‹ La liberté moraleChapitre 56 sur 122 · DES SERVITUDES PAR SITUATION · texte numérisé non relu

DES SERVITUDES PAR SITUATION

Il importait que ceci fût mis à part; j'ai tenu à séparer ces chapitres de ceux qui les précèdent. Avant tout, montrons la servitude où elle est, dans le cœur; ne laissons pas croire que les circonstances du dehors aient en elles ou la puissance de nous affranchir si nous sommes esclaves, ou celle de nous asservir si nous sommes libres. Notre lâcheté s'accommoderait trop bien d'une semblable doctrine.

L'indépendance véritable met au défi les situations. Prenez l'homme le plus pauvre , mettez*le dans le pays le moins libre, supposez-le aussi dépourvu que possible des droits et des garanties dont nous faisons avec raison grand cas, s'il est libre de cœur il sera libre de fait. Et

auprès de lui vous pourriez voir un autre homme, riche, puissant, uû chef de gouvernement ou un monarque, qui est misérablement, irrémédiablement esclave. Il y a comme un rayonnement autour du premier : idées, sentiments, affections, devoirs, tout porte un sceau de vigueur et de générosité. Autour du second tout est crainte, capitulation de conscience, poursuite haletante du succès, méfiance, découragement. * Et il faut qu'il en soit ainsi. Si les situations faisaient les indépendances, la liberté morale ne serait plus à la portée de chaque homme, l'égalité constitutive du genre humain n'existerait plus.

Grâce à Dieu, elle existe; un autre homme que- Henri IV, se trouvant dans la situation de Henri IV, re* fusera de se dire catholique après la Saint-Barthélémy et ne pensera pas, après la mort du dernier des Valois, qu'il vaut mieux consulter son ambition que sa conscience. Gela n'empêche pas cependant que les situations n'aient leur importance et leur influence. Les tentations que créent la peur et l'intérêt sont réelles; celles que créent la misère, les mauvais exemples, Yig% la maladie, le genre de vie ne le sont pas moins et il serait injuste de n'en pas tenir compte. Nous conmitrions mal les causes de servitude, si, nousbonoant am considérations générales, nous négligions d'examiodr les périls que font naître certaines circonstances particulières.

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