LES OUVRIERS DES MANUFACTURES
de premier ordre et l'exécution de la loi le garantit Mon moins encore. Sous peine de ruiner la famille, il importe d'assurer à tous et le plein repos du dimanche et des heures de repos chaque jour. Je voudrais qu'aucun enfant ne pût faire plus d'une demi-journée ; et si les femmes, dont la grande besogne est au logis, étaient protégées dans la même mesure^ je n'y verrais certes aucun mal.
La famille, la vraie famille, est le refuge de la liberté des ouvriers, aussi bien que de leur bonheur. Qu'est devenue la famille dans la plupart de nos centres industriels? Où sont les mères de famille? Où sont les affections? Où sont les devoirs? Où est l'éducation des enfants? Où est la joie du foyer? Et quel genre d'indépendance voulez-vous qu'ils conservent, ces êtres isolés, étrangers les uns aux autres, livrés au torrent des habitudes grossières? Les débauches, le cabaret, l'épuisettient précoce, l'hébétement, est-ce sur ces bases que vous prétendez bâtir une indépendance, quelle qu'elle soit?
Il est grand temps d'y songer. L'industrie elle-même y est intéressée : au bout d'un certain nombre d'années, si l'on poursuivait dans la même voie, on s'apercevrait que les iniquités se payent, qu'en dehors du devoir et de la famille, aucune prospérité durable n'est possible. Même pour gagner de Targent, il n'y a pas de mal à se souvenir de la morale.
Il est e^air que les industriels sont les seigneurs suzerains de notre société moderne; un châtelain de jadis, entouré de ses serfs, n'avait pas un pouvoir plus redoutable et plus étendu que le chef d'industrie comman-
294 AOTRES CAUSES DE SfiRVITUDE.
dant à une armée d'ouvriers. Or le pouvoir et la responsabilité marchent toujours ensemble. Je ne connais pas d'hommes plus responsables que nos grands manufacturiers.
Je n'en connais pas qui soient en position de faire plus de bien. Que leur mission peut être belle ! S'ils se proposent fermement de préserver la famille, s'ils assurent aux femmes et aux enfants les loisirs indispensables, s'ils fondent des écoles, s'ils facilitent aux ouvriers l'accès de la propriété, s'ils entrent en lutte directe avec le cabaret et avec la dépravation sous toutes ses formes, s'ils ne croient pas avoir rempli leur tâche lorsqu'ils ont payé des salaires, s'ils ne se lavent pas les mains des infamies qui se commettent sous leurs yeux, nous verrons commencer alors une œuvre magnifique de relèvement social.
Il y a là de quoi tenter de hautes ambitions. Je connais peu de généraux qui aient eu l'occasion de livrer une si grande et si décisive bataille. Sans doute elle ne se gagnera pas sans l'Évangile ; sans doute les patrons n'affranchiront pas les ouvriers malgré eux, et ceux-ci resteront esclaves tant que le besoin d'une vie meilleure n'aura pas remué leur cœur. Mais un pas amèiie l'autre, et le premier coup à porter à la servitude efiTroyable dont je parle, c'est évidemment de transformer une organisation qui repose d'aplomb stir l'anéantissement de la famille.