine est impopulaire parmi les libéraux et les révolutionnaires, qu'importe? L'Eglise n'y peut rien. Elle n a pas coutume de changer ses doctrines pour plaire à tels ou tels de ses enfants^à plus forte raison à la foule de ses ennemis. Loin que cette impopularité soit pour nous un motif de garder le silence sur le SyllabiiSf elle nous impose au contraire le devoir d'en parler davantage, le devoir d'en faire ressortir avec plus de zèle et de courage toute la vérité, toute l'efficacité, tout le bienfait.

L' Encyclique et le Syllabm de Pie IX sont une œuvre de salut public et de délivrance ; à ce titre, ils doivent être particulièrement chers i tous les amis de la vraie liberté.

tes LA LIBERTÉ.

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