II Corinthiens, x
Les forteresses tombent en effet l'une après l'autre. Devant cet Évangile qui n'a pas, notez-le, prononcé un seul mot sur les questions politiques ou sociales, qui s'est même abstenu d'attaquer directement l'esclavage, toutes les législations sont obligées de se transformer. Il faut que les Ulpien et les Papinien se préparent, il faut que Justinien vienne refaire les lois de l'Empire. Rien de ce qui était bon hier ne peut servir aujourd'hui, cette société nouvelle réclame des codes nouveaux. L'esclavage, qui n'est pas attaqué, se sent frappé de mort ; les combats de gladiateurs deviennent impossibles et le sable des arènes refuse de boire le sang ; la constitution de la famille se métamorphose, le divorce recule, l'abandon des enfants se fait rare en attendant qu'il soit puni, les droits atroces du pater familias disparaissent un à un, la femme reprend la place que Dieu lui avait donnée : « une aide semblable à toi. »
La révolution chrétienne ne se serait point bornée là, si le principe païen n'avait repris vie, s'il n'était parvenu à entraîner le christianisme lui-même dans les voies de la nationalité religieuse, de la croyance héréditaire et obligatoire, de la contrainte et de ^persécution. Les deux domaines, si nettement séparés par Jésus-Christ, ne tardent pas, hélas ! à se confondre ; le paganisme est immortel.