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LES VIES TRANSFIGURÉES

le Grand, d'un Pierre le Grand, d'un Frédéric le Grand, d'une grande Catherine? Quel est le rang des pauvres grands esprits esclaves? Je me borne à poser la ^question.

Il est des heures où la réalité nous apparaît tout à coup. Colbert mourant prend en dégoût son pouvoir, sa renommée, sa faveur, et son roi par-dessus le marché. « Qu'on ne me parle plus de cet homme ! » 11 vaudrait mieux s'apercevoir de cela un peu plus tôt et découvrir à temps que les hautes ambitions sont celles de rame et que tout le reste auprès est étrangement mesquin.

Quiconque a examiné de près quelques-unes de ces vies sur lesquelles la liberté morale a mis son glorieux sceau, aura été émerveillé de voir ce que, dans la situation même la plus humble, un seul homme parvient à accomplir de bien et à exercer d'influence, lorsqu'il a un but, des convictions et du courage. On ne saura jamais assez quelle est la puissance des vrais honnêtes gens et ce dont sont capables ici-bas la bonté, le désintéressement, la droiture, la dignité, en un mot l'indépendance.

En vérité, nos désirs ne sont pas assez vastes, nos aspirations sont trop bornées, notre soif de succès est trop faible, nous visons trop bas en fait de grandeur comme en fait de bonheur. Que ceux qui veulent des grandeurs viennent : il y en a ici pour tout le monde, et le privilège n'en est réservé ni aux situations hors ^ne, ni aux éducations excef)tionnellés, ni aux natures d'élite. Rien d'aussi démocratique que la liberté morale; elle ofire aux plus déshérités une opulence, aux plus opprimés une puissance, aux plus misérables une féiin. 30

63t HOMMES LIBRES,

cité, â tons des gauvernements^ des souvctamelés^ des conquêtes» la possession de soi ao dedans, VéntË^ et la dignité w dehors. Elle feit des ciloyeiis de làr-teat qui sont aussi d*ici-bas. Elle nous apprend à trarerser sans fléchir les épreures de la destinée terrestre, en attendant que Tau-ddà s'onTre devant nous^

Quan^ BOUS aur(Mi& eafta des aîlea.

Que noua puissions nous poser là».

Au delà!

Au delà^

Dans la mesure 4e mes farces, j'ai parcouru le vaste champ où nous sommes entres . A chaque pas que nous avons Cait nous avons mkux vu cette vërité fondamentale : ii y a une chose plus funeste que la servitude, Tesprit ée servitude ; il y a une chose plus précieuse que la liberté, Tesprit de liberté. En dehors de Tesprit 4e iiharté, aucune liberté ne vivra jamais.

Phraseurs que nous sommes, nous proclanK>ns et nous dédamoosiiQcessaniment des recettes infaillibles de liberté. Il en est une demi-douzaine à ma connais- ^nce que nous avons entendu vanter de nos jours : affranchissement par la science, aifranchissement par les machines, affranchissement par Téconomie politique, affranchissement par les institutions. — Je respecte fort la scka^e; l'indépendance vit de lumière et appelle la lumière, Je tiens en jgrande estime les maehines; elles peuvent aider puissamment à recoa-

stituer la famille ouvrière, après avoir aidé à la démolir. J'aime Téconomie politique en vieil adepte d'Adam Smith ; mieux que les congrès de la paix, elle réussira -peut-être à libérer ces millions d'hommes que nous tenons au port d'armes et elle servira la cause libérale en afiaiblissant les antagonismes nationaux. Enfin, je n'ai pas la sottise de traiter les institutions avec dédain ; si elles ne peuvent pas [tout, elles peuvent énormément, soit pour activer, soit pour ' ralentir les progrès de la liberté.

Mais ceux-ci dépendent de causes bien plus profondes. Avec les meilleures institutions de la terre, quand les âmes sont médiocres et quand les caractères sont abaissés, la liberté, quoi qu'on fasse (et on aura raison de faire beaucoup), ne subsistera pas longtemps. Quand, au contraire, la liberté intérieure est là, la liberté extérieure vient bientôt à son tour, quoi qu'on fasse aussi; tout ce qu'on entassera devant eUe afin de l'arrêter, les lois et les décrets, les forteresses et les régiments, tout ploiera sous sa marche victorieuse.

Parmi les faits qui se produisent aujourd'hui, un seul me fait peur, l'affaiblissement de la conscience publique ; le reste n'est rien en comparaison ; là est le mal, là doit être appliqué le remède. Que les amis de la liberté se le disent ; en présence de la crise qui s'approche et dont nul ne contestera la gravité, si nous voulons que le despotisme ne l'emporte pas, il faut que nous cultivions les forces de l'âme. Ayons des consciences et nous aurons des indépendances; ayons

des hommes libres, et nous aurons des peupleç libres^ On voit par quel étroit lien l'étude que nous, venons d'achever se rattache à celle que nous entreprendrons plus tard et à laquelle Je vais maintenant me consacrer tout entiei

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