‹ La liberté morale (volume 3)Chapitre 8 sur 196 · LES DÉBUTS DE NOTRE RAGE · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE NOTRE RAGE

nos devoirs envers lui vient apporter à la liberté morale des Aryas un secours dont elle aurait grand besoin après tant de blessures. L'idée d'une vérité religieuse, opposée à Terreur et obligeant la conscience, n'est pas même soupçonnée par eux. Ils pratiquent naïvement la religion du pays, la religion de la famille. Dans chaque maison le père exerce une sacrifîcature ; il compose et chante les hymnes sacrés, il construit un autel, il présente des offrandes au feu, en son nom, au nom de sa femme et de ses enfants.

Il y a bien là une croyance nationale et absolument impersonnelle, mais- il y a une croyance. Aussi le principe païen, car c'est bien lui, n'a-t-ii pas encore pris sa forme la plus funeste. Je vois chez les ancêtres de notre race l'hérédité religieuse, l'acceptation docile des traditions, la pratique des rites ; je ne vois pas l'indifférence à la vérité. S'ils ignorent ce labeur de l'âme par lequel elle cherche, elle choisit, elle s'approprie, ils ignorent pareillement la dégradation de l'âme qui dédaigne assez les dogmes pour les placer sous la dépendance de la loi, qui professe ce qu'elle ne croit pas, qui vénère ce qu'elle méprise, qui fait acte d'hypocrisie officielle et de nîensonge civique, qui descend enfin jusqu'à admettre qu'il n'y a ni vrai ni faux et qu'il est naturel qu'en passant la frontière on trouve d'autres dieux, une autre doctrine, une autre vérité.

En ceci comme en tout, les Aryas ont possédé l'innocence relative des enfants. Ce sont les débuts de notre race, débuts obscurs et que je n'ai garde de décrire plus clairement que je ne les vois *. La famille est encore à

1. Grâce au livre important de M. Pictet, les profanes peuvent pénétrer dans le sanctuaire de nos origines.

peu près intacte, bien que les fortes tendresses paraissent y manquer ; le culte naturaliste n'a encore abouti ni au panthéisme, ni à l'idolâtrie, ni au polythéisme proprement dit; le territorialisme religieux ne ressemble encore qu'à demi à ce meurtrier des âmes, à ce despote du monde antique qu'on nomme le principe païen.

Tel est le pays des ancêtres. Quittons-le maintenant pour visiter tour à tour les grandes civilisations de l'Asie et de l'Europe.

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