‹ La liberté moraleChapitre 79 sur 122 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

unis, réellement unis, leurs mains entrelacées ne se quitteront pas. — Mais seront-ils unis, ceux qui n*ont pas lé même Dieu, ceux qui ne sauraient prier ensemble, s'humilier ensemble, rendre grâce ensemble? Quelle union que celle où Ton doit taire ses émotions les plus intimes, où Ton n'oserait penser tout haut! Je ne suis pas sûr que le mariage de deux incrédules hounêtes ne ressemble pas mieux à une union : là du moins je vois une sorte d'accord et personne n'en est réduit à dissimuler; on s'accorde à vivre sans Dieu et à s'aimer sans lendemain.

Prenons maintenant les mariages qui ne sont pas des unions, et voyons quel est le sort de la liberté morale au sein de pareilles familles.

La liberté morale ne va pas, je pense, sans la morale; or que devient la morale lorsque la conscience se met à capituler? La première pensée, celle qui naît d'ellemême le lendemain du mariage, celle qui se faisait pressentir la veille, c'est le compromis. Pour nous renfermer dans l'exemple du dissentiment religieux, voici ce qui se passe ordinairement : — Chacun cède quelque chose, l'un une partie de sa foi , l'autre une partie de son incrédulité. En tout cas, la pensée que la vérité n'oblige qu'à demi, qu'il y a lieu de distinguer, qu'il existe des vérités secondaires dont l'immolation est sans conséquence, cette pensée qui ruine l'indépendance par sa base, est entrée avec les époux dans le domicile conjugal. Heureux s'ils n'en viennent pas à se dire l'un ou l'autre, l'un et l'autre peut-être, que rien n'importe, que les doctrines ne sont rien et que le cœur n'a pas à s'inquiéter des infidélités de l'esprit 1

Les infidélités de Tesprit sont bientôt aussi celles de la conduite ; il faut concéder, s'arranger, s'accommoder. — Est-il certain que la loyauté ne sera pas entamée? Ne donnera-t-on la main à aucun acte que ne ratifie pas le sens moral ? En d'autres termes, resterat-on debout? Ne tombera-t-on pas dans cet asservissement final qui est celui des consciences mal portantes ?

Vous trouvez que je suis bien sévère! Je parle de périls, je ne dis pas que personne ne puisse en réchapper. Quant aux périls, ils sont réels, ils sont de chaque jour. Une fois entré dans la voie du distinguo, une fois en train de classer les vérités en obligatoires et en indifférentes, c'est-à-dire en vérités que comporte une position fausse et vérités qui y seraient trop gênantes, il est difiicile de contracter ou de conserver les habitudes viriles de l'indépendance.

Et nous ne sommes pas au bout : si les concessions compromettent l'indépendance, les conflits, qu'il faut bien prévoir aussi, ne la compromettent pas moins. Quand l'apôtre Paul parlait de femmes fidèles appelées à gagner des maris infidèles, il pensait à des familles déjà formées avant l'Évangile et où il avait introduit la dissidence en attendant qu'il y fondât la piiix. Tel n'est point le cas actuel; on a commencé par se donner la maladie, et l'on se propose ensuite de la guérir. Je ne voudrais décourager personne ; je sais qu'il n'est jamais trop tard pour accomplir son devoir en implorant le secours de Dieu. Ne nous le dissimulons pas néanmoins, il est toujours fâcheux de mal débuter, la désobéissance première risque de peser jusqu'au bout sur la famille*

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