‹ La liberté morale (volume 3)Chapitre 22 sur 196 · Anquctil-Duperron a traduit le Zend-Avesta · texte numérisé non relu

Anquctil-Duperron a traduit le Zend-Avesta

Ensuite, l'idée de lutte, de lutte pour la lumière et pour le bien, se retrouve ici partout. Le devoir apparaît, non plus affaibli par l'anéantissement de la personnalité humaine qui a peine à se retrouver entre deux transmigrations, mais appuyé sur l'individu. Il semble, en vérité, que nous ne sommes pas loin de la liberté morale.

Remarquez, d'ailleurs, que nous venons d'entrer dans une des contrées les plus religieuses de l'antiquité. Les Persans ne ressemblent sous ce rapport ni aux Grecs ni aux Chinois : ils ont toute la ferveur que comporte une croyance nationale et obligatoire.

Ils prient beaucoup; osons le dire, ils prient trop. Ne connaissant pas cette prière continuelle qui se mêle à tout, qui fait que tout s'accomplit sous le regard de Dieu et en invoquant sa bénédiction, ils se perdent et s'abrutissent dans des récitations sans fin. Leurs prières ne sont plus que des litanies. Ne faut-il pas s'adresser à chaque Amschaspand, à chaque Ized, à chaque Ferver, aux génies du bien et à ceux du mal? La nature entière doit être invoquée, car elle est l'œuvre d'Ormuzd et il n'est pas une de ses forces dont la liturgie ne fasse mention.

Nous voilà, hélas! aux prises avec le naturalisme qu'aucun culte païen ne saurait exclure et avec le formalisme toujours prêt à tenir la place de la piété. Mais j'ai dit que je voulais signaler les beaux côtés de Zoroastre, j'y reviens.

S'il enseigne l'adoration des forces de la nature et particulièrement du feu, il faut convenir qu'il ne taille point d'idoles; c'est une noble exception dans le monde ancien.

LA PERSE

Le maintien de notre identité personnelle dans une autre vie et la résurrection des corps, corollaire indispensable de cette doctrine, sont consacrés en termes formels par le Zend-Avesta : « Chaque homme ressuscitera de cette manière : leurs âmes d'abord, ensuite leurs corps dispersés dans le monde. L'âme reconnaîtra les corps et dira : C'est là mon père, c'est là mon frère, c'est là ma femme, ce sont là mes proches, tous mes parents. »

Laissez-moi rappeler aussi un magnifique symbole. Après la mort, l'âme voit apparaître devant elle son Kerdar vivant, c'est-à-dire le principe qui l'a animée, sa conscience morale1.

Ce Kerdar apparaît à l'âme juste, apporté par une brise du midi. L'âme lui dit : «Qui es-tu? Parmi Jes êtres qui habitent les corps, je n'en ai jamais vu de plus admirable. » Le Kerdar lui répond : « Je suis ta propre loi ; je suis ton désir pur, ta pensée pure, ta parole pure, ton action pure, ta loi pure... »

Le Kerdar de l'âme injuste, au contraire, est une forme horrible, apportée par le vent du nord. Interrogé par elle, il répond qu'il est son désir impur, sa pensée impure, sa parole impure, son action impure, sa loi impure.

A part la teinte de dualisme qui se retrouve ici, à part ce classement absolu qui crée deux races distinctes et ne voit que pureté chez les purs, qu'impureté chez les impurs, à part surtout l'exaltation d'une vertu dont la gloire est attribuée à l'homme et non pas à Dieu, il

1. J'emprunte à M. Brunei cette analyse tirée du Zend-Avesta et plusieurs autres détails.

est impossible de ne pas admirer le sentiment vrai de cette unité morale qui réside en nous, dont nous n'avons pas toujours pleine conscience, que semblent nier les inconséquences et les contradictions de nos vies, et qui se révèle dans sa réalité profonde au seuil de l'éternité.

Abordons maintenant les doctrines caractéristiques de Zoroastre. Fidèle au plan que nous nous sommes tracé, étudions-les au point de vue de la liberté.

Sans un Dieu personnel et libre, notre personnalité et notre liberté se sentent en grand péril. Le Dieu personnel et libre se trouve-t-il dans le Zend-Avesta?

Au-dessus de tous les êtres, à la source de l'existence, nous apercevons Zervan-Akéréné, le Temps sans bornes. Rien ne ressemble moins à une personne. Vous diriez Viciée de Hegel ou le Grand Pan dont les parcelles étaient répandues dans l'univers, ou le Tout incrèè des brahmanes, gouffre béant et insensible qui a tout engendré et qui absorbera tout.

