‹ La liberté moraleChapitre 21 sur 122 · CHAPITRE PREMIEB · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEB

SOUBGB PROFONDS DES SERVIfUDBS

Il importait de signaler et déjuger les doctrines de servitude; mais si nous nous en tenions là, nous n'aurions rien fait. Par delà les doctrines il y a autre chose ; les idées fausses n'expliquent pas tout; je dis plus, elles ont besoin d'être expliquées elles-mêmes, car si elles sont cause elles sont aussi effet. Qui les a produites? qui les fait accepter?

11 n'est pas si simple de nier la conscience, ou la vérité, ou le libre arbitre, ou le Dieu vivant. Pour admettre le fatalisme de l'histoire ou celui de la vie privée, pour se croire machine et ne plus sentir en soi l'action responsable de la volonté, pour se contenter de la morale indépendante, pour descendre jusqu'à la

morale des utilitaires ou des épicuriens, pour adhérer aux thèses monstrueuses du positivisme, du matérialisme et du panthéisme, il faut obéir à quelque chose qui s'appelle la corruption du cœur de l'homme.

La corruption du cœur explique seule la perversion des idées. L'homme déchu, qui tient à écarter le devoir et à se soustraire aux luttes douloureuses contre le péché, est capable de tout, même de se précipiter dans l'esclavage ; afin de n'être plus responsable, il consentira à ne plus être libre. La liberté devient son grand ennemi : il ne veut la rencontrer ni dans le ciel ni sur la terre. Parlez^lui d'une matière éternelle, de lois éter- ^ nelles, d'évolutions éternelles; réduisez Dieu à n'être que la substance éternelle qui se transforme sans fin, il n'aura garde d'y contredire. En vain sa conscience, cet hôte incommode, fera-t-elle entendre ses protestalions, l'homme trouvera bon d'être esclave, pourvu que l'esclavage règne partout dans l'univers.

Esclave, il l'est, et nous devinons maintehant pourquoi. Par delà les doctrines de servitude nous entrevoyons les causes de servitude. Je devrais dire : la cause, car s'il y a plusieurs manifestations du mal en nous, le mal a cependant son unité. C'est à cette profondeur qu'il est indispensable de creuser , lorsqu'on tient à découvrir la source commune d'où jaillissent incessamment et les doctrines serviles, et les sentiments serviles, et les actes serviles. C'est au cœur même qu'il faut regarder; les cœurs d'esclaves font les vies d'esclaves ; et les cœurs d'esclaves ce sont les cœurs corrompus.

Qui nous corrompt, nous asservit. Il y a longtemps que les despotes s'en doutent et qu'ils énervent les

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