LE RESPECT DE SOI
Il est un trait de la liberté morale sur lequel je tiens ) hxev quelques instants notre attention. Les questions d'honneur ne m'ont jamais semblé petites. C'est du superflu, dira-t-on. Je ne sais trop; en tout cas je doute que nous puissions nous en passer. Êtes-vous sûr que la morale se contente du strict nécessaire? Un brin de luxe ne gâte rien ici.
Je doute que la vertu se passe de la dignité; je doute qu'un caractère soit tout à fait indépendant s'il n'est un peu fier. Tenir son cœur en bride, c'est bien ; surveiller en outre sa vie, c'est mieux. Le serviteur de la justice ne peut que gagner, et beaucoup, à contracter les habitudes du respect de soi. L'âme alors prend une attitude nouvelle : elle a de saines délicatesses ; elle sent que la forme tient au fond et que sous prétexte de ne tenir qu'au fond on peut en venir à le compromettre.
Et puis, il y a dans le respect de soi bien autre chose que des formes. La vertu a besoin de cet élan, de cet excès, si l'on veut, qui la transforme en chevalerie. L'honneur est une parure qui lui sied; cela lui va d'à voir les grandes loyautés et de se revêtir de noblesse.