LE CIEL
Notre ciel fait notre terre et la vie actuelle est tille plus qu'on ne le croit de la vie à venir. Nous l'avons vu, partout où la mort amène à sa suite l'absorption, la métempsycose ou le néant, les horizons se ferment et se resserrent; c'est comme la voûte d'une prison qui se scelle au-dessus de notre tête. Notre personnalité précaire et qui va périr semble être devenue dès à présent moins réelle; et l'on sait ce qu'il advient de la liberté lorsqu'on ôte l'individu !
Le ciel de l'Évangile est une éclatante proclamation de l'individualisme. L'identité personnelle y éclate; elle sert de base au jugement, elle se maintient intacte dans l'éternité. Je parle du ciel de l'Évangile et non de celui de la tradition ; si nous consultons le Paradis du Dante au lieu d'ouvrir le. Nouveau Testament, il est certain que nous trouverons là quelque chose qui, sans aller jusqu'à l'absorption orientale, s'éloigne beaucoup du bonheur promis aux rachetés sur « la nouvelle terre où la justice habite *: »