Évidemment la même pensée n'a cessé de tenter l'esprit humain : se passer de Dieu, douer la matière d'une sorte de divinité vague, ou plutôt d'une puissance en vertu de laquelle elle produit incessamment et aveuglément.

Elle produit, elle ne crée pas. Il n'y a point de créateur chez Zoroastre ; du sein de ce Dieu suprême, muet et insensible qui rappelle trop les panthéismes, les êtres sortent en vertu d'une nécessité irrésistible ; c'est une irradiation, une émanation, comme vous voudrez.

Zervan-Akéréné donne ainsi naissance aux deux

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principes, aux deux dieux, à Ormuzd et à Ahriman; la lumière et les ténèbres, le bien et le mal émergent de l'éternité. Les hommes s'occuperont de la lumière et des ténèbres, d'Ormuzd etd'Àhriman; ils oublieront le Temps sans bornes ; à peine fait-on mention de lui dans le culte. On dirait que le génie persan, plus pratique que le génie indien, s'est défié du Dieu impersonnel et a refusé d'adorer sérieusement une idée qui n'est pas un être.

Ce qui est très-sérieux ici, c'est le dualisme. Zervan- Akéréné contient en lui de toute éternité et enfante clans le temps deux principes ennemis ; le bien et le mal commencent à lutter. Or ce n'est pas le bien qui vient de Dieu et le mal qui vient de la créature déchue, homme ou ange ; il n'y a ici ni Adam et Ève ni Satan, il y a un dieu mauvais en lutte avec le dieu bon. Même aux époques sombres où le rôle du diable a été étrangement amplifié et dénaturé, nul n'a songé à lui attribuer un pareil rôle.

A chacune des émanations d' Ormuzd, Ahriman en oppose une autre destinée à la combattre et à la gâter. — Ormuzd a placé autour de son trône les sept Amschaspands ou princes de lumière dont il est lui-même le chef, au-dessous les vingt-huit Izeds ou génies de tout ce qui est bon, au-dessous encore les innombrables Fervers; Ahriman se forme aussi une cour, les sept dews supérieurs et une armée immense de dews inférieurs. Ormuzd donne naissance aux bêtes utiles, aux bonnes plantes, aux vents favorables; Ahriman donne naissance aux bêtes féroces, aux plantes vénéneuses et aux tempêtes.

Je n'ignore pas qu'Ormuzd est au-dessus d' Ahriman; ils sont rivaux sans être égaux : « Le jour est venu d'abord, la nuit n'est venue qu'après. » Les livres sacrés des Persans nous montrent ailleurs Ahriman incapable de résister à Ormuzd : « Ormuzd prononça une fois la parole, et Ahriman eut le corps brisé de frayeur; il la dit deux fois, et Ahriman tomba sur ses genoux ; il la prononça vingt et une fois, et Ahriman fut accablé et sans force; et Ormuzd veilla sur son peuple. »

Le dualisme de Zoroastre n'est pas le dualisme grossier des Manichéens, il est réel cependant. La rivalité, même inégale, est une notion monstrueuse, qui ébranle les bases mêmes de la morale. On ne sait plus où l'on en est lorsqu'on voit le génie du mal procéder en droite ligne de l'Être éternel , puis prendre sa place d'emblée en face du dieu supérieur et bon. a Je parle clairement, dit Ormuzd; au commencement du monde céleste, il me dit : 0 toi qui es l'Excellence, Je suis le Crime. »

On peut essayer bien des explications subtiles; le Zend-Avesta, réduit à ses quelques pages à demi déchirées et qui n'appartiennent pas toutes à la même époque, prête admirablement aux dissertations; je me garderai d'y entrer. Admettons, c'est le meilleur parti, les interprétations les plus favorables : Ormuzd est supérieur à Ahriman ; lui seul est véritablement Dieu; il n'en demeure pas moins certain que le mal s'est posé dès la première heure vis-à-vis du bien ; le mal n'est pas Dieu, comme chez les panthéistes qui ne peuvent rien exclure de la substance universelle, mais le mal existe de plein droit en quelque sorte, Ahriman sort directement ainsi qu'Ormuzd du sein de Zervan-Akéréné.

