L'AMOUR DE L'ARGENT
accepter sa place quelle qu'elle soit, honorer sa position par sa conduite et viser, non à Tégalité de luxe, mais à Fégalité d'indépendance I Elle est si douce Tindépendance qu'on puise dans la modération des désirs î Il semble si peu désirable, vu de loin, cet étalage d'opulence dont nous lisons les récits à Tombre de nos chênes, pendant que nos bœufs tracent leur sillon I L'homme qui vit ainsi sous le regard de Dieii, au sein des magnificences de la création, sent le prix d'une existence qui renferme tant de vraies richesses, tant de devoirs, tant d'affections, tant d'espérances, tant de tamineuses perspectives à côté de tant de douleurs. Cet bomme-là, que je connais, que j'ai rencontré quelquefois et auquel je voudrais devenir semblable, regarde de haut, vous pouvez m'en croire, les joies misérables de l'argent. Marchant dans sa dignité et dans sa liberté, il ne comprend pas qu'on se baisse pour si peu.
CHAPITBE XIV
Le même homme fait un cas médiocre des jouissances de Tambition. — Ici plus que jamais, je veux me tenir en garde contre les déclamations et contre les phrases. Des phrases contre l'ambition ! Nous en récitions déjà au collège ; ce qui ne nous a pas empêchés, convenons-en, de sentir notre cœur battre à la pensée des grands succès et des grands rôles politiques.
Après tout, il existe une ambition généreuse dont je serais bien fâché de médire. Dieu me préserve de vanter régoïsme qui ne s'intéresse à rien, qui ne veut se mêler de rien, qui n'aspire à rien non plus, sinon à vivre en paix, loin des agitations et loin des questions, dédaignant fort quiconque s'échauffe pour des libertés ou pour des principes et contemplant avec le mépris de Tindifférence, qui est souvent aussi celui de Tignorance ou de la sottise, les querelles politiques et relip;ieuse^ auxquelles l'humanité est en proie I Cet égoïsme se drape assez volontiers d'un manteau de vertu. Il se croit très-supérieur à l'ambition ; il se donne bon nombre de noms respectables ; indépendance, désintéressement.
Il faut lui rendre son vrai nom ; il ne sera jamais que régoïsme. J'estime bien plus haut Tâme ardente que remuent profondément les problèmes débattus ici-bas. Peut-être quelques bouffées d'ambition personnelle viendront-elles l'agiter ; niais du moins ces tentations de l'égoïsme ne seront pas seules chez elle; elles s'y heurteront à des pensées, à des émotions, à des convictions d'une nature élevée ; elles y rencontreront le devoir et le sacrifice. Ni l'un ni l'autre ne pénètrent dans les molles retraites où nous nous barricadons quand nous avons renoncé à la vie, sous prétexte de mieux nous garder de l'ambition.
. Cela dit, constatons qu'à côté de l'ambition légitime que la liberté avoue et dont même elle ne se passe pas, se tiennent les ambitions mauvaises qui font des esclaves. Celles-ci se subdiviseait, je le sais, en grandes ambitions qu'on doit toujours honorer, dit-on, et en petites ambitions qu'on peut blâmer quelquefois. Commençons par ces dernières.
Les petites ambitions relèvent presque toutes de la vanité. Il ne s'agit ni de servir le pays, ni de défendre une cause quelle qu'elle soit, il s'agit tout simplement de jouer un rôle. Grimper, franchir quelques degrés de l'échelle sociale, obtenir cette situation que donnent, paraît-il, tantôt les places, tantôt les sacs d'écus, voilà le but sublime qu'on se propose. Lorsqu'on est parvenu, lorsqu^on passe pour riche, qu'on est fonctionnaire d'un certain rang et qu'on a quelques rubans à sa boutonnière, on s'imagine être quelqu'un.
Hélas l on a descendu au lieu de monter. La dignité s'en est allée, l'indépendance morale a disparu; l'am-
bition de bas étage excelle à abaisser les caractères^ et parmi les impuissants d'ici-bas, parmi les lâches, parmi ceux qui redoutent comme un péril le ccmtact d'une vaillance ou d'une croyance, parmi ceux qui tremblent toujours , qui demandent toujours ei qui s'inclinent toujours, je n'en connais pas de plus aplatis que les esclaves de l'ambition vaniteuse.
