‹ La liberté morale (volume 3)Chapitre 36 sur 196 · UN MOT SUR LA JUDÉE · texte numérisé non relu

UN MOT SUR LA JUDÉE

Il me reste à parler d'Israël. Si j'ai prouvé tout à l'heure1 ses inclinations polythéistes, il n'est que plus nécessaire d'indiquer la cause puissante en vertu de laquelle le culte du Dieu, unique a fini par prévaloir chez lui, malgré lui. L'indiquer, ai-je dit; quant à l'élude complète d'un fait aussi considérable, je ne pourrais l'entreprendre sans dépasser de beaucoup les bornes que je dois m'imposer. Ma foi mémo à l'action directe de Dieu chez les Israélites m'empêche de traiter cette histoire comme une autre et de m'y appesantir.

Il est une cause de servitude que nous avons rencontrée partout dans l'Orient antique : la suppression de la personnalité, au ciel et sur la terre. Nulle part le Dieu vivant; nulle part, et le second fait se rattache au premier, nulle part l'individu, l'homme en possession de son moi, de sa croyance, de sa pensée et de sa vie.

Il en va tout autrement en Judée. Gela repose le

i. Au chapitre vi.

cœur, de se sentir enfin en présence d'an Dieu père et créateur, d'un Dieu libre, d'un Dieu qui se révèle, d'un Dieu qu'on prie, qui aime et qu'on aime. Après ces dieux suprêmes sans intelligence et sans conscience d'où procédaient toutes choses par la voie d'une émanation nécessaire, après le Nirvâna du bouddhisme, après le « Ciel » de Confucius, après le dualisme des Persans, après les cultes allégoriques et les fétiches de l'Egypte, après les polythéismes sémitiques, après les dépravations religieuses de Babylone et de Tyr, qui ne sentirait le prix inestimable du trésor dont Israël seul a été le gardien, la notion de Dieu? Quiconque ouvrira Moïse après avoir ouvert le Zend-Avesta ou les Védas éprouvera l'impression d'un homme qui a traversé une nuit obscure et qui voit venir le jour.

Dieu explique seul Israël. L'histoire entière de ce petit peuple repose sur ceci, que seul pendant de longs siècles il a prononcé ici-bas le nom de Dieu. Le nom de Dieu, c'est celui du père qui est au ciel.

Où il y a un père, il y a des enfants. Gomment dire l'importance de ce grand fait? Voici des hommes qui cessent d'être une foule, pour devenir des individus : ils se sentent une âme, ils ont une foi personnelle, une responsabilité personnelle; la liberté morale s'éveille en eux.

Je ne prétends pas certes que la liberté morale ne se soit jamais montrée au sein des autres nationalités : la conscience était là en dépit de tout; et le Père céleste, qui n'oublie aucune de ses créatures, était là aussi ; l'action, la lutte morale, l'effort vers la lumière et vers le bien, le besoin du pardon, du secours, du progrès, de l'éducation personnelle, la vie de l'âme en un mot,

n'ont jamais cessé nulie part, Dieu merci, d'une manière absolue. Mais où trouver des accents comparables à ceux des psaumes d'Israël?

« Que l'Eternel te réponde au jour où iu seras en détresse! Que le nom du Dieu de Jacob te mette en une

haute retraite! La délivrance faite par sa droite est

avec force. Les uns se vantent de leurs chariots et les autres de leurs chevaux; mais nous nous glorifions du nom de l'Éternel notre DieU i.

« L'Éternel est mon berger, je n'aurai point de disette. Il me fait reposer dans des parcs herbeux et me mène le long des eaux paisibles. II restaure mon âme -et me conduit, pour l'amour de son nom, par des sentiers unis. Même quand je marcherais par la vallée de 'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal ; ton bâton et ta houlette sont ceux qui me consolent 2U

« L'Éternel est ma lumière et ma délivrance; de qui aurais-je peur? L'Éternel est la force de ma vie; de qui

aurais-je frayeur? Mon cœur me dit de ta part :"

Cherchez ma face. Je chercherai ta face, ô Éternel. Ne me cache point ta face, ne rejette point en courroux ton serviteur. Tu as été mon aide, ô Dieu de ma délivrance, ne me délaisse point et ne m'abandonne point. Quand mon père et ma mère m'auraient abandonné, toutefois l'Éternel me recueillera 3. »

« Oh! que bienheureux est celui de qui la ».ansgression est pardonnée et dont le péché est couvert! Oh! que bienheureux est l'homme à qui l'Éternel n'impute

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