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Ceci est énorme. Le problème du mal, quoi qu'on fasse, sera toujours le problème de la liberté. Si vous faites du mal une portion intégrante de Dieu comme le panthéisme, ou une émanation primitive de Dieu comme Zoroastre, la liberté morale est atteinte dans son essence. Ne soyez point surpris alors quand les hommes mauvais se placeront vis-à-vis des bons, de la même manière qu'Ahriman s'est placé vis-à-vis d'Ormuzd : le dieu mauvais et inférieur a ses peuples, puisque le dieu bon et supérieur a les siens; deux mondes rivaux surgissent, et les bons sont bons parce qu'ils sont d'Ormuzd, et les mauvais sont mauvais parce qu'ils sont d'Ahriman; la liberté, la conscience, n'ont rien à y voir. H y a deux principes primitifs, il faut qu'il y ait deux espèces d'êtres, deux races d'hommes: la race de lumière et la race de ténèbres.

Je ne connais qu'une solution de problème du mal qui maintienne la liberté, c'est celle qui met en jeu le libre arbitre. Dieu a créé des êtres libres et responsables, c'est-à-dire capables de choisir le bien ou le mal. Un libre choix introduit le mal sur la terre, un libre choix pourra ramener au bien.

Le Zend-Avesta lutte honorablement contre son propre système et cherche à mettre dans la morale la liberté qu'il n'a pas mise dans le dogme. Bien plus, il essaye aussi de la rétablir dans le dogme : certains passages du Zend-Avesta donnent à penser qu'Ahriman était originairement bon. — Y gagne-t-on grand'chose? J'en doute, pour ma part. Un Dieu qui devient mauvais par jalousie, c'est une déification du mal non moins effrayante à coup sûr que celle qui résulterait de la coexistence immédiate et primitive de deux principes ennemis.

Cette coexistence primitive s'accorde seule avec l'ensemble du système. Il y a un dualisme fondamental dans le Zend-Avesta : on y sent la lutte de l'agriculteur contre le pasteur, de l'Iran, terre bénie d'Ormuzd, contre le Touran, terre maudite d'Ahriman, qu'habite un affreux peuple tartare courant le pays avec ses troupeaux.

Le combat du bon et du mauvais principe forme tellement l'essence de la religion persane, que Firdousi, tout musulman qu'il est, s'en est constamment inspiré. Son Livre des Rois serait, au besoin, le commentaire naïf et fidèle du Zend-Avesta. On y verrait à quel point les traditions persanes sont dualistes.

Si nous conservions quelque doute, nous n'aurions qu'à considérer les déclarations du Zend-Avesta qui concernent le jugement et la vie future. La fin correspond au commencement ; un salut magique correspond à une influence non moins irrésistible du mauvais principe. Le libre arbitre, qui ne joue aucun rôle dans l'avènement du mal, n'en jouera aucun dans sa destruction. Dès lors, point de morale digne de ce nom; ici encore, comme dans le brahmanisme, comme dans le bouddhisme, comme chez Confucius, un principe de mort rendra inutiles les meilleures maximes. Il y a longtemps qu'on joue à ce jeu, faire des esclaves et leur dire : Soyez libres ! tuer les gens et leur dire : Vivez !

Le jugement prononcé sur les âmes après la mort est bien basé sur cette notion de responsabilité qui suppose le libre arbitre : les âmes pures peuvent seules passer le pont Tchinevad et entrer dans le paradis; les injustes sont précipités dans le Douzakh , dans l'abîme

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ténébreux d'Ahriman. Mais vient le jour de la résurrection universelle : chaque âme se revêt de son corps, un jugement solennel a lieu, les uns retournent au paradis et les autres en enfer ; le châtiment des uns et le bonheur des autres durent trois journées, après quoi s'accomplit la grande épuration par le feu.

« Tout homme passera parles métaux fondus, comme dans un bain de lait chaud, et sera purifié. De cette manière les darvands (damnés) aussi bien que les justes deviendront excellents et heureux, et tous ensemble, unis dans une même œuvre, feront un grand sacrifice à Ormuzd et aux Amschaspands. »

a Le plus méchant des darvands sera pur, excellent, céleste; oui, il deviendra céleste, ce menteur, ce méchant. Il deviendra saint, excellent, céleste, ce cruel.»

Ahriman, éperdu, sera saisi lui-même par la puissance d'Ormuzd, il sera plongé lui aussi dans le fleuve des métaux coulants. Et son impureté, brûlée par ces métaux, deviendra pure.

