CHAPITRE PREMIER
l'église
Toujours au pas de course, car développer ce serait gâter, je poursuis le dénombrement des libertés que contient l'Évangile. L'Église est une des plus grandes; beaucoup d'autres se rattachent à elle, et à mesure que nous la connaîtrons mieux, nous admirerons davantage les merveilles que Dieu avait renfermées dans cette institution, et que nous avons ignorées pendant des siècles, parce que nous nous étions écartés du simple modèle apostolique.
Je réserve pour mon second traité, consacré à la liberté sociale, l'examen des grands problèmes ton-
chant au domaine de la politique , qui se poseront alors naturellement. Aujourd'hui je veux me borner à rappeler le trait fondamental qui caractérise l'Église.
Ce trait, c'est l'adhésion individuelle. Vis-à-vis du principe païen et de ses religions nationales, Jésus- Christ a créé une société fondée sur l'individu. Point d'hérédité, point de contrainte ; l'Église est l'armée de volontaires de Jésus-Christ. A quiconque sent son cœur touché, à quiconque passe de la mort à la vie et des ténèbres à la lumière, à quiconque demande en vertu de sa foi propre à entrer dans l'Église, l'Évangile répond comme Philippe à l'eunuque : « Si tu crois de tout ton cœur, cela t'est permis. »
Sans aborder la question du baptême ou celle des rapports de l'Église et de L'État, il est permis de constater que Jésus-Christ remplace la circoncision nationaledes juifs par le baptême personnel des chrétiens; qu'il institue une société religieuse qui ne coïncide plus avec aucun peuple ; qu'il y appelle tous les convertis de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi; qu'il établit la distinction radicale du citoyen et du croyant ; qu'en un mot la liberté et la liberté seule est chargée désormais de recruter ce corps des fidèles dont on ne doit faire partie désormais ni par droit de nationalité ni par droit de naissance
1. Sur le caractère individuel de la foi, voyez Mathieu, m, 8 à 10; x, 14, 32, 38; xi, 20, 28; xxm, 37; Jean, i, 12, 13; m, 10, 18; Marc, xvi, 16; Romains, h, 0; xiv, 12; Galates, vi, 5; Êphésiens, vi, 8; etc., etc.
Voyez aussi, 1 Pierre, m, 21 , qui établit que le baptême qui sauve est « l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu. » Remarquez enfin que l'Écriture ne nous rapporte pas un seul