L'AMOUR DB L'ARGENT
brillant des industriels ou le plus habile des agriculteurs ; si sa vkée se borne à gagner de l'argent et à entrer dans la terre promise du grand luxe, s'il n'y a dez lui aucune poursuite désintéressée du progrès, aiCBûe chaiide tendresse, aucun devoir, il vous sera impossible de ne pas plaindre un cœur descendu aussi bas. La moindre âme éprise d'idéal vous semblera, et avec raison , mille fois supérieure à ce pauvre riche. Fût-il, paivdessus le marché, un inventeur, un génie, vous ne parviendrez pas à voir en lui autre chose que fc très-humble serviteur» le serf corvéable et taillable de l'argent.
AujounThuî la question d'argent est partout, à notre boBte. Dans la littérature comme dans la vie, dans les drames et dans les romans comme dans les relations «ociales, elle tient le haut bout. Le rêve de la mère auprès du berceau de son nouveau-né, le rêve de la jeune fille au matin de la vie, è'est un hôtel, des voitures, des chevaux de prix, nn luxe bien apparent, qui se constate aux yeux de tous. Car il s'agit moins d'en jouir que de l'étaler; ou plutôt la jouissance consiste justement dans l'étalage.
Qu'aucune pensée de devoir n'entre là-dedans, cda va sans dire. L'idée que nous sommes responsables, que nous sommes moins propriétaires qu'administrateurs, que notre fortune nous est prêtée pour faire du Um et que dans un sens sublime doïii l'Évangile a le secret « la propriété c'est le vol, » cette idée n'aborde certes pas nos Turcarets. Mais ce dont ils ne ze doutent pas non plus, c'est que le culte de l'argent est aussi bêle qu'il est ignoble. Qu'il y a de sottise là-dedans I
Que représente ici-bas, je le demande, un naillionnaift qui n'est pas autre chose? Qu'est-il? Que fait-il? A qutf sert-il? Il a cent, deux cent mille livres de rente; ï donne des bals dont on pane; sa femme a des toilettes, qui font du bruit; il a un hdtel ; il fait courir; son cuisinier est un grand homme.
Mais c'est un méchant plat que sa sotte personne Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu*il donne.
Lorsqu'on rencontre le luxe béte, on est tenté d'eoH prunter des méchancetés à Gélimène.
Gagner de l'argent et gagner sa vie sont deux chose» ^ distinctes. Je suis plein de respect pour les hommes qui gagnent leur vie, pour ceux qui travaillent à assuré l'avenir de leurs enfants , pour ceux qui s'efiforcent de. mettre de l'ordre dans leurs affaires. On peut faire tout cela et ne pas tomber dans l'idolâtrie de l'argent. Allom plus loin encore : qui ne connaît des industriels, des commerçants, des banquiers dont le temps est consacré à diriger des opérations destinées à leur rapporter des bénéfices, et qui cependant ne sont à aucun degré ce qu'on appelle des hommes d'argent?
L'homme d'argent, voilà le misérable dont nousavons à décrire ici l'esclavage. Qu'il s'occupe de l'acquérir ou qu'il se consacre à le dépenser, il n'importe; si l'argeiït est sa pensée centrale, si le sentiment d'en avoir beaucoup et de s'en faire gloire est la lumière de sa vie et la joie de son cœur, plaignez-le. Sa vie, chaque jour plus abaissée et plus servile, fmfra par être consacrée à l'adoration de son dieu.