Ainsi Ahriman, les dews, les méchants, tout se transformera subitement sous l'action du feu, sans l'intervention du moindre agent de moralité et de liberté. Le contact du métal coulant produira en un instant ce que les grâces de Dieu et les luttes intérieures de l'homme n'ont pu produire.

Je ne crois pas que l'atténuation du péché et la négation de l'être moral aient jamais été poussées plus loin. Pas un mouvement de .conscience, pas un cri de repentir, pas même un appel au repentir; non, que le fleuve brûlant s'avance et le mal s'en ira comme il est venu, en dehors de toute libre détermination des êtres responsables! On se demande, en vérité, pourquoi, le

remède étant si simple, il n'a pas été employé plus tôt. A quoi bon ces préceptes du Zend-Avesta, quand le métal coulant doit suffire? A quoi bon cette longue mise en scène de principes ennemis, de race de ténèbres et de race de lumière ? Pourquoi ne nous donne-t-on pas bien vite le tableau final , la conversion universelle par le feu, la dévotion imprévue d'Ahriman et de ses dews, le sacrifice solennel offert d'un même cœur par les mauvais et par les bons ?

On me comprend, nul ne souhaiterait plus que moi l'abolition du mal ; si je proteste contre le coup de théâtre de Zoroastre, c'est que son fleuve brûlant n'anéantit pas seulement le mal, il anéantit la liberté.

La morale y périt aussi, cela va de soi, et c'est vraiment dommage, car le Zend-Avesta est rempli de préceptes qui ne sont pas seulement bons, mais énergiques. Au sein de cette atmosphère de lutte où nous font vivre les deux principes toujours aux prises, nous respirons une senteur de vie; on croirait volontiers que la liberté n'est pas loin. Il y a je ne sais quoi de viril et de vaillant dans ce bruit de guerre, dans ces sons répétés de la trompette sacrée qui appelle les hommes à combattre Ahriman et ses légions infernales.

La bataille n'est pas seulement au fond du cœur : la nature entière lui sert de théâtre; les travaux des champs sont une attaque dirigée contre les mauvaises plantes d'Ahriman ; la destruction des bêtes féroces est une victoire sur Ahriman.

Point d'élément ascétique chez Zoroastre. On sent bien, je le répète, que la Perse est le contre-poids de l'Inde; à peine sommes-nous encore en Orient. Au lieu

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des macérations, la joie et le travail ; au lieu du besoin d'échapper à l'existence, la vie acceptée comme un bien ; au lieu de la matière maudite, ia matière sanctifiée, car elle appartient à la création d'Ormuzd aussi bien qu'à celle de son rival.

Préoccupé de la guerre à faire au mal, le Zend- Avesta a un caractère essentiellement pratique qui nous transporte à mille lieues de ces gigantesques panthéismes où la conscience de la vie se perd avec celle de la réalité, où la divinité qui est tout finit par n'être rien, où les incarnations divines errent semblables à des ombres, où, écrasée par l'exubérance d'un monde fantastique, l'âme se penche vers le néant.

Ici, tout est réel, simple, tangible, dans le ciel et sur la terre. Le devoir est clair : il faut accroître l'empire d'Ormuzd et restreindre celui d'Ahriman. L'idée de la solidarité humaine se fait jour; ce serait la charité, si Zoroastre allait jusqu'au pardon des offenses et jusqu'à l'amour des ennemis.

Il va du moins jusqu'à la répudiation de cette béatitude égoïste où le brahmane aime à se plonger, ne songeant qu'à son salut personnel, se plaisant dans sa dévotion solitaire, oubliant ses frères pour hâter l'heure si désirée de son absorption en Dieu. Le Zend-Avesta renferme des prières pour les méchants; chaque fidèle implore leur conversion, celle des dews, celle d'Ahriman lui-même.

Lorsque je vois ces beaux préceptes, je m'explique les dignes guèbres et les honnêtes parsis dont les voyageurs nous racontent les vertus. Mais, d'un autre côté, je comprends que la morale de Zoroastre soit mieux obéie aujourd'hui par ses derniers représentants, assez

peu orthodoxes, qu'elle ne l'était à l'époque où le dogme, dans sa pleine vigueur, pesait sur les âmes et les empêchait de s'affranchir.

