‹ La liberté morale (volume 3)Chapitre 61 sur 196 · Histoire de France · texte numérisé non relu

Histoire de France

LA GAULE. '297

ce morcellement que la centralisation romaine n'a pas encore attaqué, parmi ces clientèles militaires, parmi ces amitiés héroïques et chaleureuses, au bruit de ces expéditions et de ces aventures , dans ce tumulte des guerres sans fin, dans cette agitation d'une société mal réglée, très-vivante et très-bruyante, vaniteuse et dévouée, passionnée de distinctions et méprisant la mort, il est impossible de ne pas rêver de croisades et de castels. La ressemblance s'achève lorsqu'on découvre le rôle immense réservé au clergé : ceci demande quelques détails.

M. Martin le fait remarquer, le sacerdoce gaulois est unique dans l'histoire; il ne constitue ni une caste héréditaire comme dans l'Inde et dans l'Egypte, ni une simple fonction politique se rattachant aux magistratures comme en Grèce et à Rome. C'est un vaste corps qui se recrute librement parmi les chevaliers et les hommes libres, absorbant ainsi toute la partie instruite de la nation.

Le clergé gaulois est immense; une sorte d'hérédité se joignant à l'élection, les familles sacerdotales finissent par former un peuple à part qui gouverne le peuple laïque. La hiérarchie ecclésiastique est parfaitement réglée : au-dessus des simples prêtres (ovates) et des bardes qui , exemptés d'impôts et ne portant pas les armes, vivent d'ailleurs de la vie ordinaire dans les bourgades ou dans les camps, apparaissent les druides qui se cachent au sein des forêts et sans lesquels le culte ne peut se célébrer. Après avoir rempli leurs fonctions sacerdotales, ceux-ci se retirent dans leurs cellules, tantôt solitaires, tantôt plus ou moins groupées

comme elles l'étaient près de Chartres et près d'Autun. Le corps entier est dirigé par un druide suprême, élu par le clergé et revêtu pendant toute sa vie d'une autorité absolue1.

Les druides, ou hommes du chêne2, formaient donc au milieu des forêts majestueuses qui couvraient alors la Gaule et où s'accomplissaient les cérémonies les plus solennelles du culte, une nation à part, supérieure à la nation laïque, étrangère à sa vie, possédant le monopole des lumières, dispensée des occupations et des charges communes.

Les druidesses ont aussi des fonctions sacerdotales. Il est des temples où elles seulent peuvent entrer et accomplir les cérémonies. Elles consultent les astres, elles révèlent l'avenir. Plus cruelles que les hommes, elles semblent prendre plaisir à égorger elles-mêmes les victimes humaines et à interroger leurs entrailles palpitantes.

Nous sommes en pleine théocratie. Le clergé gaulois est revêtu d'une vaste autorité politique. C'est lui qui garde le trésor national et les enseignes militaires ; c'est lui qui sanctionne les actes civils; c'est lui qui juge. A certaines époques de l'année, les druides se réunissent en cour de justice. A d'autres moments, ils siègent dans les divers sénats dont ils font naturellement partie. Leur influence s'exerce sur le choix des fonctionnaires ; elle décide surtout de la guerre et de la paix.

II va sans dire que l'instruction de la jeunesse (de la

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