La Science et les Lettres en Orient
L’INDE
transformations religieuses de l’Inde se révèlent dans les trois grandes collections qui forment sa littérature nationale.
Les Védas nous montrent un peuple qui adore les forces de la nature : sous les figures poétiques des hymn<?«? nous discernons les luttes du soleil contre les nuages, de l’humidité fertilisante contre la sécheresse.
La personnification des dieux est achevée dans les poèmes. En même temps, et par un mouvement contraire, le panthéisme commence à y menacer toute personnalité humaine ou divine; la métempsycose s’y formule, le désir de l’absorption s’y produit.
Les Pouranas nous présentent l’achèvement de ce mouvement mystérieux. L’impitoyable métaphysique a triomphé ; l’abstraction règne; on dirait la religion d’un peuple de philosophes. Et quels philosophes! Leur thèse semble être le néant : ils font la théorie de l’illusion universelle; avec eux on a le sentiment qu’on marche dans le vide, qu’on s’enfonce dans le vide, que le vide est la suprême loi comme le suprême bonheur.
Essayons de peindre en quelques mots la théogonie indienne.
Avant tout apparaît Brahm, l’être irrévélé, immobile, subsistant par lui-même, le grand Tout, la substance universelle. Il n’a ni temple ni images.
Brahm se manifeste comme Brahma, ou créateur; comme Siva, ou destructeur ; comme Vichnou, ou conservateur. Telle est la fameuse Trimourti. Les symboles des trois manifestations de la substance universelle sont la terre, le feu et l’eau.
DE L’ORIENT
Des dieux subalternes, dont le nombre est immense, sont au service des trois grands dieux.
Mais il faut considérer de plus près le rôle de Brahma, de Siva et de Wichnou1.
Brahma, en particulier, est intéressant à étudier. Il est créateur. Que sera la création dans un système aussi expressément panthéiste que celui de l’Inde? Dieu étant la substance universelle, la création du monde n’est plus qu’une limitation, qu’une diminution de la Divinité.
Identifié avec le monde, Brahma participe à la destinée du monde, à l’abaissement, à la souffrance , à la mort, et, chose étrange mais souverainement logique , au péché.
Comme il n’y a pas création , mais émanation et incarnation au monde, la conséquence est inévitable. La légende de Brahma nous le montre parjure, débauché. Tombé très-bas, il remonte graduellement par une série de transmigrations. Impossible de dire plus clairement qu’il n’y a point de création et que ce qu’on nomme la créature n’est qu’une partie intégrante de ce Dieu vague qu’on essaye de nommer le créateur.
Siva est le destructeur, mais il est aussi le régénérateur; il est le Dieu méchant, mais il est aussi le Dieu bon. Le panthéisme indien ne s’embarrasse pas de si peu. Comme en définitive et quoi qu’on fasse on ne saurait sortir du grand Tout, comme le grand Tout renferme le mal et le bien, chaque Dieu est exposé à représenter le bien et le mal. Cependant le mal domine chez Siva.
Le bien, au contraire, domine chez Vichnou. S’il