De très-honnétes gens travaillent à faire leur chemin et parcourent la carrière des fonctions publiques ; mais si la passion dont je parle vient à mettre sur eux sa griffe ignoble, ils cesseront, je le crains, d'être d'honnêtes gens, dans le sens profond de ce mot. Chaque jour des natures distinguées et délicates se vulgarisent d'une façon effrayante sous l'influence de la petite ambition. Tel homme, dont le cœur était haut placé, s'amoindrit à vue d'œil dès que le désir d'avancer est devenu sa pensée dominante. Sans le vouloir, sans le voir peut-être, il se débarrasse des principes qui le gêneraient et des relations qui le compromettraient. L'illustre Bacon est là pour montrer jusqu'où peut tomber même un grand esprit, lorsqu'il se laisse glisser sur une telle pente : aujourd'hui il mendie une place; demain il se chargera de justifier la mort d'Essex, son protecteur; et le jour viendra bientôt où il subira, comme grand chancelier, une condamnation flétrissante.
. Pourquoi vais-je chercher des exemples de l'autre côté du détroit? En vérité, je l'ignore, car les preuves de l'asservissement des âmes par la petite ambition remplissent malheureusement notre histoire. Prenez un seul fait, la cour de nos rois qui se forme autour d'eux à mesure que la centralisation monarchique
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s'opère. La eoar est un iacessant appel adressé à toittes les petites ambitions : à celles d*en haut, les grands eeigneuis s'empressent de descendre; à celles d'en te, le reste de la nation aspire à monter. Entrer à la coor, devenir courtisan, il n'est fils de bonne mère qui De porte c^te idée fixe dans son cœur. Les hommes de lettres les plus illustres n'échappent pas tous à la contagion. Petit à petit, l'œuvre de la servitude s'achève; et s'il est un point sur lequel Saint-Siroon s'accorde avec Dangeau , c'est bien celui-là. Je n'aperçois qu'une diftérence : Dangeau admire, Saint-Simon gémit. — Voyez en quels traits immortels il burine çetesclavage moral qu'on subit autour du grand roil « L'esprit, la noblesse des sentiments^ se sentir, se respecter, avoir le cœur haut, être instruit, tout cela lui devient suspect et bientôt haïssable... La souplesse, la bassesse , Taîr admirant , rampant , plus que tout Vair (fe néant sinon par lui, étaient les uniques voies de bi plaire. »
Saint-Simon, un peu plus loin, écrit le vrai mot, servitude. 11 n'y a pas d'autre terme en effet pour rendre cet état de prostration d'une noblesse (ne parlons plus d'aristocratie) qui, les yeux fixés sur le roi, jedevraisdire sur ledieu, attend qu'un signe de lui apprenne à ses humbles serviteurs ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire pour obtenir des charges, des grâces, des distinctions, pour monter dans les carrosses, pour avoir le justaucorps.
L'exemple de Louis XIV faisait loi. On sait l'histoire de ce courtisan, maladroit à force de servilité, qui cru/ luiplabe en aflSchant comme lui un double adultère. Cela choqua fbrt le roi, qui n'aimait pas qu'on soulignât ainsi ses péchés; mais on ne le choquait point en imi-
tant autre chose, sa dévotion, par exemple. Aussi nV vait-on garde d'y manquer; l'hypocrisie religieuse fit alors des ravages dont nous nous ressentons encore peut-être , et qu'oublient un peu trop ceux qui vivent dans l'admiration du xvn® siècle. N'ont-ils donc pas ta La Bruyère traçant le portrait de « ces hommes qui allaient à leur salut par le chemin de la fortune et des dignités? » Ne se rappellent-ils plus son mot terrible sur les faux dévots? — a Un dévot est celui qui, sous un roi athée, serait athée. »
Et cela se trouva vrai à la lettre. Le prince athée succéda au prince dévot; sous le Régent, la cour fut athée.
Pour apprécier la dépense de liberté morale qui s'est faite sous l'ancienne monarchie, il n'est point nécessaire de s'adresser aux censeurs moroses, à Saint-SimoUi à La Bruyère ou à La Rochefoucauld ; il suflSt d'ouvrir Molière. Même pour ce libre esprit, la cour a je ne sais quel charme qu'il convient de subir. Qui dira jamais ce qui se passait au fond de l'âme humaine quand l'habitude était prise de tout admirer à la cour, de tout attendre de la cour?