Non-seulement la morale de Zoroastre est privée de mobile, non-seulement aucun amour divin ne vient émouvoir le cœur des hommes, non-seulement on ne découvre dans le Zend-Avesta ni expiation, ni grâce, ni tendresses ineffables, il est trop certain en outre que le mal, qui y est sans cesse dénoncé, y est en même temps consacré. En présence d'un mal nécessaire, la conscience se trouble et s'obscurcit.

Le mal nécessaire, c'est la grande erreur, à la fois métaphysique et morale, de Zoroastre. — Quand Zervan-Akéréné eut engendré la lumière, les ténèbres naquirent nécessairement : elles étaient nécessaires pour limiter le bon principe, sans elles il n'aurait pas eu à lutter et à faire effort; le progrès aurait été impossible !

Ainsi le mal est la condition du progrès ; le mal est la condition du bien; Ahriman est la condition d'Ormuzd. Il faut le principe impur en face du principe pur, il faut des hommes impurs en face des purs, il faut des animaux impurs en face des purs, il faut des plantes impures en face des pures. Gela est parfaitement logique, et tout dualisme qui sait ce qu'il dit doit proclamer la nécessité du mal. Mais avouez que la morale est un peu compromise quand elle a la nécessité du mal pour corollaire.

L'état social qui procède de Zoroastre ne renferme pas beaucoup d'éléments de liberté.

Si la polygamie semble exclue au premier coup

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d'oeil, le couple primitif étant donné pour modèle, l'histoire nous apprend ce qu'étaient les harems persans1. Le Zend-Avesta est étranger sans 'doute aux tendances monastiques si naturelles à l'Orient; il ne veut pas plus du célibat que des souffrances méritoires, et par là, ainsi que nous l'avons remarqué, il pousse à la vie naturelle et simple, il développe certains instincts énergiques et semblerait propre à créer un peuple libre, Mais, d'autre part, que de causes d'asservissement !

Voyez les castes. Quoique les distinctions soient ici beaucoup moins profondes que dans l'Inde, puisqu'il n'y a pas un peuple conquérant et un peuple conquis, la division en quatre ordres existe néanmoins : l'ordre des prêtres, celui des guerriers, celui des agriculteurs, celui des artisans et des marchands. Tous sont de la même race, tous descendent du même couple, l'affreuse doctrine des préexistences ne vient pas creuser des abîmes entre ceux-là et ceux-ci; toutefois, un autre abîme a été creusé, c'est celui qui sépare la caste sacerdotale de toutes les autres. La Perse est assujettie à un gouvernement clérical.

Les origines du magisme sont demeurées obscures. Quelques-uns le considèrent comme un élément étranger qui se serait grèffé sur la religion et la civilisation persanes. Selon eux, la partie la plus ancienne du Zend- Avesta ne mentionnait pas les mages ; ceux-ci, d'origine chaldéenne et plus semblables à une tribu qu'à une

1. La polygamie marche ici avec l'inceste. Les témoignages historiques semblent prouver qu'un Persan pouvait épouser sa sœur, même sa fille ou sa mère!

caste, ne se seraient introduits qu'après la prise de Babylone par Cyrus.

J'ai vu cette hypothèse, je n'en ai pas vu les preuves. — Quoi qu'il en soit d'ailleurs, la Perse, telle que nous la connaissons, remet à la caste sacerdotale un pouvoir immense. Les mages sont les seuls savants1, en même temps que les seuls prêtres et les seuls interprètes des livres sacrés. La politique, l'administration, sont plus ou moins dans leurs mains. La religion et la législation étant inséparables (tout le monde païen en est là) , il ne se rencontre point d'acte qui ne devienne un acte religieux, jusqu'au cérémonial de la cour. Aussi les mages règlent-ils en maîtres la vie entière du roi, il faut qu'il les ait sans cesse à ses côtés.

Remarquons, en outre, que la caste des mages se subdivisait elle-même en trois classes : les apprentis, les maîtres, les maîtres accomplis. Ces derniers avaient seuls le droit d'offrir des sacrifices et des prières, de consulter l'avenir, d'interroger les astres et d'interpréter les songes.

Ceci nous ramène au côté grossièrement matériel du Zend-Avesta. Ces prêtres qui règlent la vie publique et privée, qui interviennent, sous prétexte de rites, dans les actions les plus indifférentes des citoyens, ont enveloppé la Perse d'un réseau de pratiques abrutissantes. Leur direction a enfanté toute une discipline: il y a des formules à réciter, des prescriptions incessantes à observer.

Il s'agit moins de se préserver du mal que d'éviter

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