CHAPITRE PREMIER
l’individu
Un mot suffira. Autant le paganisme antique sous toutes ses formes s’est acharné à la suppression de l’individu, autant l’Évangile prend soin de lui rendre la vie. S’il détruit jusque dans ses racines le mauvais individualisme, celui de l’égoïsme et de l’orgueil, s’il réduit en poudre le moi, s’il nous poursuit sans relâche jusqu’à ce que nous nous soyons donnés, s’il travaille à faire de nous des esclaves de la justice et de la charité, il fonde un autre individualisme, le bon, celui des âmes indépendantes.
Quelle place elle assure à l’individu, la religion qui
proclame la valeur infinie d’une seule âme, qui sauve l’individu et ne sauve la société que par surcroît î Elle s’adressa directement à chacun de nous, elle met en jeu notre responsabilité, elle ne nous permet pas de croire que rien au monde puisse tenir lieu de cet acte, le plus individuel qu’il y ait au monde, la conversion; elle nous met en demeure de croire nous-mêmes, de prier nous-mêmes, de lutter nous-mêmes contre notre péché, de saisir nous-mêmes les grâces sans lesquelles nous ne pouvons rien, de gouverner nous-mêmes notre pensée, notre cœur et notre vie. Enfin elle bâtit les deux grandes forteresses où s’abrite l’individu et où la liberté morale se sent à l’abri, la foi au Dieu d’amour, la famille unie en Christ»