La cour a produit quelque chose qui vaut -moins qu'elle, l'esprit courtisan. Celui-ci, on le rencontrait ailleurs qu'à Versailles. Pas un coin du territoire, pas une classe de la société où l'on ne tendît la main, où l'on ne calculât les inconvénients de la libre pensée et de la libre conduite. Il vint un temps où la cour s'étendit ainsi à la France entière, une cour en pl')sieurs compartiments : on courtisait les courtisans, qui com** lisaient les ministres, qui courtisaient le roi ou les mal-
fresses du roi. Spectacle honteux et que l'éclat de Tesprit ou du courage militaire ne suffit pas à rendre supportable I Voici de brèves soldats qui s'étudient à plaire; voici un homme de génie, Racine, qui meurt du chagrin d'avoir déplu.
S'il s'agissait d'avilir une nation et d'y détruire pour longtemps les chances de la liberté, je ne crois pas qu'on pût employer un agent plus sûr et plus prompt que l'esprit courtisan. Avec lui, il n'y a ni bien ni mal. La morale est supprimée, vrai moyen de supprimer l'indépendance. En voulez-vous une preuve sans réplique? Ouvrez les Mémoires de Barbier. Voici un homme honnête et passablement éclairé ; ce n'est point un solliciteur ; il ne demande rien à la cour. Eh bien , celte cour, il l'adore , et son culte désintéressé en dit plus long sur les destructions morales qui s'étaient accomplies que ne le feraient les flagorneries des courtisans en titre. Barbier accepte, que dis-je? il respecte, il vénère les vices de Louis XV. Que le roi prenne cette maîtresse, ou cette autre, ou plusieurs sœurs ensemble ; qu'il peuple le Parc-aux-Cerfs, le digne avocat Barbier se prosterne et admire.
Tous n'admiraient pas, sans doute; l'esprit de cour était en train d'enfanter l'esprit de révolution. Fatiguée 4'avoir tout applaudi, la France allait se passer la fantaisie de tout détruire; en religion, en politique, les négations violentes allaient succédei* aux adhésions aveugles. Mais est-il bien sûr que l'esprit de révolution «oit l'antithèse de l'esprit de cour et n'en soit pas la transformation? Ou je me trompe fort, ou l'esprit de cour a joué un rôle immense durant la période révolutionnaire. On avait pris l'habitude de fléchir, on con-
tinua. On avait courtisé le roi , on courtisa le peuple. Faute de caractères, le noble élan de 89 n'eut que la . durée d'une explosion de générosité ; la flamme s'éteignit, et la France traversa une époque sombre, tachafit de sang une transformation nécessaire, laissant an amis de la liberté la douleur inconsolable d'avoir vu leur cause ainsi servie et leur bataille ainsi gagûée. Ouiv la bataille de la liberté fut gagnée sans la liberté. Malheur immense et dont nous souffrirons longtemps. La Révolution a ressemblé à l'ancien régime dont die était le châtiment : comme lui elle a eu ses crîmes', comme lui elle a eu ses vaillances; comme lui elle a eu ses défaillances morales, d'autant plus frappante qu'elles n'excluaient aucune des vertus chevaleresque» * de la nation.
En d'autres termes, la Révolution a manqué de ce qui manquait à la monarchie absolue, de fortes indépendances qui ne courtisent personne. Le nouveau maître a été courtisé comme l'ancien.
Ne courtisons-nous plus? Autant vaudrait demante si nous n'avons plus de petites ambitions. Wî les réinilutions ni les restaurations n'ont en elles^ ce qui petrt corriger ce vice-là; tant que les vanités sont en jeu, tant que les habitudes mendiantes demeurent, tant quH ne se forme pas dans un pays une nombreuse classe d'hommes décidés à ne rien demandera personne, tant que la fermeté des principes ne crée pas la dignité des conduites, on ne peut évidemment que changer les formes de l'esclavage. Le fond subsiste, car le fonâ, c'est le cœur même. Serviles de cœur, nous nous indt* nons devant le pouvoir quel que soit son nom; un roî, un peuple, des électeurs, des journaux, la rue même,
rémeute et les faiseurs d'émeutes, peu importe ; donfiez-nous quelqu'un à servir, montrez-nous Tendroît où Ton dit le mot d'ordre et di Ton distribue les cocardes.
