‹ La liberté moraleChapitre 55 sur 122 · Woit les Lettres et la Liberté, par M. Despois · texte numérisé non relu

Woit les Lettres et la Liberté, par M. Despois

pas que chacun ne se consacre principalement à quelque chose; tous s'informent eux-mêmes de la vérité religieuse, tous s'intéressent eux-mêmes aux affaires publiques. Chose remarquable/en Angleterre ei aux États- Unis les spécialités tendent à disparaître : la spécialité pastorale s'atténue et l'action des simples chrétiens se développe de jour en jour. Quant à la spécialité militaire, l'Amérique nous a montré ce que savent faire les bourgeois, les avocats, les marchands, les maîtres d'école, quand une noble cause leur met l'épée à la main ; ils s'appellent alors Sherman, Grant et Sheridan. Que la patrie un jour n'ait plus besoin d'eux, ils rentreront simplement au comptoir ou à l'atelier; ils seront après la guerre ce qu'ils étaient avant, des citoyens, des hommes.

La France certes ne le cède à personne pour les qualités militaires de son peuple. On l'a vue à l'œuvre, le monde sait si ses bourgeois se transforment quand il le faut en soldats et si elle est capable d'improviser des généraux. Je crains seulement que ses généraux ne soient pas disposés à quitter plus tard l'épaulette; l'élan national chez nous enfante vite une profession, nous retombons dans la spécialité. Voilà ce qui inquiète mon patriotisme. Jaloux pour mon pays de tous les genres de distinction, jamais je n'hésiterai à signaler les tendances qui menacent d'entraver sa marche sur le cliemin de la liberté.

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