CHAPITRE IV
Lorsque Jésus se leva pour parler dans la synagogue de Nazareth, il déplia le rouleau du Livre et lut ces paroles : « L'Esprit du Seigneur est sur moi , parce qu'il m'a oint. Il m'a envoyé pour év.angéliser aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur froissé, pour publier aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour mettre en liberté ceux qui sont foulés et pour publier l'an agréable du Seigneur. » Puis, ayant ployé le Livre, il s'assit.
Une autre fois, il se tenait au milieu des Juifs dans le temple de Jérusalem. « La vérité vous rendra libres, » s'écria-t-il. — Les Juifs s'indignèrent. « Nous sommes la postérité d'Abraham , et jamais nous ne fûmes esclaves de personne; comment donc dis-tu: Vous serez libres? » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous dis que quiconque fait le péché est esclave du péché. Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison, l'enfant y demeure toujours. Si donc le Fils nous affranchit, vous serez véritablement libres. »
Cette parole est si vraie, si profonde, qu'on pourrait,
on devrait peut-être en faire le point de départ de toute étude sur la liberté. 11 n'y a de libertés vraies que celles qui ont été puisées à cette source. De quelle indépendance il est revêtu, l'affranchi de Christ! Il se voit aimé, pardonné, gardé ; il se sent appelé à la sainteté, il a commencé à sortir du noir cachot de Fégoïsme, il respire l'air pur, il marche à la lumière du soleil, il cherche les choses qui sont en haut, il est près de s'écrier avec Paul : « L'esprit de vie m'a affranchi de la loi du péché et de la mort. » Pour lui se réalise la belle parole : « Où est l'Esprit du Seigneur , là est la liberté. »
J'en ai connu de ces vies devenues heureuses parce qu'elles ont enfin un but , de ces vies consacrées et transfigurées, où le devoir accompli humblement, la charité la plus touchante exercée sans bruit, la joie incomparable d'appartenir à la justice et à la vérité forment un vivant commentaire de l'Évangile el font comprendre ce qu'il y a de sagesse dans la folie de la croix, ce qu'il y a de liberté dans le service de Dieu.
Essayez de compter les libertés qui sont contenues dans cette liberté ! Que de tyrans dont le joug est rompu et contre lesquels nous entrons en révolte ! le péché d'abord, le plus terrible de tous. On sait le mot de Luther : « Je redoute mon cœur. »
Affranchis de la tyrannie du mal, nous le sommes aussi de celle du monde, nous regardons plus haut que ses approbations et ses succès. Affranchis des inquiétudes et des rongements, car nous sommes dans les mains de Dieu , affranchis des mauvaises joies et des mauvaises douleurs , des joies corruptrices et des
m DE L'AFFRANCHISSEMENT MORAL.
douleurs découragées, nous allons en hommes libres à la rencontre de la mort, qui n'est plus « le roi des épouvantements ; » nous marchons en hommes libres dans la vie devenue belle, belle par ses devoirs, belle par son but; et plus nous avançons, plus tombent nos dernières chaînes, celles de l'égoïsme. Le Libérateur divin achève son œuvre en nous délivrant de nous.