Loin de nous guérir de l'esprit courtisan et des ambitions misérables, les révolutions achèvent de nous jffosterner, car elles humilient les principes devant les 6its et propagent une religion nouvelle, le culte de Tévéoement. Il s'agit donc de changer les cœurs et non de lenverser les gouvernements. La grande révolution doit se faire au dedans de nous; c'est au dedans qu'est le oaal^ c'est au dedans qu'il faut appliquer le remède. Tint que nous ne songerons qu'à faire notre chemin, nous n'aurons que les opinions qui servent à cela. Je ne sais si nos institutions seront libres; je sais que BOUS serons esclaves.
C'est bien petit, l'ambition vulgaire ! Si petit, qu'on serait tenté de reprocher à ces ambitieux-là de n'avoir pas assez d'ambition. Eh quoi ! cela suffit pour remplir votre vie ! Il ne vous faut ni les joies du devoir accompli, ni les fiertés de l'indépendance ! Des places, de l'avancement, des faveurs, du crédit, des succès de vanité, la satisfaction d'émerveiller vos voisins et d'exciter peut-être leur jalousie, voilà tout ce que notre cœur réclame!
Cest à n'en pas revenir. Par bonheur, on voit bien des gens, et parmi ceux-là mêmes qui suivent une carrière publique, dont l'ambition est plus haute. S'ils désirent faire leur chemin, ce qu'ils désirent avant tout, c'est de servir leurs idées, de maintenir leur foi, de rester debout. Ils ont besoin de l'aftection de leurs
2n^ CAUSES DE SERVITUDE.
amis plus que de la faveur du pouvoir, et de Tapprobalion de leur conscience plus que des récompenses et des distinctions. Lorsque les inquiétudes me prenneat au sujet de l'avenir libéral de notre race, je me tourne du côté de ces gens-là. Je me dis : Il y en a, et je me sens réconforté.
Quant à la grande ambition, je Taccepte et je Thonore lorsqu'elle est réellement grande, ce qui n*est pas toujours le cas, tant s'en faut. Comment ne pas les comprendre les émotions des nobles luttes où l'avenir est en jeu? Gomment blâmer les hommes qui se sentent capables de servir leur cause et qui aspirent à vaincre pour qu'elle soit victorieuse, à gouverner pour qu'elle règne ? Il est bon que notre drapeau soit en de fortes mains. II est juste que les affaires d'un pays échappent aux médiocrités et soient confiées aux hommes supérieurs. Chez ceux qui représentent une opinion et en qui s'incarne une pensée, l'ambition n'est pas seulement un droit, elle peut devenir un devoir.
Je l'admets donc sans hésiter, il existe de grandes ambitions auxquelles toute âme honnête peut applaudir. La vertu ne consiste pas à s'abstenir sans cesse; les combats de tribune, les mêlées électorales, les partis se disputant le pouvoir, tout cela est légitime et bon. — Voici où commence le mal :
L'ambition politique est exposée à se tromper de bannière. Au lieu de celle qui porte les coijileurs de notre opinion, il nous arrive de prendre celle qui porte les couleurs de notre personne. A force d'être l'incarnatioB d'un parti, l'homme considérable qui marche à sa tête le persuade aisément que son succès suflSt, que sa présence aux affaires garantit tout, qu'il est à lui seuliuio
garantie, la seule garantie suffisante et réelle. Il est la . garantie, il est le principe ; s'il est au pouvoir, tout va bien.
Accordons, je le veux, que cette ambition soit d'un ordre beaucoup moins bas que celles dont nous avons parlé en commençant. Dans l'échelle des vices l'orgueil est au-dessus de la vanité; soit, il n'en demeure pas moins certain que c'est un vice, et par conséquent une servitude.
Encore s'il n'y avait ici que de l'orgueil! Mais il advient trop souvent que sous la fierté apparente d'un tel rôle se glisse insensiblement une flexibilité peu glorieuse. On a fini par s'habituer au pouvoir. On ne s'en passe plus; on aime le pouvoir pour le pouvoir. Rassuré par l'estime qu'on fait de soi, on ne croit pas payer trop cher de quelques concessions graves l'avan- ' tage de demeurer à la tête du gouvernement.
