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La liberté morale

La partie historique de notre travail est terminée^ notre voyage au travers'du monde antique nous a con^ duits jusqu'à rÉvangile, c'est-à-dire jusqu^à la grande doctrine de liberté. Laissons naaintenant le passé et occuponsHfious de nous-mêmes. Où en est notre indépendance morale ? Quels obstacles rencontre-telle ? Quels secours faut-il lui apporter? Et d'abord, n'avons-nous pas aujourd'hui nos doctrines de servitude? Le principe libérateur n'est-il pas attaqué et compromis ? Telles sont les questions que Je voudrais aborder.

Parmi 1^ doctrines de servitude, la négation de la

conscience occupe le premier rang. Obéir à la conscience, accomplir le devoir, appartenir à la justice, voilà la liberté par excellence. Qui fait cela est maître chez lui. Qui .a ce maitre-là, la conscience, n'en a pas d'autres.

Mais nous avons les autres quand nous n'avons pas celui-là. Sans le devoir, l'indépendance morale s'évanouit ; il devient même impossible d'en concevoir l'idée. Gomment comprendre l'indépendance morale, s'il n'y a pas de morale? Et comment comprendre la morale, s'il n'y a pas de devoir, si le bien et le mal, le juste et l'injuste sont des imaginations fantastiques ne correspondant à rien de réel? Olez la conscience, la lutte intérieure cesse, l'éducation personnelle s'interrompt, l'homme ne résiste à aucune tyrannie ; nous voilà tous courbés.

J'ose à peine me demander ce que serait une génération élevée dans cette conviction desséchante : il y a des plaisirs et des peines, il n'y a pas de devoirsl — Ceux qui disent cela ne le croient qu'à moitié, parce qu'ils ont nécessairement commencé par croire toute autre chose et par respirer un tout autre air. On reste de foi instinctive à la conscience les défend encore contre leur propre doctrine. Ceux que rien ne défendrait et qu'envahirait pleinement la théorie négative seraient tour à tour les pires des esclaves et les pires des tyrans.

La triste théorie dont je parle a été formulée par Montaigne. Écoutez-le : « Les lois de la conscience, que nous disons naître de la nature, naissent de la coutume. » Selon lui, les règles de la justice ne sont

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