CHAPITRE XI
l'esprit critique
Ce que je viens de dire sur la critique appelle de courtes explications. Vous avez lu Faust. D'où vient que le chef-d'œuvre de Gœthe vous a contristé et pour ainsi dire opprimé? Ce que vous éprouviez en le lisant , ce n'était pas seulement de l'émotion. Quelque chose pesait sur vous. Pourquoi?
Méphistophélès était là ; je veux dire l'esprit critique, l'ironie impitoyable qui glace tout. S'il y a quelque part un sentiment pur, il le flétrit de son contact; s'il y a une croyance, il la raille; s'il y a une tendresse, il l'avilit; s'il y a une espérance, il la tue.
Méphistophélès représente-t-il la méchanceté? Non, pas précisément; il est (voilà le trait de génie) il est l'incarnation de l'esprit, de l'esprit isolé de la conscience et du cœur, de l'esprit qui raisonne, qui doute, qui nie, qui dissout, en un mot, de l'esprit critique. Méphistophélès découvre le mal sous le bien , l'intérêt sous l'élan ; il montre l'envers de toute médaille héroïque ; sans y toucher et en se jouant, il désenchante, il rabaisse, il rapetisse.
Méphistophélès est un grand maître de servitude. Il