‹ La liberté morale (volume 3)Chapitre 35 sur 196 · Isis et Osiris · texte numérisé non relu

Isis et Osiris

L'ÉGYPTE

sées dans la balance, les âmes se rendent, ou vers la portion de l'Amenthès réservée aux justes1, ou vers la portion réservée aux méchants et dont les cercles, qui rappellent ceux de Dante, présentent une effroyable variété de supplices.

C'est après avoir subi pendant un temps plus ou moins long les supplices de l'enfer, que les âmes méchantes sortent de l'Amenthès et commencent leurs transmigrations2.

Je donne cette explication comme probable et non comme certaine. En tout cas, la doctrine de l'autre vie ne pouvait être très-claire, puisque les historiens "sont si peu d'accord, et je ne saurais supposer qu'au travers de pareilles ténèbres et sous la menace des transmigrations, l'âme humaine pût prendre cette solide possession d'elle-même, ce sentiment d'une personnalité indestructible que réclame avant tout la liberté.

Soyons justes cependant, si confuses soient-elles, les notions que possède l'Egypte sur la vie future sont supérieures à celles que nous avons rencontrées jusqu'ici. La famille égyptienne est également supérieure- Bien qu'il lui manque une base dont l'importance est capi-

1. Les trépassés se rendent des témoignages de vertu que les fidèles monuments de l'Égypte nous ont conservés. — « J'ai donné à manger à celui qui avait faim; j'ai donné à boire à celui qui avait soif; j'ai vêtu celui qui était nu. » — Les règles de la charité n'étaient pas inconnues, on le voit, à la vieille Égypte.

2. Les dernières découvertes semblent établir que les méchants finissaient par être anéantis, tandis que les justes ne parvenaient au bonheur définitif auprès d'Osiris qu'après s'être purifiés au travers de nombreuses épreuves.

taie, quoique la propriété des terres soit réservée aux rois et aux prêtres1, cependant elle est debout. Autant qu'on peut le savoir d'après les papyrus, Hérodote ne s'est pas trompé quand il a dit : « Les Égyptiens n'ont qu'une femme chacun, comme les Grecs. » La situation des femmes était plus relevée chez eux qu'elle ne l'a été en général chez les anciens : plusieurs figurent dans les inscriptions en qualité de reines, bien plus, en qualité de prêtresses. Certains rituels ne vont-ils pas jusqu'à nous montrer des maris égyptiens jurant obéissance à leur femme !

Quoi qu'il en soit, la famille égyptienne paraît avoir été pure et bien réglée. C'est avec la conquête persane et plus tard au contact des Grecs que commence la corruption monstrueuse qui a compromis la bonne renommée des Égyptiens de toutes les époques. On sait ce qu'a été sous ce rapport la dynastie des Ptolémées : Cléopâtre n'est pas la première qui ait eu pour maris ses frères enfants 2.

Nous en savons assez maintenant pour pouvoir nous

1. Sous tous les régimes et dans tous les temps le même fait s'est reproduit en Égypte, sous les Ptolémées, sous les sultans, sous les mamelouks et sous les vice-rois, comme sous les Pharaons.

2. Au moment où j'écrivais ceci, un cours donné à Genève par M. Mathey, et que n'oublieront pas ceux qui ont eu le privilège de l'entendre, racontait cette vie domestique des Égyptiens qui est écrite partout sur les bords du Nil et notamment dans les chambres de Béni-Hassan. Là, des bas-reliefs, que tous les voyageurs ont admirés et qui remontent, dit-on, à deux siècles avant Abraham, nous montrent un peuple aussi raffiné que nous pouvons l'être nous-mêmes. Je ne parle ni des bijoux, ni des faux cheveux, ni

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représenter ce qu'était la liberté morale de l'ancienne Egypte. Un mot dit tout : l'Egypte est, plus que l'Inde elle-même, le moyen âge de l'antiquité.

Sous le poids d'un gouvernement de prêtres, en face d'une langue hiératique, d'une religion insondable qui avait des allégories grandioses pour les initiés et des fétiches pour le peuple, au seuil d'une éternité non moins mystérieuse, privés de la propriété foncière dont le pharaon et les prêtres s'étaient réservé le monopole1, subissant un despotisme royal sans autre limite que le sacerdoce, les Égyptiens n'ont pu faire qu'une chose, durer.

On se sent consterné du spectacle de cette immobilité dans la servitude, M. Michelet va trop loin quand il dit : « Le plus grand monument de la mort sur ce globe est certainement l'Egypte; » mais je conviens qu'elle éveille des pensées de mort. Lorsqu'on sort des tombeaux de Thèbes ou des pyramides de Memphis, on se dit qu'on vient de voir les monuments les plus égyptiens de l'Egypte.

Sa réputation de sagesse n'est-elle pas surfaite? Pythagore, Platon, ont visité l'Egypte ; d'accord, et leur triste métempsycose ne montre que trop ce qu'ils en ont rapporté. Le fait est qu'on a beau déchiffrer les papyrus, on ne découvre rien de merveilleux. Les

des carrosses; je parle des habitudes polies qui semblent régner, de la liberté pleine de grâce avec laquelle les femmes non voilées prennent place à table auprès des hommes empressés à leur témoigner une déférence de bon ton.

1. La Bible elle-même constate que quand Joseph assura au roi la propriété de toutes les terres d'Égypte, il fit une exception en faveur du clergé. (Voir Genèse, xlvii, 22 et 26.)

hiéroglyphes n'ont d'autre mérite que leur obscurité1. Plus indigents en littérature que les Chinois euxmêmes, les Égyptiens, qui avaient des chants, n'ont rien produit qui ressemblât le moins du monde aux grandes épopées de l'Iade et de la Perse.

\. C'est un pauvre système d'écriture, dans lequel le môme signe représente successivement un objet, une idée, et quelquefois une lettre.

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