RÉFLEXIONS FIN A LES
enfanter une autre doctrine ; je ne dis pas une autre religion, car le progrès consistera sans doute à fermer l'ère du surnaturel.
De quel air certains esprits considèrent Jésus, ce représentant du passé, devenu insuffisant pour le présent et surtout pour l'avenir! On demande très-sérieusement à être délivré de ces vieilleries ; c'était bon pour le moyen âge, les temps modernes réclament autre chose, il faut donner mieux que cela à notre société laïque, savante et libre.
Il n'y a qu'un mot à répondre : Piegardez, ces vieilleries brillent de l'éclat d'une impérissable jeunesse ; cette doctrine arriérée marche devant nous, et de loin nous fait signe de la suivre ; ce passé renferme tout l'avenir ; cette servitude est trop libérale pour nous.
Le dogme delà chute nous blesse! Avons-nous trouvé une explication supérieure du problème de notre corruption? — La rédemption nous scandalise! Avonsnous découvert une conciliation plus belle de la justice et de l'amour? — La sanctification et le jugement nous semblent de trop! Admettons-nous par hasard l'idenlité'du bien et du mal ?
Si le monde moderne est laïque, l'Évangile l'a été avant lui. Le monde moderne est sorti tout entier de l'Évangile ; il lui doit sa morale et ses libertés, il lui doit les idées dont il vit et qui lui servent à attaquer le christianisme. En fait de vieilleries, le prix infini des âmes, l'égalité des hommes, les droits de la vérité, la charité, la haine des hypocrisies, la destruction des formalismes, l'obéissance fondée sur l'amour, la transformation substituée aux mutilations, la main tendue à tous les développements, à tous les progrès, à toutes
les lumières, à toutes les causes généreuses, la grande morale enfin détrônant la casuistique, ne me semblent pas des choses que nous ayons dépassées.
Nous maintenons encore, si je ne me trompe, le principe païen des religions nationales (une vieillerie, pour le coup), et la foi individuelle a quelques leçons à nous donner. Nous reculons encore effarouchés devant une révolution proclamée il y a dix-huit siècles; nous hésitons à distinguer les deux domaines, à séparer l'Église de l'État. Je vois encore des esclaves à émanciper, des intolérances à supprimer, des familles à défendre contre le mariage après divorce ; je vois surtout des âmes à affranchir. Tant que nos servitudes morales subsisteront, nous aurons besoin, croyez-moi, de la doctrine de liberté.