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Quand le travail prétend tenir lieu de tout, je suis prêt à me défier de lui, moi qui suis son ami dévoué. C'est qu'il existe en effet un travail abominablement égoïste et qui parvient à tout remplacer; il existe des cabinets d'étude où l'on se réfugie et se calfeutre pour échapper aux tendresses, aux devoirs, à la destinée telle que Dieu l'a faite. Oui, rien n'égale, lorsqu'ils s'y mettent, l'égoïsme des lettrés. Le monde croulerait qu'ils ne s'en mettraient pas en peine; n'ont-ils pas leurs livres, leurs auteurs favoris, les fêtes solitaires de leur pensée? Que leur parlez-vous d'une famille ! Ils ont leurs livres. Que leur parlez-vous des libertés publiques! Ils ont trouvé une vieille édition en bouquinant. Ces amis prétendus de la liberté n'iront pas compromettre pour elle la tranquillité de leur cellule. Ces moines d'un nouveau genre sont sortis du monde et n'iront pas se risquer dans les luttes sociales. Le despotisme leur convient, pourvu qu'il les laisse en paix.
Je devais faire cette réserve et montrer où s'arrête l'influence libératrice de l'étude et du travail. On l'exagère jusqu'à l'absurde; elle est réelle toutefois. Cela est tellement vrai, que la liberté morale est elle-même un long travail, un effort persévérant et énergique. On reconnaît à leur travail intérieur les hommes qui marchent à l'indépendance ; il me serait difficile d'en concevoir un seul qui consentît à passer oisif et inutile sur la terre. Si le moment était venu de parler de la liberté politique, j'ajouterais qu'elle réclame elle aussi des travailleurs. La liberté, qu'on la prenne au dedans ou au dehors, est toujours un des plus rudes métiers que nous puissions exercer ici-bas.
L'imagination se trouble à l'idée de la déchéance que nous encourrions, le jour où nous cesserions de travailler. Le travail excessif et souvent presque servile est sans doute un châtiment ; mais l'oisiveté serait une bien autre malédiction. Figurez-vous ce que deviendraient notre impuissance, notre langueur, notre indifférence , notre ennui , notre corruption ! Nous serions alors des esclaves et de lâches esclaves. — « Travaillons! » voilà l'un des mots d'ordre de la liberté; quoique sortie de la bouche d'un souverain absolu , cette dernière parole de Septime Sévère sera toujours répétée par les hommes libres. Ldboremus !