Avais-je tort de prétendre que la grande ambition nsque de devenir petite? Elle ne le devient pas toujours. Nous avons tous connu des ambitieux de la bonne espèce, qui acceptaient le pouvoir sans hésiter, qui le quittaient sans sourciller, qui n'en aimaient qu'une chose, la faculté de servir leurs convictions. L'idée de sacrifier leurs convictions pour garder le pouvoir aurait soulevé leur indignation. Séparé des conditions où il peut s'exercer pour le bien, le pouvoir n'aurait eu aucun attrait à leurs yeux. Ils auraient Mpété en pareil xja^ les iîères paroles de Tocqueville : « Ces conditions ne se rencontrant plus, non-seulement je ne regrette pas de n'être pas ce qu'on appelle un grand personnage, mais je me sentirais bien malheureux s'il n. 15
existait une puissance quelconque qui pût me fore» à rêtre. »
Ceux qui pensent autrement, qui aiment le pouvoir en lui-même et qui ne renoncent pas sans peine à être de grands personnages, risquent de descendre fort bas sur la pente de Tasservissem^dt moral, d'est im triste métier de renier plus ou moins la cause q^m est censé défendre, de change ou de cacher son drapeau. On est tenté alors de demander aux manœuvre» ia force qu'on ne peut demander aux idées. On devient de jour en jour moins difficile sur le choix desmojrens; on s'ahaii^e, tout en ayant Tair de grandir ; on obéit, tout en ayant Tair de commander; enim le jour .arrive où la grande ambition perd le droit de railler la petMe»
Bappetez-vous cette fiable de La Fontaine le Chm
et le Loup :
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
— Qu'est cela? lui dit-il.— Rien. — Quoi rien?— Peu de chose.
— Mais encor? — Le coliîer dont Je suis attaché
De ce que vous voyez est sans doute U cause.
— Attaché] dit le loup. Vous ne courez donc pas Où vous voulez? — Pas toujours; mais qu'importe?
— II importe si bien, que de tous vos repas
Je n^ veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même 4 ce prix xin 44Pésor. Gela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.
Il y a plus de cous pelés qu'on ne l'imagine, et les colliers dorés de l'ambition qui se croît grande font aussi bien leur office que les colliers grossiers de la petite ambition. On nous attache aussi solidement au moyen de l'orgueil qu'au moyen de la vanité.
Le signe auquel on reconnaît les ambitions vraiment grandes, c'est l'indépendance. Peel assure au peuple anglais le pain à bon marché, et, satisfait de son œuvre à laquelle il a tout sacrifié, même son parti, il ordonne à ses fils de ne jamais accepter la pairie. Deak reconquiert les vieilles libres hongroises, et conserve fièrement son rang de simple citoyen.
Voilà deux grandes ambitions. Ce ne sont pas les seules. Dieu merci; plus d'une fois dans ce siècle nous avons eu le privilège de voir des hommes pour lesquels le triomphe de leur cause était tout et qui savaient s'élever au-dessus des satisfactions personnelles. Je ne dis pas qu'ils fessent insensibles à la gloire ; je dis qu'i^ ne vcnilaient à aucun prix de .elle qui aurait coûté quelque chose à leur conscience ou à leur liberté.
Étaient-ils des ambitieux? L'ambition qui ne s'applique qu'à notre cause et non à nous-mêmes ne mérite-t-elle pas un meilleur nom? Je ne veux pas m'en informer. En tous cas, ces ambitieux n'étaient pas des politiques. Les politiques sont diflScilement libres. Le besoin de jouw un rôle public, la fiévreuse ardeur de prendre part coûte que coûte au gouvernement du pays ne leur p^mettent guère la fermeté patiente des convictions. Il faut réussir, et vite, et par tous les moyens. « La fin justifie les moyens » est une maxime £(Mt accréditée parmi eux. Ils ont reconnu que la raideur ne mène à rien et que les croyances absolues sont un embaiTas. Si vous êtes un peu loup, vous ne tarderez pas à reconnaître, en les regardant de près, qu'ils o\it p(»rté te collier et qu'ils en ont gardé la marque.