LES DÉBUTS DE NOTRE RACE
nos origines *. La vie pastorale qui y est décrite semble être antérieure à la dispersion des Aryas. Elle a un caractère de simplicité vraiment antique que nous ne saurions méconnaître. C'est donc là, par delà toutes les civilisations et toutes les littératures, parmi les récits épiques, parmi les litanies d'un recueil dont la langue n'est pas encore le sanscrit, que nous devons rechercher quelques indications, nécessairement vagues, sur les mœurs et les croyances de nos pères, ou tout au moins des peuplades qui s'en rapprochent le plus.
Bien que je sois décidé à ne pas séjourner longtemps au sein de ces demi-lueurs qui ont trop de ressemblance avec la nuit et à laisser les conjectures pour me hâter vers les certitudes historiques, je considère comme un devoir de signaler deux ou trois points qui sont clairement établis.
Et d'abord, ceci est essentiel et distingue les Aryas des peuples qui vont leur succéder, ils possèdent encore la famille. Rien n'indique que la polygamie ait pénétré chez eux. Les hymnes védiques parlent avec honneur du mariage; ils nous montrent la femme à sa vraie place, épouse, mère, gouvernant sa maison que garde le chien fidèle et où abonde le lait des troupeaux. Ce respect des femmes, l'antiquité païenne Ta bien peu connu! Il faut traverser l'Asie et l'Europe, il faut venir jusqu'aux bords du Rhin et de l'Elbe pour retrouver quelque chose de la pureté primitive. Ainsi , aux deux extrémités du monde ancien, chez le peuple pasteur
4. La composition des Védas semble pouvoir être fixée aux environs du xvie siècle avant J.-C.
des montagnes asiatiques et chez le peuple guerrier des forêts allemandes, la famille apparaît.
Elle n'est point parfaite, tant s'en faut ; c'est elle cependant, et cela suîiit: la liberté morale possède un sûr refuge. Au milieu des Aryas comme au milieu des peuplades germaniques, l'individualisme a certainement relevé la tête, le nivellement complet des âmes n'a pu s'opérer.
Mais si la famille subsiste, que sont devenues les croyances ?
La personne humaine ne survit guère à la personne divine, et la liberté habite rarement la terre lorsqu'elle est exilée du ciel. Or, quelle est la religion des Aryas? Tantôt les hymnes védiques semblent indiquer un culte adressé à certains génies bienfaisants et malfaisants, tantôt on croirait y voir un grossier fétichisme : prosternés devant le feu Agni1, qu'ils ont engendré en frottant deux morceaux de bois, nos ancêtres rappellent qu'ils ont fait ce qu'ils adorent.
A tout prendre cependant, le naturalisme domine. Les prières et les hommages s'adressent aux forces de la nature, à l'eau, à la terre, à la lumière ; le culte des éléments a commencé.
Avec le Dieu vivant, l'âme vivante s'est effacée. Les regards de l'homme s'abaissent tristement vers le sol. Aucune pensée d'immortalité ne semble consoler son cœur lorsque la mort frappe un de ses bien-aimés. Il ne sait alors que prononcer ces lugubres paroles: «Terre, recouvre-le ! »
Inutile de demander si le sentiment du vrai et de
i. Ignis des latins.