LA TRADITION LATINE DANS LA LITTÉRATURE
Ce que j'ai dit pour l'enseignement, je le répète pour la littérature : il faut distinguer entre le latin et la tradition latine. Renier le latin , ce serait renier nos origines; il y a du latin, et beaucoup, dans les plus vifs écrits appartenant à la veine gauloise. Mais ce latin-là est manié avec une liberté charmante et prime-sautière. Par malheur, un jour est venu où l'imitation des Latins s'est érigée en précepte, où les règles promulguées par les Latins ont reçu force de loi, où le génie latin, ce génie organisateur, administrateur, centralisateur, a réussi à être, en littérature comme en tout, notre propre génie. Les noms de Ronsard, de Malherbe et de Boileau signalent la révolution latine et ultra-classique dont je parle. Adieu la naïveté; on se met alors à faire de lalittèrature. Triste chose que la littérature, quand elle se fabrique ainsi, d'après la formule! Les mots tendent à prendre la place des idées, le convenu, l'artificiel , et par conséquent le vide, le sec, le pompeux, arrivent à la file.
Franchise du vieux temps, muse de la patrie, Où sont ta verte allure et ta sauvagerie?