‹ La liberté morale (volume 2)Chapitre 96 sur 101 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l’égalité

La grande égalité est dans le christianisme, comme la grande liberté et comme la grande morale. Aucune caste, aucun privilège de naissance ou de science, la bonne nouvelle annoncée aux pauvres , toute âme d’homme rachetée au même prix , appelée aux mêmes privilèges, mise en possession des mêmes trésors, pénétrant aussi loin dans le Saint des saints, s’adresç“”i d’aussi près au Père commun , voilà cette égalité selon Christ. Sa parole est offerte à tous, accessible à tous : le Saint-Esprit vient en aide à tous. Tous sont perdus; tous seront sauvés, s’ils acceptent le salut.

Il est une autre égalité que l’Évangile ne proclame pas : c’est l’égalité sociale. Doctrine de fraternité, il n’est pas, tant s’en faut, une doctrine de nivellement. Je suis socialement au-dess îs de tel homme et au-dessous de tel autre. Jouerons-nous la comédie (plus triste que gaie, vous pouvez m’en croire) de l’égalité factice ? La religion de vériüé ne saurait nous enseigner ce mensonge; elle ne supprime ni la force, ni la santé, ni les dons intellectuels , ni la beauté , ni la richesse , ni l’éducation, ni la science , ni le comme-il-faut , ni l’illustration du nom; elle fait mieux, elle supprime du même coup l’orgueil et la jalousie. Les inégalités sociales n’altèrent en rien l’égalité chrétienne; les forts et les faibles, les savants et les ignorants, les beaux et les laids, les riches et les pauvres se sentent fils du même père et appelés au même ciel. La fraternité, ce nom chrétien de l’égalité, est d’autant plus belle qu’elle ne force rien, ne fausse rien et ne fait appel qu’aux sentiments libres du cœur.

Voyez les sacrifices volontaires qu’accomplit à sa première heure une des Églises apostoliques. On nous a parlé, avec enthousiasme vraiment, du communisme de Jérusalem ! Grâce à Dieu, il n’y a rien eu de semblable. En présence d’une œuvre immense à fonder, les frères de Jérusalem ont donné beaucoup , plusieurs ont tout donné; mais aucun n’a été contraint, même moralement; ceux qui ont gardé leurs biens sont demeurés membres de l’Église i, et, loin de faire loi ailleurs, le prétendu communisme est démenti à chaque instant

i. Actes, iv, 35 36 et 37$ v, 4; xm, 12; xxi, 8.

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